Méthode de l’explication linéaire

Dans la première partie de l’oral, on attend que l’analyse du texte soit faite sous la forme d’un commentaire composé mais présenter une explication de texte est toléré, à condition que celle-ci soit correctement menée.

Le terme « explication » vient du latin explicatio. Dans cette langue, beaucoup plus concrète que le français, le terme désigne initialement le geste par lequel on met à plat une étoffe roulée sur elle-même. En somme, il s’agit de découvrir toute la surface de l’étoffe, jusque-là cachée.

« Passementier. Elévation perspective du métier à faire le galon », Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers, t. 1 des planches, 1777-1779 [Source : Gallica].

L’explication de texte demande une attitude similaire : il faut considérer le texte à analyser comme un tout replié sur lui-même. Notre tâche est alors de déplier – et de déployer – le texte, en en respectant les particularités. Pour ce faire, sans risquer d’abîmer ou de déchirer le tissu du texte (les deux mots ont d’ailleurs la même étymologie), il faut respecter son fil directeur, formulé dans une problématique qui est suggérée par la question posée par l’examinateur et à laquelle il faut veiller à rattacher systématiquement les analyses que l’on produit en suivant l’ordre imposé par le texte lui-même (démarche linéaire).

Il s’agit finalement de « faciliter la lecture, mettre en lumière les beautés, l’originalité d’un texte français » (définition du TLF) en le « manipulant » comme l’amateur d’étoffe le fait pour le tissu précieux dont il admire la matière, la trame, les motifs en le déroulant. De la même manière, une explication ne vise pas à disséquer un texte, mot à mot, ligne après ligne, fil à fil mais à faire partager les émotions que ce texte suscite chez un amateur de littérature.

Le fait que l’analyse suive l’ordre du texte ne signifie pas pour autant qu’elle n’est pas structurée par un plan solide. Simplement, alors que dans le commentaire composé le candidat dégage des axes forts dont chacun traverse l’intégralité du texte, dans l’explication linéaire, c’est le plan de l’extrait lui-même qui s’impose à l’analyse. C’est donc surtout pour des passages très fortement structurés qu’il peut être intéressant d’opter pour l’explication au lieu du commentaire.

Les titres donnés aux parties doivent ressembler à ceux d’un commentaire au sens strict : annoncer l’étude des lignes X à Y ne suffit pas. En outre opter pour la démarche linéaire, ne signifie pas juxtaposer des constats détachés les uns des autres. Chaque analyse doit s’intégrer dans une démonstration qui met au jour l’organisation interne du texte, de manière à rendre sensible l’unité de celui-ci. En d’autres termes, il y a bien une composition en explication linéaire, mais elle est imposée par la construction de l’extrait lui-même.

Organisation attendue en explication de texte

Introduction

¤ Situation du passage
¤ Lecture de l’extrait
¤ Formulation de la problématique
¤ Composition du texte : mise au jour de sa structure, de son plan qui sera aussi le plan de l’étude

Développement

Il suit l’ordre du texte, sans être esclave de celui-ci : si on a besoin d’évoquer un procédé attesté à la ligne 5 pour mieux souligner l’effet produit par une expression de la ligne 3, on ne s’en prive évidemment pas.

On évite plus que tout une litanie qui consisterait à énumérer : « ligne 1 il y a ceci, ligne 2 cela etc. » – le « saucissonnage du texte » (c’est-à-dire le fait de le découper en tranches sans faire valoir son unité) est interdit. Pour ce qui concerne la méthode d’analyse, elle est identique à celle que l’on trouve dans un commentaire : il s’agit de tresser ensemble citations précises du texte (1), analyse des procédés d’écriture (2) et mise en évidence des effets produits sur le lecteur (3).

Les parties du développement respectent la division que l’on a proposée dans l’annonce de la composition du passage, en introduction. On ne se contente pas d’en donner le découpage  mais on veille à donner à chaque étape un titre qui en souligne l’unité et les enjeux.

Entre chaque partie, comme dans le commentaire, on ménage un temps de bilan-transition – là encore pour bien faire percevoir à son auditeur que le texte n’est pas composé de « morceaux » isolés les uns des autres mais au contraire a une unité forte.

Conclusion

¤ Bilan de l’explication : on fait la synthèse de la démonstration, qui permet de répondre à la problématique formulée en introduction, et suggérée par la question posée par l’examinateur au début de la préparation.

¤ Si on trouve une idée pertinente, on propose une ouverture par la mise en contexte. On peut par exemple :

– évoquer les pages suivantes de l’œuvre, que ce passage prépare,
– mettre en relation l’extrait avec des pages qui lui font écho dans l’œuvre,
– ou bien réfléchir sur le rapport entretenu par cet extrait avec le genre auquel appartient l’œuvre, par exemple.

Si toutefois on n’a pas d’idée, mieux vaut toujours limiter la conclusion à un bilan simple et honnête qu’ajouter in extremis une remarque sans rapport avec l’extrait, ce qui ne réussirait qu’à gâcher l’impression laissée par l’exposé.

© 2016 Claire Sicard. Tous droits réservés