Agrégation

Méthodologie de la composition française

Cours dispensé en septembre / octobre 2019 dans le cadre de la préparation aux agrégations de Lettres des Universités de Tours, Orléans et Poitiers.


NB. Ce cours est désormais achevé, mais je continuerai à mettre régulièrement à jour l’agenda recensant les différentes manifestations agrégatives de l’année : n’hésitez pas à le consulter régulièrement.

Bonne suite de préparation !

[dernière mise à jour : 7 novembre 2019]


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Boîte à outils

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Agenda

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Ressources en ligne

Littérature comparée

Garnier
  • Vidéos de l’après-midi d’étude « Regards de jeunes chercheurs sur Hippolyte et La Troade de Robert Garnier » à Bordeaux le 21 octobre 2019
      • Céline Fournial : « Hippolyte et La Troade: d’une réécriture à l’autre, ou l’évolution du modèle tragique français »

      • Sylvain Garnier : « L’adaptation d’une forme lyrique antique : le kommos dans Hippolyte et La Troade de Garnier »

      • Nina Hugot : « La ruse dans Hippolyte et La Troade« 

Voltaire

Corbière

Cendrars

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Séance du 11 septembre 2019

Les deux premières séances de méthode s’appuieront sur les rapports de jury et des exemples précis de copies d’agrégation de sessions antérieures pour aborder l’exercice de la composition française (ou dissertation) aux différents concours d’agrégation de Lettres. Il s’agira non seulement de rappeler et préciser les règles formelles de cet exercice, mais surtout d’en expliciter l’esprit et les enjeux. Seront proposés des éléments de réflexion et de méthode de portée générale.

Les deux séances suivantes prendront la forme d’une mise en pratique à partir du programme de la session en cours. On trouvera d’abord sur cette page puis sur Célène, au fur et à mesure des séances, le contenu des cours ainsi que des documents de travail comme le florilège des rapports de jury des différentes agrégations de Lettres depuis 2014 au sujet de la dissertation (voir Boîte à outils).


SECTION 1 / Généralités

I. Préalables. Quelques éléments statistiques

Les tableaux ci-dessous mentionnent des chiffres publiés par le ministère de l’Éducation Nationale. Ils concernent les taux de réussite aux concours de lettres, en externe (ext) et en interne (int), sur la période 2014 / 2018. Les taux de réussite expriment le rapport entre le nombre de reçus et le nombre de présents aux épreuves écrites. Le nombre de présents est toujours inférieur (et même souvent fortement inférieur) à celui des inscrits.

Pour le concours interne de Lettres Modernes, une distinction est opérée entre les candidats de l’agrégation proprement dite (enseignants du public) dont le nombre figure dans la première ligne de chaque case, et ceux du CAERPA, Concours d’accès à l’échelle de rémunération des professeurs agrégés (seconde ligne). Depuis 2017, en Lettres Modernes également, il existe un concours spécial réservé aux docteurs, dont le jury est identique à celui de l’agrégation externe mais dont le nombre d’épreuves est allégé (3 contre 6). Les résultats concernant ce nouveau concours figurent dans les colonnes « Spe ». A noter que pour la 1ère édition de ce nouveau concours, 15 places étaient prévues mais seules 11 ont été pourvues, faute de candidats. Les 11 places non pourvues ont été reportées sur le concours externe de la même session (2017, surlignage rose). NB. En gris (concours 2014, 2015, 2016) : établissement de listes complémentaires.

A. État des lieux des concours

Graph1.jpg

L’analyse de ces données montre qu’en Lettres Modernes, les taux de réussite au concours interne sont donc nettement inférieurs à ceux du concours externe. Le concours interne a été jusqu’à plus de deux fois plus sélectif que le concours externe (cf. 2015 surlignage bleu – 10,5 points d’écart).

C’est sans doute aussi ce qui justifie en partie une baisse du nombre de postes mis au concours en externe et une augmentation en interne qui, en 2018, a abouti à ce qu’il y ait pour la première fois plus de postes en interne qu’en externe (cf. surlignage jaune – 11 postes de plus en interne qu’en externe). Ce glissement, qui paraît prendre acte de l’évolution des cohortes présentant les différents concours de l’agrégation de Lettres Modernes, engendre une diminution de l’écart existant sur le plan de la sélectivité entre les concours externe et interne (cf. surlignage en vert – écart réduit à 7,2 points), même s’il reste statistiquement toujours plus facile d’obtenir l’agrégation externe que l’agrégation interne.

Il s’agit donc indéniablement d’une période de crise de ces concours mais ce qui est important pour vous, candidats actuels, c’est que cette crise vous est profitable : pour mémoire, il y a seulement une douzaine d’années, lors de la session 2008,

  • On dénombrait (avec 90 postes d’externe, 106 d’interne et 8 caerpamis au concours) un total de 204 postes en Lettres Modernes, contre 281 en 2018 (en comptant les 12 postes mis au nouveau concours spécial, réservé aux docteurs) ;
  • les taux de réussite du concours s’élevaient respectivement à 9,6% en externe, 7,9% en interne et 4,7% en caerpa
  • il arrivait fréquemment que tous les contrats CAERPA, (qui étaient 3 à 4 fois moins nombreux que ceux proposés ces dernières années) ne soient pas pourvus car la règle était que le dernier CAERPA admis ne pouvait obtenir un nombre de points inférieur à celui du dernier agrégé interne admis – règle qui a manifestement volé en éclat depuis une dizaine d’années puisqu’il arrive désormais que le dernier admis du privé obtienne moins de points que le dernier admis du public (et même beaucoup moins de points : jusqu’à 1,2 point de moyenne en moins, c’est-à-dire 48 points).
  • Enfin, les docteurs concouraient au même titre que les autres candidats de l’externe et grossissaient donc les rangs des prétendants à un nombre inférieur de postes.

