Les relations sociales dans Les Regrets de Du Bellay

Tout d’abord, je vous remercie de votre invitation et tiens à dire mon plaisir à être ici pour parler des relations sociales dans Les Regrets. Le choix de ce sujet tient évidemment à mes intérêts actuels de chercheuse, mais aussi à un souvenir d’étudiante, celui de mon premier contact avec ce beau recueil. J’imaginais, de sonnets en sonnets, un Du Bellay isolé, avec « la Muse » comme « Seule compagne à [son] si long voyage », comme il l’écrit au v. 25 de l’épître dédicatoire du recueil. Et, dans le même temps, je ne pouvais qu’être frappée par le nombre important de références ou d’adresses à des contemporains du poète, qui m’étaient pour la plupart inconnus.

Cet insistant désir de nouer ou de renouer des liens sociaux apparaît d’ailleurs au lecteur comme le paradoxal symptôme de l’isolement éprouvé en Italie par Du Bellay. Les injonctions du type de celles que l’on trouve au début du sonnet 33, par exemple, « Que feray-je Morel ? dy moy, si tu l’entends » montrent en effet que l’adresse peut être conçue sur le mode désespéré d’une bouteille à la mer. Comme souvent dans la poésie de la Renaissance, mais tout particulièrement dans ce recueil qui est celui, sinon d’un exil réel, tout au moins d’un exil ressenti, c’est toute une comédie humaine qu’il est possible de deviner de sonnets en sonnets – du barbier complice à la courtisane enlaidie, de l’ambitieux hypocrite et vénal au « mesnager » paresseux, du compagnon romain partageant la même expérience douloureuse à l’« antique ami » resté en France, du poète de cour au mécène potentiel, ou encore de la princesse au monarque. Ce n’est pas un des moindres paradoxes des Regrets que d’être, dans le même temps, le livre de la solitude et celui d’une intense sociabilité, que celle-ci soit désirée, empêchée, regrettée, voire, en certains cas, détestée.

Dans le cadre de cette communication, il n’était pas possible de dresser un tableau exhaustif de ce rapport à autrui qui traverse l’ensemble du recueil. J’ai donc pris le parti de me concentrer sur les pièces adressées à un destinataire identifiable – soit parce que celui-ci est clairement nommé par le poète, soit parce que des éléments contextuels permettent de comprendre de qui il s’agit – ou au moins de proposer des hypothèses d’identification. Le corpus ainsi délimité est composé de cent vingt-huit pièces, pour cinquante-six destinataires reconnaissables.

Je précise que j’ai en revanche laissé de côté les sonnets certes adressés mais à un destinataire anonyme – qui en certaines occasions peut d’ailleurs être un personnage type plutôt qu’une personne réelle – et les sonnets non adressés qui parlent pourtant de contemporains et de situations – privées ou publiques – renvoyant à l’histoire de Du Bellay ou aux épisodes politiques et diplomatiques dont il est le témoin et le commentateur. Il sera possible de prolonger et d’affiner la réflexion engagée ici en s’intéressant à ces textes.

Mais il m’a semblé d’une part que l’analyse de ce corpus déjà conséquent permettait d’avoir un bon panorama de l’univers social dans lequel évolue Du Bellay au milieu des années 1550, et que, d’autre part, la présentation raisonnée des individus auxquels il s’adresse dans son livre pouvait être de quelque utilité à des étudiants non seiziémistes comme à leurs enseignants. Je vais bien sûr les évoquer ici, en essayant de ne pas être ensevelis sous cette avalanche de noms. Je vous invite à vous intéresser, plutôt qu’aux biographies individuelles, aux groupes que je vais tâcher de délimiter. Les classer – ou tout au moins essayer de le faire car certains cas se laissent, moins que d’autres, réduire à l’artifice de la classification – permet tout de même de mieux cerner les enjeux de ces adresses mais aussi de percevoir avec plus de justesse l’influence sur l’écriture poétique du type de relation entretenu par le poète avec ses destinataires.

C’est la raison pour laquelle, j’ai pris le parti de proposer très simplement une typologie des destinataires identifiables du recueil, en croisant trois critères principaux :

  • la catégorie sociale à laquelle ils peuvent être rattachés,
  • leur rapport à la pratique poétique,
  • et enfin, chaque fois que c’est possible, leur présence ou non à Rome à la période où Du Bellay lui-même s’y trouvait.

Cela permet de délimiter à grands traits trois groupes principaux. Le premier est plutôt défini par défaut. Il est composé de destinataires qui ne sont pas susceptibles d’être considérés comme des protecteurs par Du Bellay et qui ne sont pas auteurs eux-mêmes. On peut ensuite regrouper les poètes ainsi que les écrivains et enfin les protecteurs potentiels.

Ni protecteurs ni poètes

Les destinataires qui ne sont ni mécènes ni écrivains sont assez nombreux dans le recueil. Ils constituent à peu près le tiers de l’ensemble et sont majoritairement liés à l’espace romain – quatorze sur une petite vingtaine, comme on le voit ici.

Ce document nécessite plusieurs commentaires. Tout d’abord, que faut-il entendre par « espace romain» ? Cela ne signifie pas nécessairement que tous ces hommes sont présents à Rome au moment où Du Bellay écrit les sonnets qui leur sont destinés. Certains d’entre eux peuvent faire des allers-retours entre la France et l’Italie, comme Marseille qui est secrétaire et courrier diplomatique d’un ambassadeur de France à Rome, le seigneur de Lansac. D’autres ont manifestement fréquenté les mêmes milieux que Du Bellay à Rome en même temps que lui mais ont quitté la ville avant le poète. C’est par exemple le cas de l’ami non identifié Dagaut. Il est également possible que Du Bellay ait rencontré certains d’entre eux avant son propre séjour romain. Mais ce qui les réunit, c’est qu’ils dessinent en partie le contexte social dans lequel le poète a évolué durant ses années en Italie.

Tous ne sont pas identifiables avec le même degré de certitude. Les critiques n’ont aucun doute sur l’identité de Jérôme Della Rovere, Louis Bailleul, Rémy Doulcin, Charles Marault, Etienne Boucher ou même Marseille, même si son prénom nous est inconnu, et l’on sait quelles fonctions ils ont exercé à Rome. D’autres, cependant, ont suscité plusieurs propositions d’identification, sans que leurs cas soient définitivement tranchés. Mauny, par exemple, peut désigner François, évêque de Saint-Brieuc ou plus vraisemblablement encore son neveu, Matthieu, abbé des Noyers. L’un et l’autre, toutefois, sont liés au Cardinal Jean Du Bellay.

En revanche, il est plus difficile de déterminer la position romaine d’Ursin, Gordes, Florimond Robertet et Bizet – ou encore ceux que j’ai regroupé par défaut sous un « ? », Dagaut et Dilliers. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail de ces identifications et de la discussion de leur pertinence. Mais ces hésitations ne sont pas sans conséquence pour l’interprétation des pièces et la saisie de l’univers social dans lequel le poète évolue durant ses années romaines. Pour n’en donner que quelques rapides exemples, prenons d’abord le cas du dénommé Ursin. S’il s’agit d’un Orsini, alors nous avons là une relation italienne du poète. Mais si l’on pense plutôt que ce nom désigne l’un des membres de la famille Juvenal des Ursins, il s’agit alors d’un individu rattaché à la maison du cardinal Du Bellay.

