Vocabulaire du théâtre

À l’oral comme à l’écrit, on ne peut commenter un texte de théâtre sans maîtriser le vocabulaire spécifique de ce genre. Voici quelques définitions à maîtriser impérativement.

Estampe de Jacques Callot, Capitaine Mala Gamba, capitaine Bellavita,
Balli di sfessania [15],  s.n., Nancy, 1621-1622 [Source : Gallica].
  • un aparté

On désigne ainsi une réplique qui n’est pas censée être entendue par les autres personnages en scène. Tout se passe comme si le locuteur « parlait dans sa barbe ». C’est évidemment une convention théâtrale, puisque les spectateurs, eux, entendent fort bien les phrases prononcées ainsi. Les apartés sont en général signalés dans le texte théâtral par la didascalie (voir ce mot) « à part ».

  • la bienséance

Est bienséant, ce qui respecte les usages et les conventions. Dans le théâtre classique, la bienséance est un principe fort : il convient de ne pas choquer le spectateur, soit en contrevenant aux règles de la politesse ou, plus largement, aux conventions sociales, soit en présentant des éléments jugés grossiers parce que liés au corps : c’est ainsi au nom de la bienséance que l’on ne représente jamais de personnages en train de manger, par exemple, dans le théâtre classique. Mais c’est ce principe qui explique surtout que l’on ne laisse jamais un homme et une femme non mariés ensemble seuls en scène ou encore que les morts violentes ont forcément lieu hors scène.

  • une comédie

Ce genre théâtral est considéré comme bas dans La Poétique d’Aristote. On le reconnaît aux caractéristiques suivantes :

  1. Les personnages ne sont jamais de très haut rang (ce sont des bourgeois, ou des individus de petite noblesse, des serviteurs, voire des paysans mais en aucun cas des rois, des reines ou des empereurs),
  2. l’intrigue se déroule dans un milieu privé (une famille) et n’a aucune incidence sur la destinée d’un pays ou d’une nation,
  3. le texte peut, au choix, être écrit en prose ou en vers, dans un niveau de langue courant, parfois familier mais plus rarement soutenu – en tout cas moins soutenu que dans une tragédie (voir ce mot),
  4. le dénouement (voir ce mot) est heureux – la plupart du temps, à l’époque classique, la comédie s’achève par un mariage entre deux jeunes premiers amoureux l’un de l’autre.

Si le genre de la comédie peut contenir des scènes relevant du registre comique (c’est-à-dire visant à faire rire le spectateur), ce n’est pas forcément toujours le cas (notamment dans les comédies que l’on qualifie de « sérieuses »). Le fait que l’on rie ou pas n’est donc pas un critère décisif pour reconnaître le genre de la comédie.

Par ailleurs, à l’âge classique, il arrive que l’on considère le mot de comédie comme un terme générique, c’est-à-dire pouvant désigner n’importe quelle pièce de théâtre. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le nom du théâtre fondé par Molière, la Comédie française (également appelé Théâtre français) ou encore le titre de la pièce de Corneille, L’Illusion comique (c’est-à-dire l’illusion théâtrale).

  • un dénouement

Ce terme désigne la toute fin de la pièce, au moment où le nœud (voir ce mot) de l’intrigue trouve à se résoudre.

  • une didascalie

On nomme didascalies les indications scéniques qui permettent aux acteurs et au metteur en scène de savoir sur quel ton est prononcée une réplique, quels sont les gestes qui l’accompagnent ou encore quel doit être le décor, quels accessoires doivent être utilisés mais aussi quel personnage prend en charge telle ou telle partie du dialogue, etc. Il s’agit, dans le texte théâtral, de tout ce qui est écrit mais ne sera pas dit à voix haute par les comédiens qui joueront la pièce.

  • la double énonciation

On désigne par cette expression le fait, propre au théâtre, que chaque parole prononcée par un personnage est adressée :

  1. d’une part à un autre personnage sur scène (1er niveau d’énonciation)
  2. d’autre part aux spectateurs qui assistent à la pièce (2e niveau d’énonciation)

L’auteur dramatique tient compte de ces deux niveaux dans l’écriture de la pièce et parfois en joue (par exemple avec des énoncés à double sens, qui peuvent être interprétés différemment par un personnage qui arrive sur scène et par le spectateur qui a assisté au dialogue avant son entrée sur le théâtre).

  • un drame

Le terme vient du mot grec δρᾶμα (drama), qui désigne à l’origine toute pièce de théâtre, quel qu’en soit le genre. C’est pourquoi l’art du théâtre est appelé art dramatique, un auteur de théâtre un dramaturge.

Toutefois, dans le théâtre français, le genre du drame apparaît au XVIIIe siècle et désigne une pièce de théâtre mettant en scène des personnages du commun (comme dans une comédie – voir ce nom) mais dans des situations graves et malheureuses (comme dans une tragédie – voir ce nom).

  • une exposition

On appelle ainsi la ou les scènes du premier acte d’une pièce de théâtre qui présentent les personnages et donnent au spectateur des informations nécessaires à la compréhension de l’action. Une exposition complète « doit instruire le spectateur du sujet et de ses principales circonstances, du lieu de la scène et même de l’heure où commence l’action, du nom, de l’état, du caractère et des intérêts de tous les principaux personnages » (Manuscrit 559 de la BNF, auteur anonyme).

  • un monologue

Il s’agit d’un discours qui est souvent développé (mais ce n’est pas une obligation) qu’un personnage tient sans interlocuteur, alors qu’il est seul ou se croit seul » en scène. Selon Jacques Schérer, dans La dramaturgie classique en France, le terme peut également être employé pour caractériser la prise de parole d’un personnage écouté par d’autres, mais qui ne craint pas d’être écouté par eux. À ne pas confondre avec la tirade (voir ce mot).