En conclusion, sans être bien sûr faciles d’accès, ces concours sont devenus plus accessibles qu’ils ne l’étaient il y a quelques années, pour peu bien sûr qu’on les prépare sérieusement, complètement et qu’on ne se décourage pas en ne se présentant pas aux épreuves, attitude que nombre de rapports du jury soulignent et déplorent. On peut par exemple citer l’observation générale du président du jury de l’agrégation externe de Lettres Modernes en 2017, Paul Raucy : « Voir plus de 50% des inscrits s’éliminer d’office est désolant. La préparation du concours suppose de la part des candidats un effort constant et approfondi. On ne peut que recommander à ceux qui se sont inscrits de ne pas renoncer au cours des épreuves écrites ou avant même de s’y présenter, et leur rappeler que toute absence à une épreuve est éliminatoire : les candidats ne sont pas forcément bon juges de leurs prestations, et le moyen le plus sûr de ne pas être admissible est évidemment d’abandonner en cours de route ». L’observation est reprise en 2018 par la nouvelle présidente du jury de ce concours, Anne Vibert : « On ne peut que regretter que tant de candidats s’éliminent d’eux-mêmes, soit en ne participant pas au concours, soit en n’allant pas jusqu’au bout des épreuves. (l’absence à une épreuve est en effet éliminatoire) alors même qu’ils ne sont peut-être pas toujours les meilleurs juges de leurs prestations et surtout, comme l’atteste heureusement un certain nombre d’exemples, qu’une contre-performance dans une épreuve peut être compensée. On ne peut pas nécessairement et en toute circonstance être au plus haut niveau sur chaque épreuve. Mais c’est précisément la loi du concours, et ce qui fonde tout à la fois sa légitimité et son équité : qu’il propose des épreuves nombreuses et requérant des compétences diverses pour juger d’un haut niveau d’ensemble. De la même manière, une excellente prestation dans une épreuve, quelle qu’elle soit, ne suffira pas à racheter un niveau général trop faible. C’est pourquoi le bon sens impose aux candidats de se préparer au mieux dans toutes les épreuves, ce qui empêche les supposés « aléas » du concours d’intervenir de façon décisive sur le résultat final. »

Pour les Lettres classiques, nous n’envisagerons ici que le cas de l’agrégation externe, dans la mesure où, à l’interne, la seule composition proposée dans les épreuves d’admissibilité est celle dite de didactique, que ce cours de méthode ne concerne pas. Il arrive que tous les postes ne soient pas pourvus (résultats en rouge dans la ligne grisée).

Graph2

Le concours interne n’existe pas en Grammaire.

Alors qu’en Lettres Modernes tous les postes sont pourvus, ce n’est pas le cas en Lettres Classiques (du fait d’un niveau des candidats insuffisant pour assurer le plein recrutement des postes proposés) et en Grammaire (du fait du très faible nombre de candidats). Les rapports soulignent la plus grande accessibilité du concours externe de Lettres Classiques par rapport à l’interne.

B. Barres d’admissibilité et d’admission

Graph3

Graph4

Les données ne sont pas communiquées par les rapports : les cohortes de candidats sont insuffisantes pour que ces indications aient du sens.

C. Enseignements à tirer de ces données

Quelles conclusions tirer de tels chiffres ? Tout d’abord, bien sûr, ce n’est pas parce que le recrutement est en ce moment plus favorable qu’il n’a pu l’être par le passé qu’il est offert à quiconque se présente. Il est indispensable, à l’orée d’une telle préparation, de mesurer que ce projet va nécessiter un véritable engagement en termes de travail et de motivation. Il faut se préparer pour toutes les épreuves et – pour ce qui nous concerne en composition française – pour toutes les œuvres au programme, sans impasse.

Cependant, il ne s’agit pas non plus de crier au loup. Surestimer les difficultés du concours est presque aussi dangereux que les sous-estimer : pour bien se préparer, il faut croire que l’on peut être admis. Et, en effet, le nombre de places offertes se maintient à un niveau suffisamment important pour qu’un candidat sérieux et motivé ait de bonnes chances d’être reçu.

Par ailleurs, à l’agrégation les notes obtenues ne sont pas fatalement basses et, il est possible d’avoir d’excellentes notes qui peuvent aisément compenser une, voire deux, très mauvaises notes. Une candidate à l’agrégation externe de Lettres Classiques, en 2015, a par exemple été reçue malgré un 2 / 20 en leçon. On a parfois vu l’avant-dernier admissible être admis. Chacun a donc le droit à l’erreur sans que ses chances de réussir soient nécessairement compromises. Nombreux sont les rapports de jury qui insistent sur ce point. Comme par ailleurs on est le plus souvent mauvais juge de ses prestations, il faut s’interdire d’arrêter de concourir parce qu’on n’est pas satisfait d’une de ses épreuves.