La difficulté posée par Florimond Robertet est d’un ordre un peu différent, mais ses conséquences sont similaires. Nous avons là le nom entier du destinataire. Mais deux hommes le portent à l’époque. L’un a le titre de baron d’Alluye. C’est un compagnon d’étude de Vineus, et il fait office de secrétaire du cardinal Jean Du Bellay. En revanche, son homonyme et parent, le seigneur de Fresne, est en visite à Rome en 1555 et fait partie de la suite du cardinal de Lorraine. Pour Gordes, c’est entre deux frères que l’on peut hésiter. La plupart des critiques considèrent que ce nom désigne Jean-Antoine de Simiane, protonotaire apostolique de la maison de Jean Du Bellay. Mais c’est pourtant à son frère aîné, Bertrand-Raimbault V de Simiane, que les dictionnaires de la noblesse donnent le titre de baron de Gordes. Or ce dernier, engagé dans les guerres d’Italie, ne fait pas partie de la suite du cardinal.

En somme, des zones de flou demeurent. Sans les occulter, il est toutefois possible de tirer quelques prudents enseignements de ce que l’on peut reconstituer. On remarque par exemple que les relations du poète à Rome sont surtout françaises – à l’exception notable de Vineus, et peut-être, on l’a dit, d’Ursin.

Vineus, autrement dit Jérôme Della Rovere, est un destinataire important du recueil puisque sept sonnets lui sont adressés. A l’époque de la composition des Regrets, il n’a rien écrit ni publié – même si, en 1559, il composera un sermon funèbre de Henri II. Il est d’origine italienne. Dès sa jeunesse pourtant, ses liens avec la France sont attestés. Il fait une partie de ses études à la Sorbonne ; Morel a par ailleurs été l’un de ses maîtres. Très vite, il gravite autour d’une cour de France, qui, rappelons-le, est très italienne à cette époque. Sa carrière ultérieure dans l’Église confirme s’il en est besoin son lien étroit avec les deux pays : il sera évêque de Toulon en 1560, puis archevêque de Turin, avant d’être créé Cardinal. Par ailleurs, même s’il est sans doute excessif de le rattacher à la maison de Jean Du Bellay, il semble que ce cardinal ait compté au nombre de ses protecteurs. Donc si notre poète parle de contemporains italiens ou fait référence à eux dans le recueil, force est de constater que les destinataires de l’espace romain, pour leur part, sont tous, de près ou de loin, liés à la France.

Plus encore, ils appartiennent surtout à deux sphères sociales, qui réduisent encore le paysage romain des Regrets. L’une est constituée par la maison à laquelle notre poète appartient lui-même, celle du cardinal Jean Du Bellay. En ce cas, les profils des destinataires sont assez variés – amateur d’archéologie, médecin, valet de chambre ou officier, peut-être barbier si l’on considère que le « barbier Pierre » auquel s’adresse Du Bellay est bien le « Pietro » que l’on trouve dans les états de la maison du cardinal Du Bellay. L’autre est composée d’homologues du secrétaire qu’est lui-même Joachim Du Bellay à cette époque. Ils exercent la même fonction que lui auprès d’autres ambassadeurs.

Ce sont en somme des relations de travail qui s’esquissent là. Et de la même façon que chacun d’entre nous peut côtoyer des personnes rencontrées dans un contexte professionnel sans les apprécier, avoir avec ce type de collègues de simples rapports cordiaux ou bien des amitiés plus profondes, les sonnets des Regrets témoignent d’affinités plus ou moins grandes avec les différents destinataires. Plusieurs éléments nous permettent ainsi de comprendre que les relations du poète avec Vineus, Marault ou Gordes sont plus chaleureuses que celles qu’il semble entretenir avec Doulcin ou Marseille, par exemple, qu’il paraît toutefois apprécier davantage que Le Breton, dont il parle en mal mais auquel il ne s’adresse jamais.

Le nombre de pièces qu’il écrit à chacun (de une à sept) est un premier indice de la chaleur de ces rapports. Toutefois, il n’est pas à lui seul probant, d’autant qu’il arrive assez fréquemment que certains sonnets adressés paraissent tenir finalement assez peu compte du destinataire nommé. Pour un nombre conséquent de pièces, on pourrait supprimer l’apostrophe ou remplacer un nom par un autre sans que cela semble changer quoi que ce soit au contenu et au sens du poème. C’est en particulier le cas pour les sonnets qui sont surtout centrés sur la plainte du « je » ou sur la satire d’un aspect de la vie romaine et qui se contentent apparemment d’en prendre à témoin le destinataire, au même titre que les lecteurs que nous sommes. Parmi ceux qui reçoivent plusieurs sonnets, Dilliers est dans ce cas : sur les sept sonnets qui lui sont adressés, on en dénombre trois ou quatre dans lesquels on ne trouve aucun signe de prise en compte effective du destinataire, si ce n’est la mention de son nom. Dans les sonnets 35, 62 et 129, la deuxième personne n’est même pas utilisée, et lorsqu’elle l’est, dans le sonnet 139, le « tu » pourrait bien s’adresser à n’importe quel apprenti courtisan.

Cette observation, disons-le, n’est pas seulement valable pour les destinataires de ce type, les auteurs peuvent aussi être concernés – c’est par exemple très net dans certaines des pièces adressées à Paschal. Il n’est bien sûr pas exclu que, faute d’en savoir suffisamment sur le destinataire et ses relations antérieures avec le poète, la raison pour laquelle Du Bellay aborde ces thèmes avec eux nous échappe. Mais il n’en demeure pas moins que, tout en étant effectivement adressées, les pièces en question donnent, plus que d’autres, le sentiment d’une certaine mise à distance du destinataire.

Il ne suffit donc pas de compter le nombre de pièces adressées aux uns ou aux autres pour mesurer la chaleur des rapports que Du Bellay entretient avec eux. Il faut combiner cette donnée avec d’autres caractéristiques de l’adresse, par exemple la forme que prend l’apostrophe dans les sonnets considérés. Dans l’ensemble du recueil, Du Bellay use de quatre modèles seulement, si l’on excepte les adresses aux allégories et aux Grands : le nom propre seul (patronyme, pseudonyme, nom de seigneurie, ou plus rarement prénom), le nom précédé du possessif « mon » voire de « mon cher » et, en une seule occurrence, pour le destinataire du rang le plus modeste, le barbier Pierre, « mon amy ». Notons d’ailleurs que l’usage du possessif, qui souligne la familiarité des rapports, est surtout attesté dans ce groupe de destinataires romains. On comprend bien sûr que Du Bellay n’en use pas avec les puissants, mais il pourrait fort bien employer ces tournures avec n’importe quels destinataires de rangs analogues, poètes ou non. Or si cinq individus appartenant au monde romain ont droit à cette chaleureuse apostrophe, aucun des non écrivains restés en France n’est désigné ainsi. Pour les destinataires qui sont liés au monde des Lettres, le rapport s’inverse, sur un mode mineur, puisque deux d’entre eux seulement, Morel et Ronsard, sont parfois interpelés de cette façon – et eux, tout au contraire, se trouvent en France. [NB. « mon » est utilisé pour des poètes dans le sonnet 129, mais si Du Bellay parle d’eux, il ne s’adresse pas à eux].

