Méthode de la dissertation

La dissertation est une réflexion engagée et fondée en raison. Si l’on n’a pas en tête ce principe, on a beau imiter la forme de l’exercice, on ne peut élaborer un bon devoir.
Il faut donc prendre le risque de penser. Pour le faire de manière efficace et pertinente, il convient de composer sa réflexion. Comme le commentaire, la dissertation ne doit pas être un catalogue désordonné de développements, même pertinents en eux-mêmes. Tout au contraire, chaque élément du devoir doit être coordonné aux autres, c’est-à-dire organisé et disposé par rapport à ce qui précède et ce qui suit, dans une perspective de démonstration. Les parties sont conçues comme les développements logiques d’une problématique, qui est leur principe d’organisation. C’est là le cœur de la dissertation.

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Phase préparatoire : poser un cadre et déterminer les étapes du parcours

La problématique découle du sujet. Il faut, avant toute autre chose, bien comprendre ce qu’il dit. Cela ne signifie pas seulement « savoir de quoi ça parle » mais aussi saisir « ce que ça dit » et comprendre quel est le problème littéraire posé par l’intitulé. Déterminer rigoureusement ce cadre, le formuler dans l’analyse du sujet puis dans la problématique est nécessaire pour ne pas glisser hors sujet.
Pour proposer une pensée rationnelle et justifiable, sans formuler une simple opinion ou son propre goût, on cherche des arguments et des exemples en rapport avec le problème à traiter. On les trouve dans le corpus proposé et sa propre culture : souvenirs précis de textes étudiés en classe, citations ou analyses tirées de lectures personnelles que l’on aura retenues durant l’année de préparation. Il faut toujours se demander si l’exemple choisi correspond bien au cadre imposé par le sujet. Ainsi n’utilisera-t-on pas un passage de roman dans une dissertation sur le théâtre.
On note ses idées au brouillon, d’abord en vrac. Peu à peu se dessine la position que l’on va défendre. Il ne s’agit pas de trancher de manière radicale (les choses sont bien rarement noires ou blanches) mais de déterminer et d’exprimer dans quelle nuance de gris on trouve une réponse convenable au problème.
La problématique indique un angle d’attaque, présente la perspective générale du devoir et le problème qu’on va tâcher de résoudre. Les idées et exemples constituent la matière permettant de donner corps à la réflexion. Le plan, que l’on prépare dans un troisième temps, détermine les étapes de la démonstration. Ces phases sont bien distinctes, quoique nécessairement liées.
Le plan doit être logique et proposer une démonstration rigoureuse et vivante. Il comporte deux ou trois grandes parties elles-mêmes composées de deux ou trois sous-parties logiquement articulées et chacune fondée sur un argument et un exemple au moins. Mais il n’y a pas de plan-type : on n’attend pas des candidats qu’ils soient des techniciens habiles à manier une rhétorique creuse. Ils doivent se montrer capables de réfléchir à des problèmes littéraires en utilisant « le bon bout de leur raison » et leurs connaissances. Il est en revanche certain qu’on ne peut le faire dans le cadre vide d’un « I. Oui / II. Non / III. Peut-être » propre à engendrer des incohérences.
Sans analyse de sujet, sans problématique, sans plan, il n’y a pas de dissertation. Il ne faut donc pas craindre de consacrer au moins une heure à ce travail. On achève la préparation en rédigeant les bilans-transitions (qui permettent de vérifier que la pensée est rigoureuse et logique) l’introduction et la conclusion. Ces dernières sont des lieux stratégiques du devoir. Elles donnent en effet aux correcteurs une première impression sur le niveau de la copie.

Une logique et une cohérence signalée dès les seuils du devoir

Il existe des règles à respecter pour introduire et conclure. Elles procèdent toujours du même principe : se montrer logique, cohérent et clair dans sa démarche.
L’introduction comporte quatre parties : il s’agit d’abord d’une brève ouverture qui permet d’amener le sujet (1), de l’analyse de l’intitulé (2), de la formulation de la problématique (3) et enfin de l’annonce du plan (4). Il est indispensable de souligner les enchaînements d’une étape à l’autre, de manière à rendre clair le parcours que va suivre la dissertation.
Conclure n’est pas chose aisée. La fin que l’on propose ne saurait en effet être définitive. Il convient néanmoins de montrer que le raisonnement développé dans les pages de sa dissertation forme une unité. Il est donc indispensable de mettre en relation les résultats de sa démonstration avec le sujet et de répondre sans lourdeur à la problématique initiale. Ce moment de synthèse peut être plus rapide que l’introduction. Il peut éventuellement conduire à une ouverture sur un nouveau problème.
D’un point de vue pratique, mieux vaut rédiger la conclusion immédiatement après l’introduction. Ainsi, on ne risque pas de perdre de vue les enjeux de son travail qui propose un cheminement construit et unifié. Dans la rédaction du développement (qui se fait directement au propre) il ne restera plus qu’à réunir logiquement les tenants et les aboutissants de sa réflexion. Par ailleurs, il ne faut pas prendre le risque de rendre un devoir inachevé ou d’improviser une conclusion en fin de l’épreuve. La pensée et le style risqueraient d’être moins précis et efficaces.

Rédiger

Pour la rédaction définitive de la copie, on s’appuie sur le plan détaillé comportant titre des parties, sous-parties, arguments et exemples précis. Mieux vaut, dans la phase préparatoire avoir fait preuve de clarté. Il est donc conseillé de n’utiliser que les versos de ses brouillons et de les numéroter pour ne pas oublier ou intervertir des étapes en cours de rédaction.
Pour écrire au propre, on a sous les yeux sa copie, le plan qu’on suit de paragraphe en paragraphe, et le sujet, qu’on doit garder à l’esprit, comme un fil d’Ariane, dans tous ses raisonnements. Il faut veiller à rattacher, sans lourdeur, chaque étape de la démonstration à ce sujet. Si l’on a un doute sur la pertinence d’un développement secondaire, mieux vaut le supprimer.
Il est bien sûr préférable de ne pas opérer de brusques revirements pendant la rédaction du devoir. Mais il arrive qu’en développant une idée, on se rende compte qu’elle n’est pas pertinente. Il est toujours temps de faire les modifications qui s’imposent. Il faut alors penser à procéder à d’éventuels changements dans l’introduction si ce qu’elle annonçait ne correspond plus à ce que l’on est en train de faire. On ne doit en effet pas donner à son lecteur une impression d’incohérence. Même si ce n’est qu’un détail, écrire à l’encre effaçable peut alors être utile.
La relecture du travail est capitale. Au cours de la rédaction même, on alterne les temps d’écriture et de relecture à la fin de parties ou de sous-parties formant une unité. Ainsi corrige-t-on ses fautes au fur et à mesure (rappelons que l’évaluation de la copie, le jour du bac, prend en compte la qualité non seulement de la langue, mais aussi de l’orthographe) et l’on veille à ne pas perdre son fil directeur. Et dans le cas où l’épreuve s’achèverait avant que l’on ait pu relire tout son travail, certaines erreurs auront tout de même été corrigées.
Il faut essayer de finir son devoir 10 à 15 minutes avant la fin de l’épreuve. On relit alors tout son texte, si possible deux fois : l’une pour traquer les constructions lourdes ou fautives, les lapsus et les oublis ; l’autre pour vérifier l’orthographe et en particulier les accords et les accents. On n’oubliera pas de soigner sa ponctuation.