Enfin, l’observation des parcours des admis aux agrégations de lettres, permet de comprendre qu’il n’y a pas de « profil idéal » du candidat, qui favoriserait de manière significative certains par rapport à d’autres. On voit de plus en plus de candidats certifiés, parfois en poste depuis suffisamment longtemps pour prétendre à passer le concours interne, présenter l’agrégation externe et l’obtenir. Aux concours internes eux-mêmes, tous les ans des candidats sont admis alors même qu’ils paraissaient se trouver dans des situations personnelles et / ou professionnelles peu propices. D’autres le sont également alors qu’ils avaient arrêté leurs études depuis longtemps, ou qu’ils avaient obtenu de très mauvais résultats à une session précédente. Au contraire, des candidats se préparant apparemment dans des conditions beaucoup plus favorables – par exemple en congé de formation – échouent.

Il n’y a donc rien, dans ces concours, qui relève d’un quelconque fatum. Simplement, il est indispensable de s’imposer un cadre et des règles de travail permettant de rendre sa préparation efficace et de tout mettre en œuvre pour perdre le moins de temps possible, puisqu’il n’y a tout au plus que huit mois entre l’annonce officielle du programme et les écrits, et seulement trois mois entre la dernière épreuve écrite et la première épreuve orale.

II. Comment se préparer ?

A. Les grands principes

1. Le respect du programme

Il est absolument nécessaire d’avoir une idée très précise de la délimitation du programme (je pense en particulier aux épreuves de grammaire, mais la question peut aussi se poser parfois en littérature française : dans quelle mesure telle préface, tel liminaire fait-il ou ne fait-il pas partie du champ de l’étude proposé par le programme ? S’il en fait partie, il faudra l’inclure dans la réflexion, être prêt à être interrogé dessus à l’oral. S’il n’en fait pas partie, il ne faudra pas le mentionner (ou seulement au même titre, très secondaire, qu’une autre référence extérieure au programme).

Il est également capital de travailler sur les éditions inscrites au programme : si on possédait déjà une édition de Candide, qui figure à bon droit dans une bibliothèque de professeur ou de futur professeur de Lettres, il faudra malgré tout se procurer l’édition indiquée pour la session, et ce pour plusieurs raisons :

  • D’abord parce que, pour certaines œuvres, il peut y avoir des différences dans la leçon du texte retenu selon les éditions et que, pour le concours, c’est celle de l’édition préconisée qui fait foi. Il est gênant de fonder un développement sur un passage qui se trouve dans son édition mais qui a pu être supprimé ou profondément remanié dans celle à laquelle se réfère le jury, par exemple.
  • Ces éditions contiennent des préfaces, des notes. Si ces éléments paratextuels ne sauraient se substituer au texte lui-même et à une réflexion personnelle à conduire sur lui, ils sont toutefois connus du jury. Les connaître également, et savoir à l’occasion s’en servir est donc de bonne méthode.
  • Enfin, dans la perspective de l’oral, il est bienvenu de s’être familiarisé avec l’édition qui sera fournie durant les épreuves. Si, a contrario, on perd du temps pour circuler dans une édition que l’on connaît mal ou pas du tout, on risque – en particulier pour la leçon – d’être pénalisé.

2. Concurrence ou solidarités ?

Même si l’on passe un concours, le secret pour le réussir n’est pas de nuire le plus possible à ses concurrents mais de travailler en groupe pour affronter ensemble les difficultés et la forte charge de travail du concours. Il y a de nombreux avantages à procéder ainsi :

  • D’abord, fixer des rendez-vous réguliers pour travailler ou pour échanger le fruit d’un travail individuel, oblige à respecter un rythme soutenu qu’on peut être plus enclin à perdre lorsqu’on est seul
  • Ensuite, on attend au concours que les candidats soient en mesure de présenter une pensée claire, organisée, étayée sur une argumentation solide : échanger avec d’autres candidats durant la préparation oblige à cet effort d’explicitation que l’on est plus facilement tenté d’escamoter quand on est seul. Or il arrive qu’on croie avoir compris quelque chose et que la discussion avec d’autres agrégatifs mette au jour une difficulté imprévue, un « os » qu’il faut affronter et qui amène à reconsidérer son point de vue
  • Enfin, on abat toujours plus de travail à plusieurs (notamment pour le fichage d’articles ou d’ouvrages, mais aussi pour des exercices « type agreg » – explications, leçons, études littéraires, dissertations…) que seul. Bien sûr, cela suppose un égal degré d’investissement et de sérieux dans le travail pour chaque membre du groupe : pas de coucou dans le nid !

Indépendamment de la pure rentabilité de la chose pour la préparation, c’est aussi humainement plus supportable. On a rarement des baisses de régime en même temps : on peut donc se soutenir, s’encourager, s’entraider. Et nouer par la même occasion de robustes amitiés.