On observe ainsi une sorte de significative spécialisation et un glissement : l’exil ressenti est double, puisque le poète angevin s’est éloigné de l’espace français, géographiquement comme socialement, mais aussi du monde des poètes. Ceux qui sont tout de même le plus proche de lui, à la période de la composition des Regrets, ce sont des expatriés, avec lesquels il participe d’une sociabilité plus administrative que poétique. Du Bellay paraît même globalement plus proche des membres de la maison de son cousin que des secrétaires d’autres ambassadeurs. C’est d’autant plus net si l’on considère que Vineus, sans forcément faire partie de la maison du cardinal, est lié à celle-ci. Certes, Du Bellay n’est pas aussi seul qu’il le prétend parfois, mais son univers social à Rome est tout de même très resserré et, on le comprend, sans doute asséchant pour un poète désireux de se faire une place à la cour et de voir son art reconnu.

Même s’ils sont beaucoup moins nombreux que le groupe italien que nous venons d’examiner, on note la présence dans le recueil de quatre destinataires de rang moyen qui n’ont pas de rapport avec le monde de Lettres et qui se trouvent en France au moment où Du Bellay leur écrit un ou deux sonnets. Ils se répartissent en deux sous-catégories. Deux avocats sont liés à l’affaire d’Oudon qui oppose notre poète, en tant que représentant légal de son neveu, au puissant connétable de Montmorency. Cousin est l’un des procureurs de Montmorency, tandis que Fleurville, désigné dans le recueil par le nom de sa seigneurie, Montigné, défend les intérêts de Du Bellay. Voici une épine de plus dans le pied de notre poète, qui l’entraîne vers des considérations plus terre à terre qu’il ne le souhaiterait. En France aussi, lui qui est né pour la Muse, on le fait « mesnager ». Et le fait que son adversaire soit le puissant Montmorency n’arrange rien à la situation aulique que Du Bellay souhaite plus que tout améliorer.

Lescot, seigneur de Clagny, et Forget constituent pour leur part un sous-groupe qui témoigne de ce souci. Ils ne sont certes pas susceptibles à eux seuls de protéger le poète. Mais ils sont bien introduits à la cour de France, et si Du Bellay s’adresse à eux, voire fait leur éloge, c’est en les considérant comme des échelons vers des horizons plus riants. On remarque que les trois sonnets qui leur sont adressés se trouvent tous dans la partie du recueil composée au moment du retour en France. Or l’architecte Lescot et le dénommé Forget sont à la cour à ce moment-là et Du Bellay peut espérer qu’ils l’aideront dans son projet de reconquête aulique. Le sonnet adressé à Forget est à cet égard très instructif. On ignore lequel des deux frères, Pierre ou Jean, est le destinataire de Du Bellay. Le premier est très tôt au service de la sœur du roi Henri II, Marguerite de France, mais, né aux alentours de 1544, il est bien jeune au moment de la composition des Regrets, le second, un peu plus âgé, paraît moins lié à la princesse mais pourrait avoir gravité dans son entourage. Toujours est-il que ce sonnet est conçu comme une épître à destination différée, pour reprendre la terminologie dont use Marc Bizer dans son étude de la dimension épistolaire du recueil (voir bibliographie). Le sonnet fait l’éloge de la princesse et le destinataire nommé n’est pas celui qui est véritablement visé par le poème. En parlant à Forget de la princesse Marguerite, c’est à elle que Du Bellay entend en réalité s’adresser. D’une façon analogue, l’adresse à Lescot, seigneur de Clagny, vise aussi, de façon détournée, le roi Henri : Du Bellay entend, dans le domaine poétique, rivaliser avec l’architecte que ce prince, « amateur de la truelle », pour reprendre une expression de Ronsard, considère peut-être avec plus d’attention que les poètes de la cour.

Les auteurs, toutefois, peuvent aussi constituer, aux yeux de Du Bellay, un recours et une aide pour regagner la faveur perdue, ou plutôt distendue par l’éloignement géographique.

Poètes et écrivains

Même si, comme on l’a vu, les liens de sociabilité avec les auteurs semblent, dans Les Regrets, globalement moins étroits que ceux noués à Rome avec des compagnons d’infortune qui n’écrivent pas, Du Bellay s’efforce de maintenir ou de réactiver ses relations avec des hommes de Lettres liés d’une manière ou d’une autre à la cour de France et qui constituaient, avant son départ pour l’Italie, son milieu. Cela ne va pas sans tension, comme on va le voir, mais c’est notamment ce qui explique, le grand nombre de destinataires auteurs dans le recueil – vingt-huit sur un total de cinquante-six, soit la moitié.

Il faut toutefois préciser que je regroupe ici des contemporains de Du Bellay qui ont des pratiques littéraires de natures très différentes. Certains peuvent se définir prioritairement comme des poètes, des traducteurs ou des auteurs d’œuvres en prose, en français ou en néo-latin. D’autres en revanche n’ont qu’une pratique occasionnelle de l’écriture. Ils peuvent par exemple donner ici ou là une pièce d’escorte publiée dans l’ouvrage d’un ami. Tous, néanmoins, ont en commun d’avoir écrit avant la composition des Regrets et il me semble plus opportun de les présenter non pas en fonction des genres qu’ils ont pratiqué, des langues dans lesquelles ils ont composé, du nombre de textes qui peuvent leur être attribuées, voire des modes de diffusion qu’ils ont choisi, mais plutôt selon la période à laquelle ils ont commencé à écrire – parce que c’est trop souvent selon ce critère, d’ailleurs suggéré par Ronsard et Du Bellay eux-mêmes, que l’on délimite leur « bande » – et selon qu’ils peuvent ou non être aussi considérés comme des mécènes – parce que les attentes des poètes à l’égard de ces hommes de l’entre-deux sont souvent sensiblement différentes de celles qu’ils peuvent avoir à l’égard de simples pairs. Ces critères permettent de délimiter trois sous-catégories :

  • dix auteurs ont commencé à écrire sous le règne de François Ier, donc avant 1547,
  • douze sous celui de Henri II,
  • et cinq enfin, combinent, selon des proportions variables, une pratique personnelle des Lettres et une activité de mécénat.

Un cas sera laissé de côté, car il est délicat de déterminer si le dénommé La Haye du sonnet 28 est Robert ou Maclou. Tous deux ont écrit sous le règne de Henri II mais si Maclou est poète – et rélève donc de la deuxième sous-catégorie – Robert, conseiller du Parlement, a également joué un rôle de protecteion des écrivains. À ce titre, il devrait plutôt être classé dans la troisième sous-catégorie.

Pour mieux comprendre les enjeux des adresses aux dix auteurs du premier groupe, il faut revenir un instant sur les débuts de Du Bellay dans la carrière poétique. Comme son ami Ronsard, notre poète a publié son premier texte dans les Œuvres poétiques de Jacques Peletier du Mans en 1547. Ce premier parrain de la jeune garde poétique du règne de Henri II est le destinataire de deux sonnets des Regrets. Mais la véritable entrée en scène de Du Bellay se fait, sur le mode polémique, avec la publication de La Défense et illustration de la langue française, en 1549. Sans entrer dans le détail de ce texte important, il faut toutefois rappeler que le jeune poète y attaque violemment ses prédécesseurs. Ces propos radicaux, relayés notamment par Ronsard, sont à l’origine de l’idée que s’est opérée une « révolution poétique » sous le règne de Henri II, balayant les vieilles lunes marotiques et proposant une esthétique en rupture complète avec les modèles précédents. Cette analyse a notamment été développée par Sainte-Beuve au XIXe siècle et a durablement influencé la critique. Mais à y regarder de plus près, la rupture est sans doute moins brutale qu’on a bien voulu le dire, et la virulence de Du Bellay comme de Ronsard relève davantage d’une stratégie publicitaire visant à se faire remarquer pour se faire une place à la cour que de prises de position purement esthétiques.