  • un monologue délibératif

À la fonction lyrique et poétique, fréquente dans les monologues qui expriment souvent les sentiments (et plus souvent encore les sentiments malheureux) du personnage qui parle, peut s’ajouter une fonction d’analyse et de réflexion : le personnage est, au début du monologue dans un état d’incertitude, d’indécision et d’égarement tels qu’il a besoin de s’épancher seul sur scène et, au fur et à mesure qu’il délibère -c’est-à-dire qu’il pèse le pour et le contre – il aboutit à une décision univoque.

  • le nœud

L’abbé de Morvan de Bellegarde écrit en 1702 dans ses Lettres curieuses de littérature et de morale : « le nœud d’une tragédie comprend les desseins des principaux personnages et tous les obstacles propres ou étrangers qui les traversent. Il va ordinairement jusqu’à la fin du quatrième acte et dure quelquefois jusqu’à la dernière scène du cinquième ». On peut donc considérer que c’est le synonyme d’intrigue. C’est en tout cas ce qui sera « dénoué » à la fin de la pièce.

  • le prologue

Étymologiquement, c’est « le discours (logos) qui vient avant (pro) » la pièce proprement dite. Dans le théâtre grec, ce terme désigne aussi le personnage qui présente la pièce et les personnages avant que l’action à proprement parler ne commence. Il peut y avoir des prologues dans le théâtre antique, parfois dans le théâtre français des XXe et XXIe siècles, par référence à ces pratiques antiques, mais jamais dans les pièces composées entre le XVIIe et le XIXe siècle.

  • une réplique

Ce terme désigne n’importe quel discours qu’un personnage adresse à un autre dans un dialogue de théâtre.

  • une stichomythie

C’est une réplique très brève (étymologiquement, qui ne compte qu’un seul vers, mais le terme peut aussi être employé pour caractériser un énoncé très bref en prose ou pour une réplique de deux vers, par exemple). Ce procédé donne généralement au dialogue du rythme et de la vivacité.

  • une tirade

Il s’agit d’une réplique développée qu’un personnage adresse à un ou plusieurs autres. Il s’agit donc, contrairement au monologue (voir ce mot) d’un discours adressé à des tiers présents en scène.

  • une tragédie

Ce terme désigne un genre théâtral qui se caractérise par le haut rang des personnages (des rois, des princes), la dignité de leur comportement dans des situations propres à exciter la terreur et la pitié et un dénouement généralement sanglant. Le style utilisé est noble, élégant.
La tragédie a été « inventée » par les Grecs. Elle tire son origine du culte de Dionysos : à chacune de ces fêtes, on représentait des tragédies, et on choisissait la meilleure. « Tragédie » signifie, étymologiquement, « le chant du bouc » soit parce que l’auteur de la meilleure tragédie était récompensé par un bouc, animal consacré à Dionysos, soit, plus vraisemblablement, parce que l’on sacrifiait un bouc à Dionysos au moment de ces représentations théâtrales.
La tragédie devait représenter des passions très fortes, elle devait susciter des émotions terribles pour que les spectateurs, pleurant, tremblant, souffrant pendant la pièce soit, dans la réalité, délivrés de ces sentiments. Ainsi, l’émotion au théâtre purifiait les spectateurs : on appelle ce phénomène la catharsis.

  • une tragi-comédie

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le nom de ce genre, une tragi-comédie n’est pas une pièce qui comporte à la fois des éléments tragiques et des éléments comiques. C’est une pièce qui correspond à tous les critères de la tragédie, à ceci près que le dénouement (voir ce mot) en est heureux. C’est par exemple le cas du Cid, de Corneille.

  • les unités

Dans le théâtre classique, les auteurs respectent la règle des unités, c’est-à-dire :

  1. L’unité de temps (à l’origine de toutes les autres) : pour que l’action paraisse vraisemblable, elle doit se dérouler en un temps limité, idéalement en un jour – soit du lever au coucher du soleil, soit, au maximum, 24 h.
  2. L’unité de lieu : l’action doit se dérouler en un même lieu – il ne serait en effet pas vraisemblable de se déplacer dans des lieux très éloignés les uns des autres dans le temps limité dévolu à l’intrigue.
  3. L’unité d’action : pour des raisons de clarté mais aussi, là encore, de vraisemblance, l’intrigue doit se concentrer sur un fil principal.
  4. L’unité de ton : il s’agit là d’une unité que l’on oublie souvent. On désigne ainsi le fait qu’une pièce doit être cohérente dans les registres qui y sont utilisés. Ainsi, une comédie n’offrira pas de scènes tragiques, et inversement. On ne mêlera pas non plus des niveaux de langues disparates.

Ces règles, théorisées par les auteurs classiques ne sont pas universelles. De nombreuses  pièces de théâtre ne les respectent pas, soit qu’elles n’aient pas encore été en usage au moment de l’écriture de ces œuvres (avant le milieu du XVIIe siècle) soit que les auteurs aient décidé de s’en libérer (après le XVIIe siècle, et surtout à partir du XIXe siècle).

  • la vraisemblance

L’exigence de vraisemblance est l’une des plus importantes de l’esthétique classique. Ainsi, pour Racine dans la préface de Bérénice « il n’y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie ». Comment définir ce principe ? Peut-être en reprenant la formule simple du P. Rapin (Réflexions sur la Poétique d’Aristote) : « Le vraisemblable est tout ce qui est conforme à l’opinion du public ». C’est ce qui semble pouvoir avoir eu lieu, mais ce n’est pas le vrai (d’ailleurs, comme le dit Corneille, le vrai n’est pas toujours vraisemblable).

© 2016 Claire Sicard. Tous droits réservés