Cela peut se faire bien sûr in vivo, mais aussi – grâce à la technologie moderne qui nous permet d’être tous au même endroit quoique dans trois lieux différents – à distance : peut-être sur Célène, ou simplement Skype, voire par des échanges mails. Il existe enfin des listes de diffusion ou groupe sur Internet :

  • Agreglettres : les inscriptions sont malheureusement closes depuis le 30 juin., mais l’intérêt majeur de cette liste réside dans la régularité des dépôts obligatoires de travaux type agrégation.
  • Weblettres contient un groupe de travail agrégation. On peut s’inscrire assez facilement et on y trouve parfois des informations importantes ou intéressantes ,  des questions que d’autres candidats se posent, des sujets de dissertation proposés dans d’autres formation et qui fournissent donc des exercices possibles. Mais peu d’activité, apparemment. Il ne tient cependant qu’aux inscrits eux-mêmes de faire de cet outil un instrument collaboratif vraiment utile à leur préparation.
  • Le Trouble est un forum accessible sur inscription. A le défaut d’être envahi de publicité.
  • Agregenpoche est un forum accessible sur inscription. A le défaut d’être envahi de publicité.

3. La question du repos

Il peut paraître étonnant de mettre tout de suite en avant, dans des conseils de préparation à un concours très prenant, la question du repos. Ce n’est pourtant pas du tout cocasse ou anecdotique. Un candidat à l’agrégation doit concilier, pour un an au moins, activité professionnelle, vie familiale et préparation du concours. Cette dernière s’apparente à une épreuve sportive d’endurance. On a même risqué, pour la désigner, le mot-valise d’agrégathon.
 Il faut donc apprendre à ménager ses forces, et à s’accorder des pauses et des plaisirs propres à les reconstituer. En effet, le temps imparti à un candidat pour se préparer est à la fois terriblement court, parce qu’il y a fort à faire, et terriblement long car une année presque complète de travail acharné épuise. C’est pourquoi il est indispensable de s’imposer – voire d’institutionnaliser, pour soi et sa famille – des moments de « détente obligatoire ». Quel que soit le retard accumulé dans des lectures indispensables, ou dans la rédaction d’un devoir, il faut parfois se contraindre à fermer ses classeurs, à aller se promener, à faire de la musique, à dîner avec des amis ou tout simplement à se coucher tôt.

Ce temps de récréation (ou de re-création) n’est jamais perdu. D’abord, parce que sans ces moments de plaisir, il est impossible de conserver tout au long de l’année la fraîcheur d’esprit nécessaire à un travail efficace. Mais aussi parce que le travail de l’agrégatif s’apparente à une lente rumination. Les informations accumulées pendant le travail actif sont remâchées, digérées afin de devenir la « matière » même des candidats et de pouvoir être exploitées dans une dissertation ou une leçon. Or divertir, au sens étymologique, son esprit participe indirectement de cette intime appropriation des textes et de leurs problématiques.

4. Pour les enseignants en fonction


Avoir une charge d’enseignement tout en préparant l’agrégation n’est pas forcément un handicap. Mais cela demande bien évidemment d’aménager très rigoureusement le temps consacré au travail pour et avec ses classes.

a. Définir clairement ses priorités, et les assumer

Il est essentiel de s’imposer une ligne de conduite pour l’année et de dégager, fermement et sans fausse honte, des priorités : il ne s’agit certes pas de bâcler le travail fourni pour le collège ou le lycée, mais si la préparation de vos séquences vous prend un temps excessif, celui consacré à l’agrégation se réduira comme peau de chagrin. Les rapports de jury eux-mêmes évoquent ces collègues qui ont perdu de vue l’objectif de leur année, se sont dispersés et ont échoué.

Il faut par conséquent être d’une parfaite honnêteté envers soi-même et adopter d’emblée une position sans ambiguïté par rapport à ses choix : si on se prépare à un concours, c’est pour le réussir. Lorsqu’on n’en est pas convaincu, il est parfaitement inutile de se charger des contraintes et des angoisses qui forment l’obligatoire corollaire de cette – ou de ces – lourde(s) année(s). On peut, avec plus de profit, lire pour soi, continuer à se cultiver sans pour autant concourir. Si, au contraire, c’est l’agrégation que l’on veut obtenir, alors il faut travailler. Et pour cela, on doit, sans scrupule, s’imposer des aménagements dans ses pratiques de classe.

Certains professeurs, on le conçoit, ont des difficultés à accepter ce sacrifice. Mais celui-ci n’est que partiel, et il est surtout provisoire. En effet, le travail fourni pour l’agrégation est très rapidement utile dans l’exercice de la profession d’enseignant : l’élargissement de vos connaissances littéraires et culturelles profitera indéniablement à vos élèves, tout comme l’amélioration de vos techniques d’approche des textes. C’est donc raisonner à courte vue que s’imaginer que l’on sacrifie ses élèves sur l’autel de ses propres intérêts en se préparant au mieux.

b. Être ingénieux pour remplir ses obligations d’enseignement tout en s’économisant

Il s’agit d’être ingénieux pour concilier les exigences de l’enseignement que les élèves doivent suivre et celles d’une préparation de concours dévoreuse de temps. Il faut employer tous les moyens propres à réduire le temps consacré au collège ou au lycée. Autant que faire se peut, évitez la charge de professeur principal, les heures supplémentaires (la préparation d’un concours de la fonction publique donnait il y a quelques années le droit de refuser même la première HSA réputée « obligatoire », il n’est pas sûr que ce soit toujours le cas, à présent que deux heures supplémentaires peuvent normalement être imposées aux enseignants par leurs chefs d’établissement, mais il faudrait le vérifier), les clubs, les heures de soutien, de tutorat et charges annexes diverses. Limitez au strict nécessaire les rencontres avec les parents etc.