Toujours est-il que ce coup d’éclat originel n’a pas manqué de créer des tensions entre les jeunes poètes impatients d’en découdre et leurs aînés malmenés. Mellin de Saint-Gelais est l’un de ceux-ci. Poète de cour dès le règne de François Ier, il est l’un des rares à avoir su maintenir sa position auprès de Henri II. Il est l’une des cibles de Du Bellay, qui critique ses chansons dans la Deffence, comme de Ronsard, car il représente pour eux un obstacle dans leur projet d’ascension aulique comme le parangon d’une pratique de la poésie qu’ils rejettent. Saint-Gelais lui-même est très vite conscient de la menace que constituent ces jeunes gens agités. En 1550, peu après la parution du premier recueil poétique de Ronsard, Les quatre premiers livres des Odes, Saint-Gelais lit en public, et devant le roi, des morceaux choisis de cette œuvre nouvelle, en prenant bien soin de « mettre le ton », pour souligner le caractère orgueilleux du nouveau venu. Le monarque rit. Ronsard, qui se dit « pincé par la tenaille de Mellin », réplique par une série de textes virulents. Plusieurs de ses amis, notamment Nicolas Denisot, Michel de L’Hospital ou Jean de Morel, pour ceux qui figurent également dans Les Regrets, se rangent à ses côtés, tandis que Lancelot de Carles, par exemple, soutient pour sa part Saint-Gelais. Du Bellay, quant à lui, entretient avec son devancier un rapport ambigu, alternant constamment, à son propos, attaques et éloges.

Même si, au moment de l’écriture de notre recueil, l’hostilité entre ces hommes est moins violente que sept ou huit ans auparavant, leurs rapports relèvent davantage d’une forme d’« entente cordiale », au sens que l’on donne à cette expression dans la diplomatie franco-britannique du XIXe siècle, que d’une parfaite et idyllique réconciliation. Pour n’en donner qu’un exemple, on peut montrer que le sonnet 101 témoigne de l’ambiguïté ou tout au moins de la complexité du positionnement de notre poète à l’égard de Saint-Gelais :

Que dirons nous (Melin) de ceste court Romaine,
Où nous voions chacun divers chemins tenir,
Et aux plus haults honneurs les moindres parvenir,
Par vice, par vertu, par travail, et sans peine ?

L’un fait pour s’avancer une despence vaine,
L’autre par ce moyen se voit grand devenir,
L’un par severité se sçait entretenir,
L’autre gaigne les cœurs par sa doulceur humaine :

L’un pour ne s’avancer se voit estre avancé,
L’autre pour s’avancer se voit desavancé,
Et ce qui nuit à l’un, à l’autre est profitable :

Qui dit que le sçavoir est le chemin d’honneur,
Qui dit que l’ignorance attire le bon heur,
Lequel des deux ((Melin) est le plus veritable ?

À première vue, le ton est plutôt complice et amical, en particulier du fait de l’usage du « nous » dans le premier quatrain. Si l’on ignore tout du conflit qui a autrefois opposé les deux hommes, on peut avoir le sentiment que Du Bellay prend sincèrement un ami à témoin des dysfonctionnements troublants de la cour romaine : ce qui réussit aux uns mène les autres à leur perte et nul ne peut savoir avec certitude comment il faut se comporter pour obtenir la faveur tant désirée. Cette incertitude conduit à l’interrogation finale : le poète, apparemment perdu, se tourne vers Mellin pour lui demander son avis : faut-il plutôt croire ceux qui prônent la voie du savoir ou ceux qui, tout au contraire, considèrent que c’est l’ignorance qui conduit au succès ?

Si l’on tient compte à présent de l’identité du destinataire et de ses rapports antérieurs avec Du Bellay et ses amis, l’apparente naïveté et l’aimable franchise de ce questionnement peuvent en partie être réévaluées. N’y a-t-il pas en effet une forme d’ironie à adresser précisément ce constat et cette question à un destinataire auquel on a auparavant reproché d’être un courtisan plus qu’un poète et, sinon d’être un complet ignorant, en tout cas de ne pas toujours se montrer aussi exigeant qu’il le faudrait sur le plan poétique ? Comme souvent dans les pièces que Du Bellay – en dehors même des Regrets – adresse à Saint-Gelais, notre poète semble se tenir sur un fil : on peut tout aussi bien voir dans cette demande une perfidie très courtisane, qui se laisse deviner sans que l’on puisse complètement la reprocher à son auteur, lequel pourra toujours protester de l’innocence de ses intentions. Mais il est également possible de lire le sonnet comme le texte d’un poète qui rentre dans le rang et qui, après avoir moqué et malmené son aîné du temps de sa fougueuse jeunesse, comprend, expérience romaine aidant, qu’il peut tirer profit de la sagesse aulique de l’habile Mellin. Il n’est d’ailleurs pas impossible que Du Bellay parvienne à concilier ces deux tendances, apparemment contradictoires, dans le complexe rapport, d’admiration, d’envie et peut-être de haine mêlées qui l’unit à Saint-Gelais. On pourrait procéder à une analyse analogue du sonnet 178 voire du sonnet 91 qui n’est pas adressé à Mellin mais rivalise en quelque sorte avec lui puisque les deux poètes ont traduit et adapté le même sonnet italien de Berni.

Mais si l’on reprend un peu de hauteur et qu’après ce détour par un cas particulier nous essayons de considérer de façon plus générale le type de relations que Du Bellay entretient avec les poètes qui ont commencé leur carrière sous François Ier, on peut voir se dessiner trois groupes.

Au travers des sonnets adressés à Saint-Gelais, à son allié Lancelot de Carles qui a un profil similaire, mais aussi dans une moindre mesure à l’écossais George Buchanan, qui est pour sa part lié à la dauphine Marie Stuart – épouse du futur François II et reine d’Ecosse – on perçoit que Du Bellay s’emploie à se rappeler au bon souvenir de ceux qui sont bien placés à la cour. Même si leurs relations antérieures ont pu être tendues, et quels que soient les sentiments que Du Bellay peut nourrir à l’égard de ces hommes, il se doit de les intégrer au parcours de conquête ou de reconquête aulique qu’il engage dans son recueil.

