Notions. Les genres et les registres

Il est fréquent que les élèves emploient l’une de ces notions pour l’autre. Faisons donc le point sur leurs significations respectives.

BN fr 22971 f60
Robinet Testard, Secrets d’histoire naturelle, « Sri Lanka », Ms. B.N. fr 22971, f. 60, c. 1480-1485 [Source : Mandragore].

Genres

La notion de genre concerne L’ŒUVRE CONSIDÉRÉE DANS SON INTÉGRALITÉ : il s’agit en quelque sorte de « cases » que l’auteur et le lecteur établissent pour distinguer les différents types d’œuvres littéraires. Pour chacune de ces « cases », est déterminé un certain nombre de caractéristiques formelles que l’auteur respecte ou avec lesquelles il joue, voire qu’il s’emploie à transgresser. Le lecteur, de son côté, a un horizon d’attente qui fait que, lorsqu’on lui annonce qu’il va lire un roman ou un sonnet, par exemple, il s’attend à trouver un texte qui correspond à l’idée qu’il se fait de ces genres. Néanmoins cette classification, si commode soit-elle, est souple, et elle évolue selon les lieux et les époques : des genres disparaissent (l’épopée antique par exemple), d’autres apparaissent (l’autofiction, dans le dernier tiers du XXe siècle), d’autres encore voient leurs caractéristiques évoluer (ce qu’on appelle roman dans l’Antiquité grecque n’ayant finalement que peu de rapport avec le roman balzacien – XIXe siècle – ou le Nouveau Roman – milieu du XXe siècle).
On peut considérer qu’il y a d’abord quatre grandes catégories littéraires (que l’on appelle parfois aussi, par commodité, genres), qui elles-mêmes regroupent différents genres :

  • le récit en prose, dans lequel un narrateur raconte une histoire. Relèvent par exemple de cette catégorie les genres du roman, du roman épistolaire, de la nouvelle, du conte (récits fictifs) mais aussi de l’autobiographie (récit que fait l’auteur de sa vie) ;
  • le théâtre, en vers ou en prose, se caractérise par le fait qu’il n’y a pas de narrateur prenant en charge l’histoire mais que celle-ci se construit par le dialogue des personnages en présence. Le théâtre est conçu pour être joué plutôt que pour être lu. La comédie, la tragédie, mais aussi la farce ou le drame sont des genres dramatiques (c’est-à-dire relevant du théâtre) ;
  • la poésie, est historiquement associée aux vers – même si, à partir de la fin du XIXe siècle les poètes créent le genre du poème en prose et tendent à se libérer peu à peu de la contrainte formelle de la versification. Les poèmes peuvent appartenir à différents genres (mais parfois la forme adoptée par le poète n’a pas véritablement de nom), tels que le sonnet, la ballade, le rondeau, l’ode ou la chanson, par exemple.
  • la littérature d’idées engage le lecteur à réfléchir et à prendre position sur une question. L’argumentation y est particulièrement importante. L’essai, le pamphlet ou la lettre ouverte, par exemple, relèvent de cette catégorie. Néanmoins il arrive, notamment dans le cadre d’une argumentation indirecte, que ce type d’écrit s’inscrive aussi dans l’une des trois autres catégories : ainsi la fable relève également de la poésie ; le conte philosophique du récit etc…

Registres

La notion de registre concerne quant à elle LA TONALITÉ D’UN PASSAGE, c’est-à-dire, l’effet produit sur le lecteur (ou celui que l’auteur cherche à produire sur lui). Dans un même ouvrage – qui n’appartient qu’à un seul genre –, il peut ainsi y avoir une combinaison de nombreux registres. En une seule page, on peut par exemple passer successivement…

  • du registre comique (qui fait rire)
  • au registre tragique (qui suscite crainte et pitié, sous le poids de la fatalité)
  • ou encore du registre polémique (volonté provocatrice dans le cadre d’un débat)
  • au registre épique (donnant l’impression d’un combat noble et suscitant l’admiration),
  • du burlesque (décalage amusant et ridicule produit par l’association d’une matière noble et d’une expression basse)
  • ou de l’héroï-comique (décalage amusant et ridicule produit par l’association d’une matière basse et d’une expression noble)
  • au satirique (critique faite sur un ton violemment moqueur et mordant)
  • ou encore du lyrique (à la Renaissance, fait pour être chanté à la lyre ; puis centré sur le « je », expression vive des émotions)
  • au registre élégiaque (ton de plainte dans la déploration d’une perte).

Les registres peuvent en outre se combiner entre eux : une page peut ainsi être à la fois …

  • didactique (c’est-à-dire empreinte d’un ton docte visant à enseigner)
  • et pathétique (suscitant la compassion du lecteur, cherchant à l’émouvoir).

Enfin, les registres peuvent se trouver dans n’importe quel genre : si la comédie est obligatoirement une pièce de théâtre, en revanche le registre comique peut s’exprimer aussi bien dans la réplique d’un personnage de drame, que dans le chapitre d’un roman, la chute d’une nouvelle ou une strophe de chanson.

© 2016 Claire Sicard. Tous droits réservés

Illustration : Robinet Testard, Secrets d’histoire naturelle,
« Sri Lanka », Ms. B.N. fr 22971, f. 60, c. 1480-1485 [Source : Mandragore].