Pour les enseignants en collège, il ne faut pas hésiter à reprendre des cours déjà faits, quitte à n’opérer que de menues modifications, selon les besoins spécifiques de vos classes, au fur et à mesure de l’année scolaire. Des manuels proposent de bonnes séquences. Utilisez-les. Si vous avez conservé dans vos dossiers le barème et le corrigé de devoirs proposés quelques années plus tôt, réemployez-les.

Évidemment, en cette année de réforme, ce n’est quasiment pas envisageable au lycée, sauf, au mieux, à avoir auparavant traité l’une (ou plus !) des douze nouvelles œuvres intégrales au programme de première. Mais il est tout de même possible d’imaginer une mutualisation des cours avec les collègues de vos équipes où vous fournirez au pot commun un maximum de préparations intégrant d’une façon ou d’une autre des éléments utiles à votre propre préparation de concours, tandis que vous ferez fond sur le travail de vos collègues et de manuels pour celles qui en sont le plus éloignées.

c. Peut-on utiliser le programme des agrégations dans ses séquences d’enseignement ?

De fait, il est parfois possible de faire d’une pierre deux coups en proposant aux élèves des séquences bâties à partir des œuvres inscrites au programme du concours. Ce peut être judicieux : d’abord, le temps passé en classe et à la préparation de ce travail scolaire semble d’une utilité directe pour le concours. La multiplication des lectures permet effectivement de se familiariser avec l’œuvre. En outre, l’explication d’extraits importants offre une possibilité d’entraînement à l’oral du concours. Les difficultés même des élèves face aux textes peuvent être révélatrices de questions essentielles. Enfin, les œuvres proposées au programme des agrégations de lettres peuvent, même en cette année de réforme, trouver leur place dans les programmes des lycées. En première générale, où le programme est le plus contraint, on pourra par exemple intégrer :

  • des extraits de L’Ingénu, Candide et Zadig dans l’objet d’étude « Littérature d’Idées du XVIau XVIII» (parcours « Notre monde vient d’en trouver un autre » ou « Le regard éloigné »)
  • des poèmes des Amours jaunes de Corbière dans l’objet d’étude « Poésie du XIXau XX».
  • ou même si l’on choisit, pour le théâtre, Phèdre de Racine et le parcours « Passion et tragédie », quelques analyses directement tirées du travail mené pour s’approprier Hippolyte (même si on ne proposera évidemment pas d’extraits de Garnier aux élèves qui sont supposés travailler sur des textes du XVIIau XXIe).

Des raccourcis malins restent donc possibles. Il ne faut donc pas chercher à toute force à faire passer l’agrégation à ses élèves !
 Même si vous pouvez introduire çà et là des extraits du programme, selon des proportions et des choix concertés qui tiennent largement compte des besoins des élèves de chair et d’os dont vous avez la charge, il est sage de ne pas perdre de vue l’irréductibilité de ces deux activités menées de front que sont l’enseignement dispensé à des élèves du secondaire d’une part, et la préparation d’un concours d’un haut niveau universitaire, d’autre part.

B. Une lecture essentielle : les rapports de jury

1. Qu’est-ce qu’un rapport de jury ?

Chaque année le jury de chaque concours établit un rapport présentant un bilan de la session passée. Il est publié au plus tôt pendant l’été qui suit la fin de la session, au plus tard quelques semaines avant les écrits du concours suivant. Les rapports sont consultables sur Internet, à partir de la page d’accueil du site http://www.devenirenseignant.gouv.fr.

Dans ces rapports, on trouve des données chiffrées, les statistiques les plus récentes (comme on l’a vu ci-dessus), mais surtout, pour chaque épreuve, des précisions fort utiles sur les attentes des correcteurs. Certes, les sujets indiqués, tant pour l’écrit que pour l’oral, et les éventuelles pistes de correction peuvent paraître beaucoup plus évidentes lorsqu’on a travaillé les œuvres sur lesquelles ces exercices portaient. Néanmoins, tout comme l’analyse de bonnes copies, ces remarques, par-delà les exemples particuliers qui les fondent, acquièrent une portée générale pour un lecteur attentif. Même si l’on se présente au concours pour la première fois, il faut compulser ces pages régulièrement, un crayon à la main. Car même si elles semblent a priori tournées vers le passé d’un concours achevé, elles sont en fait, autant et plus, orientées vers l’avenir et prioritairement destinées aux candidats qui vont se présenter ou se représenter.

2. L’esprit du concours

Pour réussir un concours, il est en effet non seulement indispensable de bien connaître son programme, mais aussi – et sans doute surtout – son esprit. On peut connaître sur le bout des doigts une œuvre et tout ce que les plus éminents critiques en ont dit ; mais si on ne sait pas faire une dissertation, une leçon ou une explication de textes on ne sera pas reçu. C’est d’abord cet esprit qu’il faut chercher dans la lecture de ces rapports. On sera sensible au fait que d’une épreuve à l’autre, des éléments communs dessinent, finalement, au travers d’exercices et même de disciplines différentes, le profil d’un professeur, c’est-à-dire :

  • quelqu’un qui a des connaissances solides et étendues
  • mais qui, surtout, sait réfléchir à partir de ces connaissances
  • et qui sait ensuite communiquer simplement, clairement et rigoureusement le fruit de cette réflexion.