Les cas de Maurice Scève, Jacques Gohory et Louis Des Masures sont différents. Ce qui justifie, me semble-t-il, les adresses à ces poètes, ce sont les points communs que Du Bellay peut se trouver avec eux. Celui qui le rattache à l’auteur de La Délie est très circonstanciel. Il traverse, en rentrant en France, la ville de Lyon dont Scève est l’un des notables et un poète reconnu. L’éloge qu’inspire la ville à Du Bellay est donc assez naturellement adressé à ce lyonnais renommé. Gohory, pour sa part, fait partie du paysage italien du poète, puisque le traducteur d’Amadis est secrétaire d’Odet de Selve à Rome. Le cas de Louis Des Masures est sans doute le plus intéressant des trois. Ce poète a connu la faveur sous le règne de François Ier. Mais l’avènement de Henri II a signé sa disgrâce. Au moment où Du Bellay compose Les Regrets, il connaît lui aussi une forme d’expatriation, puisqu’il a dû trouver refuge à la cour de Lorraine. Des Masures offre un cas intéressant de carrefour esthétique et social. Tout en ayant commencé sa carrière bien avant Ronsard et ses amis, il s’emploie dès le milieu des années 1550, à nouer des liens avec ces jeunes gens, sans pour autant cesser de s’adresser et de rendre hommage aux plus éminents représentants de la poésie marotique. Il semble bien que le lien que les poètes du règne de Henri II ont tissé avec lui soit pour une large part imputable aux reproches que Des Masures peut faire au monarque en place. Ayant tout perdu en 1547, il se prend à regretter le temps plus favorable où François Ier, qui était lui- même poète, se montrait soucieux du sort des hommes de Lettres. Sans partager totalement sa nostalgie, Ronsard ou Du Bellay expriment aussi, à plusieurs reprises, le sentiment que les temps actuels sont moins favorables aux écrivains. Même si Marguerite de France a en quelque sorte pris le relais de son illustre tante, Marguerite de Navarre, en protégeant les auteurs, le roi lui-même paraît peu intéressé par la poésie. A tort ou à raison, les poètes qui ont commencé leur carrière sous son règne considèrent qu’ils sont moins bien traités qu’ils ne devraient l’être et partagent d’une certaine façon la déception d’un Des Masures.

Enfin, les quatre derniers auteurs, Jacques Peletier du Mans – dont nous avons déjà parlé – Nicolas Denisot, peintre et poète qui signe de l’anagramme Conte d’Alsinois et le juriste toulousain Pierre Gilbert, qui s’adonne à la poésie néo-latine, font partie de ce que l’on pourrait appeler la nébuleuse de la Pléiade. Nébuleuse plus que constellation clairement définie ou groupe constitué, comme on le pense souvent, car le nombre de ses membres – qui ne sont en tout cas pas sept – varie d’une liste à l’autre et que leurs pratiques littéraires, sur le plan de l’esthétique comme des modes de diffusion, sont loin d’être unifiées. Ces quatre auteurs témoignent en outre du fait que l’unité générationnelle de la Pléiade que l’on avance parfois est loin d’être une évidence. Denisot est né en 1515 et publie des Noëls en 1545. Peletier, de deux ans son cadet, traduit L’Art poétique d’Horace et fait paraître des ouvrages de mathématiques dans les années 1540. De Pierre Gilbert nous avons conservé peu d’œuvres, malgré le caractère prometteur d’une œuvre saluée aussi bien par Ronsard que par Du Bellay qui indique traduire certains de ses vers perdus. Mais nous avons par exemple la trace d’un liminaire paru en 1540 environ dans les œuvres de Jean Rus, poète bordelais aux accents clairement marotiques (rappelons que Clément Marot, mort en 1544, était considéré sous le règne de François Ier comme le « Prince des poètes » du temps). Quant à Pierre Paschal, il est primé en 1543, 1545 et 1547 aux Jeux floraux de Toulouse – type de concours poétique méprisé par Ronsard et ses amis – avant d’être considéré, au moins un temps, comme l’un des leurs par cette nouvelle « bande », pour reprendre l’expression de Simone Perrier (« Ronsard et sa bande », RHLF, 2010/3 (vol. 110), p. 633-647).

De la même manière que certains des auteurs ayant commencé leur carrière avant 1547 sont proches de la nouvelle garde du règne de Henri II, certains des auteurs ayant commencé leur carrière après 1547 n’ont aucune raison d’être rattachés à la nébuleuse de la Pléiade, ce qui n’empêche pas Du Bellay de leur adresser quelques sonnets des Regrets.

C’est le cas de Pierre Du Val, évêque de Sées, et de Thomas Sébillet. Le premier – qu’il ne faut pas confondre avec son exact homonyme, lui aussi écrivain – publie des œuvres religieuses qui n’ont guère de rapport avec ce que peuvent produire Du Bellay ou ses amis. Mais ce qui explique qu’il soit un destinataire des Regrets, c’est sans doute la parution, en 1557, d’un ouvrage qu’il dédie au roi, Henri II, et qui est intitulé De la grandeur de Dieu, et de la cognoissance qu’on peult avoir de luy par les œuvres. Le sonnet que lui adresse Du Bellay insiste sur le changement qu’il est en train d’opérer. Certes, il a chanté l’amour, mais désormais, il entend célébrer le Prince. On peut donc supposer que Du Bellay considère également Du Val comme un échelon dans son ascension aulique : il est le destinataire explicite d’une pièce qui lui donne des garanties morales au sujet d’un poète transformé par son expérience romaine. Mais, derrière lui, se cache un autre destinataire, sur un mode différé, le roi Henri.

Le cas de Sébillet est d’une nature un peu différente, et surtout plus ambigu. Les premières relations entre Du Bellay et lui, là encore à l’époque de La Deffence et Illustration de la langue françoyse, ont été conflictuelles. Dans cet ouvrage, Du Bellay l’attaquait implicitement remettant en cause les analyses de son Art poétique, paru en 1548. Sébillet avait répondu, peu après la parution de la Deffence, dans la préface de sa traduction de l’Iphigène, non pas au seul Du Bellay, mais à la petite bande qu’il devinait à ses côtés et qu’il désignait comme de « hardis repreneurs », une « afféctée demye douzaine dés estimés princes de nottre langue » et qu’il comparait violemment à « dés chiens gardans lés boutiques » aboyant à son passage. Autant dire que leurs relations n’étaient pas au beau fixe. Dans le sonnet des Regrets que Du Bellay lui adresse, il n’est pourtant plus question de ce qui a opposé les deux hommes sur le plan esthétique mais tout au contraire de ce qui est susceptible de les réunir par-delà leurs différences, voire leur inimitié initiale : Sébillet est avocat au Parlement de Paris. Du Bellay établit un parallèle entre sa propre situation de secrétaire, submergé par la trivialité de ses occupations, et celle de Sébillet, qui n’a pas plus que lui la possibilité de se consacrer à la poésie, écrasé qu’il doit être par ses obligations professionnelles. De fait, si en 1555 et 1556, L’Art poétique de 1548 connaît de nouvelles éditions augmentées d’un recueil de vers marotiques – mais également accompagnées d’un opuscule qui fait référence à la querelle de La Deffence, le Quintil horatian de B. Aneau – force est de constater que Sébillet n’a rien publié de nouveau depuis la misogyne Louenge des femmes, en 1551 et, surtout, deux liminaires, un en français, l’autre en latin dans la traduction du 4e livre de l’Enéide que fait paraître Du Bellay en 1552. Les deux hommes entretiennent donc des relations pour le moins complexes et ambiguës, entre polémique – mais qui fait vendre – et solidarité d’hommes de Lettres qui doivent lutter pour pouvoir continuer à se consacrer à leur Art.

Même si on pourrait penser a priori que les relations que Du Bellay entretient avec la nébuleuse de la Pléiade sont plus franchement amicales, elles sont parfois mitigées ou ambiguës. Par ailleurs, le groupe lui-même, loin d’être unifié, nécessite que l’on établisse de nouvelles distinctions. Certains des auteurs qui peuvent être rattachés à cette « bande » ont des liens avec Ronsard et Du Bellay mais leur univers social et esthétique ne se limite pas à ce que l’on désigne par commodité sous le nom de Pléiade. Magny et Tyard sont dans ce cas.

La situation du premier mérite un instant que l’on s’y attarde, car ce qui justifie que Du Bellay lui adresse trois des sonnets des Regrets et le nomme dans d’autres, c’est, plus qu’une réelle proximité amicale, une communauté d’expérience. De fait, Olivier de Magny est non seulement à Rome en même temps que Du Bellay, y fait office, comme lui, de secrétaire, se trouve au service de Jean d’Avanson, auquel Du Bellay dédie Les Regrets, mais il compose aussi, à la même période, ses Souspirs, ouvrage qui peut à maints égards être considéré comme un recueil jumeau de celui de Du Bellay. Les titres – regrets, souspirs – sont proches, les deux poètes choisissent le genre du sonnet pour déplorer leur triste condition de secrétaire comme pour faire la satire du monde romain, et l’on retrouve nombre de destinataires identiques dans les deux recueils. Pourtant, si l’on compare les sonnets que Du Bellay adresse à Magny et ceux que Magny lui adresse, on se rend compte que c’est surtout Magny qui cherche à établir un lien avec Du Bellay, et que la réciproque n’est pas absolument vraie. Quand Du Bellay lui adresse trois pièces, Magny ne lui en écrit pas moins de huit et rapporte dans un neuvième sonnet, adressé à Ronsard, un échange le mettant en scène avec Du Bellay. Quand l’auteur des Regrets appelle constamment Magny par son seul patronyme, celui des Souspirs lui donne parfois du « Mon Bellay » (Souspirs, 10), du « gentil Bellay » (Souspirs, 61) voire lui fait une insistante déclaration (Souspirs, 142) : « Si je dy, Du Bellay, que je t’ayme bien fort, / Tu le crois si tu l’ois (i.e. si tu l’entends) et chacun le doit croire ». Or on ne trouve rien de tel sous la plume de Du Bellay. Certes, l’expérience partagée a tissé des liens particuliers entre les deux hommes. Ainsi, lorsque des poètes restés en France demandent à Du Bellay pourquoi on ne lit plus rien de lui, au sonnet 12 des Regrets, Magny s’étonne pour sa part que Du Bellay puisse encore « chanter », c’est-à-dire écrire des vers. Cela montre que, plus que les autres, Magny mesure combien il peut être difficile à Du Bellay, en ces circonstances, de faire œuvre poétique.

Mais, à comparer les deux recueils, on perçoit un net déséquilibre dans leurs rapports et on a le sentiment que Magny courtise Du Bellay. Comment l’expliquer ? D’une part, comme dans le monde aulique, une hiérarchie existe entre les poètes. Même si Du Bellay se plaint d’être oublié de ses pairs et de la cour dans son exil romain, même si c’est Ronsard qui, plus que lui, a droit au titre très convoité de « Prince des Poètes », cet oubli est relatif. Et Magny sait bien que dans le monde des poètes, son compagnon d’infortune italienne reste mieux introduit et plus influent qu’il ne l’est lui-même. Du Bellay est d’ailleurs conscient de cette situation, même s’il ne l’est pas moins de la chance qu’a eu Magny de suivre un protecteur, Avanson, qui est en passe de supplanter le cardinal auquel notre poète est attaché. Sa contrariété à se savoir un meilleur poète que Magny et, en même temps, à ne pas se trouver dans un aussi bon réseau politique que lui joue sans doute dans la chaleur très modérée qu’il lui manifeste. Comme les cercles de poètes reproduisent des mécaniques auliques et courtisanes, les moins reconnus sur le plan social, mais aussi – comme c’est plutôt le cas pour Magny – sur le plan de leur art, essaient souvent de se placer dans le sillage de ceux qui sont mieux considérés pour améliorer leur propre situation. Les protestations d’amitié d’un Magny peuvent en partie s’analyser dans cette perspective.

Parallèlement, on peut aussi faire l’hypothèse que le rapport très ouvert de Magny aux différents milieux poétiques qui coexistent en son temps incite Du Bellay à une forme de circonspection à son égard. De fait, Magny a des liens avec le milieu lyonnais, il doit beaucoup à un poète marotique, Hugues Salel, et admire non seulement Ronsard et ses amis mais aussi des auteurs auxquels ils ont pu s’opposer. Pour n’en donner qu’un exemple, en 1553, lorsqu’il publie les Amours, Magny réunit des pièces adressées aussi bien à Baïf ou Du Bellay, qu’à l’ami de Salel qu’est Jean de Maumont ou à celui de Marot qu’est Léon Jamet. Comme le mâconnais Tyard en effet – que l’on associe pourtant plus fréquemment à « la Pléiade » – les amitiés de Magny avec les jeunes poètes du règne de Henri II (et son envie, sans doute plus grande que celle de Tyard, d’en être partie prenante), n’excluent pas une forme d’ouverture à d’autres cercles d’écrivains, et à d’autres esthétiques.

Il faut à présent considérer le groupe que j’ai désigné sous le nom de « minores » et pour lequel je dois d’emblée préciser qu’ils peuvent nous apparaître ainsi, notamment parce qu’on connaît très peu de leurs œuvres – voire qu’aucune ne nous est parvenue – mais qu’ils n’étaient pas forcément vus de cette façon par leurs plus éminents amis. C’est ainsi que Charles de Lestrange, auquel Ronsard comme Du Bellay adressent des pièces élogieuses, serait l’auteur de vers amoureux, mais qui sont perdus. Serait-ce parce que, comme Paschal, il ne publie pas ses œuvres – ce qui sera reproché à ce dernier, comme cela l’a déjà été à Saint- Gelais ? De Bouju et de Pardeillan, seigneur de Panjas, on ne connaît que des participations ponctuelles à des ouvrages d’amis (notamment ceux de Magny pour Pardeillan) ou collectifs (le Tombeau de Marguerite de Navarre pour Bouju). Ces auteurs ont pourtant toute leur place dans la nébuleuse de la Pléiade qui est un réseau social autant ou plus qu’un mouvement esthétique. Comme Michel-Pierre de Mauléon Durban, dont Du Bellay mentionne le nom dans sa liste idéale des amis qu’il aperçoit en rentrant à bon port ( sonnet 129), même si ces hommes n’ont rien publié ou fort peu, et malgré l’importance que revêt l’acte de publier pour Ronsard ou Du Bellay, ils ont toute leur place dans les listes de pairs que peuvent établir les différents poètes de la nébuleuse, et Ronsard ou Du Bellay au premier chef.

J’irai plus vite sur ce que j’ai appelé ici le noyau dur de la Pléiade et qui correspond aux noms qui vous sont sans doute les plus connus. Dorat, dont l’œuvre est surtout néo-latine, fut le maître de Ronsard, de Baïf et de Du Bellay au collège de Coqueret, quant à Belleau et Jodelle ils ont également été condisciples au collège de Boncour, sous la houlette de George Buchanan, dont nous avons déjà parlé. Si le monde des relations romaines qui ne sont ni des mécènes ni des auteurs est un réseau que nous avons pu qualifier de « professionnel », celui-ci est d’abord, même si c’est sans exclusive, un réseau « estudiantin ». Ce sont les amis de la formation, camarades et maîtres qui constituent ce noyau dur.