3. Comment procéder ?

a. Quels rapports lire ?

Afin de comprendre cet esprit, il est bon de consulter plusieurs rapports. Leurs auteurs successifs rappellent des règles identiques, mais restent parfois allusifs sur certains éléments qu’ils estiment avoir été suffisamment répétés jusque-là. Par ailleurs, chaque rapport met l’accent sur les lacunes les plus importantes des candidats de la session et prend ainsi une coloration un peu différente. Tous se complètent, comme les fragments d’une même mosaïque. Il est bon de consulter

  • des rapports dits « fondateurs » qui peuvent être anciens (par exemple celui de 1989 pour l’épreuve de didactique en interne Lettres Modernes mais aussi, plus récemment, le rapport 2017 pour l’agrégation spéciale de Lettres Modernes qui vient d’être créée)
  • ainsi que les rapports les plus récents (disons ceux des cinq dernières années) qui permettent de compléter ou nuancer la définition d’épreuves qui ont pu évoluer depuis leur création.

Pour la dissertation, je vous ai en quelque sorte facilité le travail par l’élaboration d’un florilège organisé auquel vous pourrez vous reporter pour aller voir ce que les jurys des agrégations de Lettres Modernes externe, interne ou spéciale, de Grammaire ainsi que de Lettres Classiques externe ont dit de la dissertation depuis 2014. Il serait bon que vous procédiez également ainsi – ou de manière analogue – pour les autres épreuves, écrites comme orales – de vos différents concours et ce, sans attendre les résultats d’admissibilité.

b. Trois temps, trois formes de lecture

Comment aborder ces documents importants que sont les rapports ? de trois façons – à trois moments différents de votre préparation.

* Vision panoramique

Lors d’une première approche, en début de préparation, on peut conseiller de procéder à une lecture rapide de la totalité d’un ou plusieurs rapports très récents. Cela permet d’avoir une vision globale de l’esprit général du concours. En effet, un fil directeur bien réel unit toutes les épreuves, au-delà de leur diversité et de leur spécificité.

** Zoom sur une épreuve

Dans un deuxième temps, on lira les pages de plusieurs rapports consacrées à un même exercice et on prendra en notes les éléments récurrents de session en session. Certaines formules peuvent sembler plus parlantes. Ce sont elles, bien évidemment qu’il faut guetter, et retenir.
 Ce que le candidat cherche à ce moment de son travail, c’est avant tout la raison d’être de l’exercice envisagé. Bien sûr, dans ces rapports, il est fait état de la forme attendue : nombre de parties, étapes « obligées » d’une introduction, d’une conclusion…

Pourtant, l’essentiel n’est pas là. Ces « règles » ne sont que le moyen concret d’atteindre un objectif qui est avant tout intellectuel et littéraire. Elles ne doivent pas passer pour la finalité de l’exercice. Rien ne sert par exemple de diviser rigoureusement son travail en trois parties et trois sous-parties bien égales, si ce qui fait office de problématique dans sa dissertation n’est qu’une coquille vide. Aussi faut-il laisser de côté, dans un premier temps, la « recette » pour prendre une vue plus haute du « plat » que l’on prépare.

Le « florilège » mis à disposition dans ce cours se veut – pour l’épreuve de dissertation – un document de ce type. On peut se l’approprier en faisant des coupes ou des réaménagements.

*** La « main à la pâte »

Une fois que les finalités de l’épreuve commencent à s’éclaircir, il faut impérativement s’exercer. Chaque fois que vous ferez une dissertation pendant l’année, chez vous, en temps non limité, il faut vous référer aux rapports eux-mêmes, aux fiches que vous en aurez tirées et/ou au florilège, afin de confronter votre démarche et votre travail aux principes que vous devez assimiler.

Par exemple, au moment d’écrire une introduction, il faut relire le passage concerné dans ces documents de travail. Seule cette mise en pratique des conseils donnés dans les rapports de jury vous permettra de vous approprier véritablement et en profondeur la finalité et les mécanismes des exercices. Le conseil, évidemment, est valable pour toutes les autres épreuves du concours, quelle qu’en soit la nature.

C. Itinéraire d’un agrégatif préparé

1. Lire et relire activement les œuvres

a. Première approche estivale – vision panoramique

Une fois le programme publié, vous l’avez déjà perçu, tout s’enchaîne très vite. Vous avez dû vous atteler à la tâche sans attendre les premiers cours. À ce stade de l’année, vous devriez déjà avoir lu toutes les œuvres pendant l’été. On ne peut en effet espérer maîtriser les textes avec la précision requise pour le concours à moins de trois lectures intégrales et annotées des œuvres du programme d’écrit avant le mois de janvier. Aussi est-il souhaitable de constituer ses premières fiches dès l’été. Il est notamment judicieux de faire apparaître la structure de chaque œuvre, de relever sur un brouillon des thèmes ou motifs récurrents, de noter dans un coin des sujets possibles de leçons ou des citations qui paraissent importantes…

Cette approche s’apparente plutôt à une vue panoramique de l’œuvre. L’image générale qu’on se fait alors de l’ouvrage procure toujours des pistes de travail fructueuses, même si elles seront forcément nuancées, voire partiellement contredites, par les analyses ultérieures. Il convient d’ailleurs de les noter et d’en conserver la trace. On peut par exemple prendre une vue haute des textes et mettre au jour leur structure. Cela permet d’une part de mémoriser le cadre de l’œuvre, mais aussi, plus fondamentalement, de soulever des questions essentielles, notamment sur

  • son unité,
  • ses lignes de force,
  • les rapports qu’elle entretient avec les règles de genre ayant cours à l’époque de sa création.

L’étude des thèmes et des motifs complète ce travail, sans se substituer à une démarche plus globale, qui envisage l’œuvre dans sa totalité. La confrontation de ces deux formes d’appréhension du texte, dans sa globalité et dans ses moindres détails, se révèle toujours intéressante. En d’autres termes, il faut viser à construire une lecture de l’œuvre qui soit, dans le même temps, analytique et synthétique.

Des rapports du jury déjà anciens mais toujours pertinents, ceux de 2003 et de 2005 du concours interne de Lettres Modernes, reprennent la distinction pascalienne entre « esprit de finesse » et « esprit de géométrie » : un candidat à l’agrégation doit faire preuve de l’un comme de l’autre. C’est une autre manière d’indiquer que la lecture et le travail des œuvres doit se faire sur ces deux plans, distincts mais complémentaires, dans la perspective d’une compréhension profonde des textes.

b. Deuxième couche – vers un approfondissement de détail

Connaître intimement – c’est-à-dire de manière précise et personnelle – chacune des œuvres du programme d’écrit est un préalable incontournable. Il faut être capable de rappeler à son souvenir tout élément propre à étayer son argumentation le jour de l’épreuve. Dans un second temps (disons de septembre à décembre), on approfondit les pistes qu’on a repérées à la première lecture, en procédant notamment à des explications de textes de passages qu’on juge cruciaux , voire des études littéraires sur des passages plus long et en préparant des leçons sur tel ou tel aspect de l’œuvre qui a pu paraître important.

Il faut, dans cette phase, se garder de confondre analyse et myopie : chaque fragment étudié précisément doit pouvoir être rattaché à l’ensemble. Le candidat doit s’exercer, tout au long de sa préparation, à maintenir cette tension fructueuse entre vue panoramique et zoom, afin que ces focalisations extrêmes se nourrissent l’une l’autre : seules sont pertinentes les démonstrations qui supportent « l’accommodation optique » d’un niveau à l’autre. Il faut donc procéder à d’incessants allers-retours, entre le tout et la partie.

c. Troisième lecture : assurer la fraicheur des références

La dernière lecture peut s’effectuer durant les dernières semaines de révision. On relira alors intégralement et quasi d’une traite (pour avoir une bonne vision d’ensemble) les œuvres brèves. On pourra se contenter de morceaux choisis (préalablement repéré pour leur intérêt) pour les plus longues. Le but est alors d’avoir très précisément chaque œuvre à l’esprit au moment de l’épreuve.

d. Vivre toute l’année (dans) son programme et le mémoriser

Tous les rapports de jury insistent sur la nécessité pour les candidats d’être en mesure de citer, avec la précision requise, les œuvres du programme. Or l’épreuve se déroule sans document autorisé. Il faut donc, pour chaque œuvre au programme d’écrit, sélectionner par avance des citations, en ayant à cœur d’embrasser ce faisant un maximum de situations et de problématiques soulevées par chaque ouvrage. Cette sélection doit être personnelle (pas seulement, l’incontournable « boucherie héroïque » ou « cultiver son  jardin » de Candide, même si on doit aussi maîtriser ces morceaux de bravoure). Elle doit témoigner d’une judicieuse et d’une impeccable précision. Il faut donc établir des stratégies pour qu’insensiblement le programme devienne votre matière même, comme le poète de Du Bellay qui « feuillette de main nocturne et journelle » les modèles dont il doit s’imprégner non pas pour les plagier ou platement les imiter, mais pour les faire profondément siens, dans une opération quasi corporelle d’innutrition.

* Mémoire visuelle : la technique de la paperole

Si sa famille l’accepte et si on ne craint pas de passer pour un fou auprès d’éventuels amis de passage, on peut dédier un espace de son logement à une œuvre (l’entrée à Garnier, la cuisine à Scarron ou à La Bruyère, la chambre à coucher aux Amours jaunes, la salle de bain à Cendrars…), copier sur fiches bristol les citations avec leurs références précises pour les pièces de Garnier par exemple (pièce, acte, personnage qui parle) au fur et à mesure de sa sélection, les punaiser ou les scotcher au mur puis les lire, relire, répéter le plus souvent possible, jusque dans les circonstances les plus triviales (en passant l’aspirateur, en se brossant les dents, en épluchant des pommes de terre… tout est bon). Le lieu, la couleur du carton, la graphie de la fiche – que l’on pourra individualiser par des couleurs différentes ou une illustration (activité à faire avec ses enfants, qui seront contents d’être un peu associé à la réussite de parents très pris par leur année de concours…) – on associera donc tous ces éléments visuels et spatiaux au texte qui reviendra tout seul en début d’épreuves quand on cherchera à retrouver la citation ad hoc.