Toutefois les sentiments de Du Bellay à l’égard de ces proches de la première heure sont loin d’être complètement amicaux. Les treize pièces adressées à Ronsard en témoignent. Certes, Du Bellay y dit son admiration, ses encouragements parfois, y confie sa propre douleur souvent, mais l’on peut aussi y percevoir une forme de rivalité, voire de jalousie. Ronsard est le chanceux, celui qui est resté près de son Prince – ce qui n’empêche d’ailleurs pas ce même Ronsard de dire sa propre insatisfaction à ce sujet – tandis que Du Bellay paie au prix fort son éloignement. Ici ou là, entre deux protestations d’amitié, on perçoit une forme d’envie de Du Bellay à l’égard d’un Ronsard plus favorisé que lui et qui s’offre parfois le luxe de gâcher cette faveur – par exemple en ne menant pas à son terme le projet d’épopée promis au roi.

D’une certaine manière, celui qui échappe, plus que les autres, à ces sentiments mitigés, c’est l’autre grand destinataire de Du Bellay, Jean de Morel. Cela s’explique de plusieurs façons. Bien sûr, sur un plan strictement personnel, Morel et Du Bellay sont des amis et non de simples relations. L’hommage que Morel rendra à Du Bellay en participant activement à la publication posthume de ses Œuvres en 1568 en témoigne. C’est en même temps quelqu’un qui, ayant lui-même une pratique littéraire, partage et comprend les préoccupations du poète. Mais, surtout, sur un plan social, ce n’est pas vraiment un rival, car à sa modeste pratique personnelle des Lettres – qu’il partage d’ailleurs, avec sa femme, Antoinette de Loynes, et ses filles, en particulier Camille –, il articule une activité d’animateur de la vie littéraire et de protecteur des poètes. En somme, si Morel peut à bon droit être considéré comme le grand ami de Du Bellay dans Les Regrets, cela tient autant ou plus à son positionnement social qu’à son caractère ou à des questions d’affinités individuelles : c’est, pour le dire autrement, parce qu’il est suffisamment proche des poètes pour comprendre ce que ressent Du Bellay, mais pas assez proche néanmoins pour être un rival potentiel. Ces perspectives différentes malgré des intérêts communs empêchent finalement que des jalousies puissent se faire jour.

Avec les quatre autres membres de cette catégorie des écrivains-mécènes, Du Bellay entretient des liens moins étroits. Michel de L’Hospital peut nous apparaître comme le plus écrivain de tous, même si sa fonction de surintendant des Finances en fait un protecteur de poids. Il sera Chancelier de France en 1560, succédant dans ces fonctions à François Olivier. Ce dernier, comme Jean Bertrand, Garde des Sceaux à l’époque de la composition des Regrets, exerce une forte activité de mécénat, plus importante que sa pratique personnelle des Lettres. Tous témoignent de la persistance de cette « double casquette » qui était plus encore représentée – et à un plus haut niveau hiérarchique – sous le règne précédent. Si Du Bellay leur adresse une pièce dans la troisième partie du recueil, c’est surtout qu’il cherche à se faire valoir auprès d’eux en espérant qu’ils favorisent son accès au centre du pouvoir.

Protecteurs potentiels

Car c’est évidemment ce qui le préoccupe, et qui explique aussi la place importante en même temps que singulière qui est réservée aux protecteurs potentiels qui ne sont pas auteurs par ailleurs. Du Bellay fait feu de tout bois pour se frayer un chemin vers les sommets. Serviteurs des puissants, comme Lescot, poètes qui ont été des ennemis mais sont bien placés à la cour comme Saint-Gelais, poètes et mécènes plus ou moins en vue à la cour, les alliés de tout poil et de toute puissance sont sollicités pour renforcer une position sociale ressentie comme compromise, surtout dans la partie française du recueil.

On peut ainsi être surpris que le cardinal de Chastillon et Jean d’Avanson soient des destinataires du recueil – alors que le cardinal Du Bellay lui-même ne l’est pas. En l’occurrence, notre poète se place du côté des puissants et des « vainqueurs », quitte à ce que cela crée des dissensions avec son protecteur et parent. Mais, comme le rappelait la regrettée Béatrice Périgot (voir bibliographie) Avanson avait été chargé par le roi de supplanter le cardinal Du Bellay dans les négociations complexes à mener avec le pape et avec Charles Quint. Quant à Chastillon il était très proche du premier cercle aulique, comme Jean Duthier, conseiller du roi et chargé des affaires italiennes. Du Bellay va jusqu’à célébrer le très admiré Polin, général des galères, qui a bien peu à voir a priori avec le monde des poètes. Mais il s’agit là de se faire connaître et reconnaître de tous ceux qui peuvent approcher le véritable but visé par Du Bellay : Marguerite de France d’une part, le roi Henri II d’autre part.

C’est ce qui explique la façon dont Du Bellay « cerne » voire encercle ces cibles ultimes, en s’adressant à leurs proches – ce que l’on peut appeler la famille royale au sens élargi.

Si les destinataires que visent prioritairement Du Bellay sont en effet le roi et sa sœur, les adresses à leur cousine, Jeanne d’Albret, reine de Navarre, fille de Marguerite de Navarre, au fils de Henri II, le dauphin François et à son épouse la reine d’Ecosse Marie Stuart, voire à la maîtresse du roi, Diane de Poitiers participent d’une approche concertée et en quelque sorte concentrique. C’est seulement à ce niveau que les destinataires identifiables sont des femmes, les grandes dames ayant traditionnellement une fonction de protectrices des artistes et des hommes de Lettres. On remarquera également que les apostrophes employées pour ces destinataires de haut vol sont différentes de celles qui sont utilisées par ailleurs dans le recueil et dont on a noté le caractère peu varié. Du Bellay, dans le sonnet 173 qu’il consacre à Jeanne d’Albret, introduit une variation élégante par rapport à la norme des sonnets adressés, l’appelant « Madame », mais interpelant in fine l’allégorie de la poésie en ces termes, « O poësie heureuse ». Quant au jeune François dauphin, il est désigné dans le sonnet 172 non seulement par l’apostrophe « Seigneur », qu’il partage avec des Grands de naissance moins glorieuse, mais aussi par la périphrase « Digne filz de Henry ». Si le roi, dans les sonnets 119 et 191, est sobrement appelé « Sire », Marguerite de France se voit désignée non seulement par un « Madame » attendu, dans les sonnets 174 et 175, mais aussi par l’élogieuse incise « Esprit royal », dans le sonnet 176. De telles tournures marquent la déférence du poète à l’égard des puissants. Mais ce ne sont pas là les seules marques du respect et de l’intérêt qu’il leur manifeste. Les destinataires du plus haut rang, qu’il est plus délicat d’aborder, sont les seuls pour lesquels on peut considérer que les pièces adressées (trois seulement pour Marguerite, deux pour Henri) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg de l’échange. On a eu l’occasion à plusieurs reprises l’occasion de le souligner : en parlant d’eux à autrui, c’est souvent à eux que Du Bellay s’adresse aussi, de façon détournée.

Mieux encore, si l’on se penche sur les choix énonciatifs qu’il opère en fonction du type de destinataire abordé, on remarque surtout que c’est lorsqu’il s’adresse à ceux qui sont pour lui des protecteurs potentiels que Du Bellay, qui a le sens des convenances comme de son intérêt, prend le plus en considération la personne de son destinataire et parle le moins de lui-même, comme le montre le tableau qui servira de support à la conclusion de ce propos.

J’ai reproduit sur ce document de synthèse les trois grands groupes que nous avons parcourus (destinataires qui ne sont ni auteurs ni protecteurs, écrivains et poètes et protecteurs) ainsi que les sous-catégories qui ont pu être délimitées en leur sein. Dans le groupe des auteurs, j’ai également distingué ceux qui peuvent ou non être rattachés à la nébuleuse de la Pléiade, et dans la catégorie des protecteurs qui sont aussi auteurs, j’ai traité à part le cas particulier de Morel. Figurent enfin le nombre total de pièces adressées à chaque catégorie et la représentation des première et deuxième personnes dans ces corpus, en nombre de pièces d’abord, en pourcentage ensuite. Il faut bien sûr tenir compte du fait que la comparaison d’ensembles de deux ou de trente-huit sonnets doit être menée avec prudence, mais l’on peut tout de même tirer quelques enseignements intéressants de ce tableau.

  • En moyenne, dans les pièces adressées du recueil, Du Bellay utilise à 72 % les marques de première personne et à 66% celles de la deuxième, ce qui est déjà l’indicateur qu’il tient davantage compte, dans ces pièces à dimension épistolaire, de sa propre personne que de celle de son destinataire.
  • Toutefois, des variations énonciatives interviennent en fonction de la catégorie de l’interlocuteur. Lorsque Du Bellay s’adresse à des destinataires dont il attend surtout de l’aide, i.e., ceux qui, en France, ne sont ni auteurs ni protecteurs, mais surtout les mécènes – qu’ils écrivent ou pas, qu’ils soient au sommet aulique ou aux abords de celui-ci – il prend systématiquement la peine d’utiliser la 2e personne – « tu » ou « vous » selon la place sociale du destinataire.

Mieux encore : plus le destinataire est haut placé dans la hiérarchie aulique, plus le « je » de Du Bellay a tendance à s’effacer : présent dans 3⁄4 des cas dans les pièces adressées à des mécènes auteurs, il ne représente qu’un peu plus de la moitié des occurrences (57%) dans le cas de mécènes qui n’écrivent pas, et descend à 44% à peine dans les pièces adressées à la famille royale au sens élargi.

Autre constat, les compagnons romains qui n’écrivent pas, partagent avec les poètes qui ne se rattachent pas à la nébuleuse de la Pléiade et avec l’ami Morel le triste privilège d’être les moins pris en compte – la deuxième personne n’étant représentée dans les textes qui leur sont adressés qu’à 45 % au plus, alors que la première l’est à 70 voire à plus de 80%. Les causes en sont sans doute différentes. Cette tendance a l’air paradoxalement de concerner le réseau le plus proche d‘une part (les compagnons romains non auteurs et Morel) et d’autre part les poètes les plus éloignés de Du Bellay sur le plan esthétique. L’effacement du « tu » mais aussi partiellement du « je », est plus marqué encore si on les prend tous en considération, indépendamment de la période à laquelle ils ont commencé leur carrière (hors Pléiade : « je » = 55,6% ; « tu » = 33,3% vs Pléiade : « je » = 78% ; « tu » = 75,6% ). Les pièces adressées aux auteurs qui se rattachent à la nébuleuse de la Pléiade ont donc un ratio plus équilibré entre la première et la deuxième personne, puisqu’on relève des occurrences de l’une et/ou de l’autre dans plus de 3⁄4 des cas.

Ce que montre donc cette synthèse, c’est que Du Bellay – qui navigue dans Les Regrets entre plusieurs mondes, celui de l’exil, celui des pairs avec lesquels il entretient des rapports mêlés d’amitié et de rivalité, celui de la cour qu’il cherche à réintégrer – tient compte, dans l’écriture de ses pièces de la nature de sa relation avec le destinataire choisi, et qu’il nous donne à voir comment il se situe lui-même dans ces univers.


Bibliographie

Éditions modernes consultées

Les Regrets

  • Joachim Du Bellay, Les Regrets et autres œuvres poëtiques, éd. J. Jolliffe et M.A. Screech, Genève, Droz, 1979 (3e éd.).
  • Joachim Du Bellay, Œuvres poétiques, t. II, éd. Daniel Aris et Françoise Joukovsky, Paris, Classiques Garnier, 1993.
  •  Joachim Du Bellay, Les Antiquités de Rome, Les Regrets, éd. Françoise Joukovsky, Paris, GF-Flammarion, 1994.

Les Soupirs d’Olivier de Magny

  • Olivier de Magny, Œuvres poétiques, t. II, dir. François Rouget, Paris, Champion, Textes de la Renaissance n° 108, 2006.

Sur le caractère épistolaire des Regrets

  • Œuvres poétiques de Joachim Du Bellay, éd. Daniel Aris et Françoise Joukovsky, t. II, Paris, Classiques Garnier, 1993, p. xxxix (introduction).
  • BIZER Marc, Les Lettres romaines de Du Bellay, Montréal, Presses de l’Université, coll. « Espace littéraire », 2001, chapitre 3 « Fonctionnement sociopoétique des Regrets », p. 115-188.
  • LEGRAND Marie-Dominique, « Le modèle épistolaire dans Les Regrets de Joachim Du Bellay, Nouvelle Revue du XVIe siècle, 13.2 (1995), p. 199-213.
  • PÉRIGOT Béatrice, « Les Regrets de Du Bellay : épistolarité et discussion sur les genres », Loxias, n°27, mis en ligne le 4 décembre 2009.
  • WEBER Henri Weber, La Création poétique au XVIe siècle en France, Paris, Nizet, 1955, p. 191.

Sur le rapport au nom

  • MONFERRAN Jean-Charles et ROSENTHAL Olivia « A quoi sert de nommer ? Politique du nom dans Les Regrets de Du Bellay », Nouvelle revue du XVIe siècle, Vol. 15, n° 2 (1997), p. 301-323.

Sur quelques contemporains auxquels s’adresse Du Bellay

  • Dictionnaire des Lettres françaises. Le XVIe siècle, Paris, Livre de Poche, coll. La Pochothèque / Encyclopédies d’aujourd’hui, 2001.

Dilliers ?

  • VALLÉE Eugène, Notes généalogiques sur la famille d’Illiers (Beauce, Perche, Maine, Vendômois), Paris, A. Picard et fils, 1905, p. 49-50.

Jean de Morel et Jérôme Della Rovere (Vineus)

  • COOPER Richard, Litterae tempore belli, études sur les relations littéraires italo–françaises pendant les guerres d’Italie, Genève, Droz, 1997, chapitre 7.

Sur les rapports complexes de Ronsard et de Du Bellay

  • DASSONVILLE Michel, « A propos d’un autre différend entre Ronsard et Du Bellay », Studi di Letteratura Francese, Florence, 1974, p. 93-106.

Pour citer cet article : 

Claire Sicard, « Les relations sociales dans Les Regrets de Du Bellay » (2014), article publié sur clairesicard.com le 7 août 2019 : https://wp.me/p3kyvL-2rP

Cette communication a été prononcée le 13 décembre 2014 à l’occasion de l’après-midi d’étude Littérature des XVIe et XIXe siècles Du Bellay / Nerval – rencontre autour du programme de l’E.N.S., org. Marie-Claire Thomine (Paris-Sorbonne).

Image à la Une : Illustration de Glück des guten und widerwertigen, dessin de Sébastien Brandt, gravure de Von der Artzney Bayder, Fig. en reg. folio CXLII : un banquet (source : Gallica)