** Mémoire auditive : enregistrements et récitations en mouvement

On peut s’enregistrer (ou faire enregistrer par des parents, des amis, des enfants) les phrases que l’on veut retenir (là encore avec l’indication de leur contexte, pour que ce soit utilisable) et les écouter dans les transports en commun, en allant faire ses courses, en allant marcher ou en promenant son chien. Quand elles commencent à être bien mémorisées, on peut aussi, tout simplement, se les réciter à voix basse, sans support particulier, idéalement en mettant son corps en mouvement – car le mouvement facilite la mémorisation (que l’on pense au Fahrenheit 451 de Truffaut) et on fait par ailleurs d’une pierre deux coups en révisant son programme tout en prenant soin d’un corps qui souffre souvent de la préparation à l’agrégation. Attention toutefois à la noyade si vous déclamez du Corbière à la piscine. Tant pis si l’on a l’air un peu bizarre : le jeu en vaut la chandelle !

2. Les autres lectures

a. Des lectures de contextualisation

Le conseil vous avait été donné en juin dernier : la période estivale peut également permettre d’aborder des textes critiques incontournables sur un genre, une époque, un auteur. Il est aussi possible d’attendre les mises au point des premiers cours sur auteur pour entamer ce type de travail. On veillera également, notamment par le biais des cours, à se renseigner sur le contexte historique dont la connaissance peut éclairer d’un jour nouveau l’œuvre étudiée : on ne peut ainsi ignorer, par exemple, que les tragédies de Garnier sont écrites au beau milieu des guerres civiles qui obscurcissent la seconde moitié du XVIsiècle.

La confrontation de sa propre lecture à la réflexion claire, rigoureuse et intelligente d’un spécialiste peut être très riche. Mais pour que ce soit effectivement le cas, il faut veiller à ne pas asservir sa propre pensée à l’autorité du critique. Cette lecture ne sera pas non plus profitable si le candidat n’a pas la souplesse intellectuelle lui permettant, le cas échéant, d’accepter de voir ses certitudes ébranlées. Il convient donc de trouver la juste mesure dans l’utilisation de ces ouvrages, guidé par les principes de l’honnêteté intellectuelle.

Parmi ces lectures de contextualisation, on peut également mentionner les autres œuvres de l’auteur au programme. Il peut être très intéressant, en effet, de replacer le programme dans le parcours global de son auteur : faire ces autres lectures permet de percevoir ce qui relève de lignes de fond perceptibles d’œuvres en œuvres et qui constitue en quelque sorte un sillon que l’auteur ne cesse, sous diverses formes, de creuser, ou – tout au contraire – d’éléments fondamentalement nouveaux ou originaux. La lecture d’autres textes du même auteur permet parfois de mettre en lumière des aspects importants de l’œuvre au programme qui ne nous avaient pas frappés. Elles sont donc fructueuses : à condition toutefois qu’on ne veuille pas les « sur-rentabiliser » en leur consacrant des développements entiers dans une dissertation de concours – ce qui ne manquerait pas d’être sanctionné. Il faut considérer ces lectures pour ce qu’elles sont : des points de comparaisons, des « révélateurs » d’aspects de l’œuvre ou des œuvres inscrite(s) au programme, qui seule(s) doivent constituer le centre de ces réflexion.

De fait, toutes ces lectures de contextualisation, qu’il s’agisse de notes de cours, de critiques ou d’autres œuvres de l’auteur ne doivent pas forcément très nombreuses. Un petit nombre de références pertinentes et bien maîtrisées permet de prolonger, de nuancer ou de compléter sa propre lecture des textes. Dans tous les cas, il faut lire ces documents dans une perspective active et critique. En examinant la validité de certaines propositions, en cherchant dans l’œuvre au programme des exemples illustrant les idées défendues par le professeur ou le critique, on adopte déjà la posture d’un candidat analysant un sujet de dissertation. C’est en outre le meilleur moyen de comprendre et de mémoriser des thèses que l’on pourra précisément citer à l’appui d’une démonstration le jour du concours.

b. L’essentiel, et l’accessoire

L’offre proposée aux agrégatifs pour se préparer est importante : il va également y avoir des journées d’étude [qui seront notamment recensées dans notre agenda], pour certaines filmées, des parutions de circonstance, en livres ou en revue, papier ou en ligne. Bien évidemment, nul ne peut tout lire, tout apprendre. Un principe de bon sens doit à présent être martelé : ce qui prime, pour la réussite aux concours, c’est la connaissance des œuvres et la compréhension des épreuves. Les choix qu’il faut obligatoirement opérer doivent tenir compte du temps que l’on peut consacrer à l’étude, des lacunes ou points forts personnels de chacun et de sa manière de travailler. Ce qui importe avant tout, c’est de faire son miel des éléments dont l’on dispose. La lecture d’un ouvrage critique essentiel ou d’un bon cours sur un auteur suffisent souvent à cerner les principales problématiques de l’œuvre étudiée. A contrario, le risque de la profusion, c’est la confusion. C’est donc sans état d’âme que l’on doit renoncer à tout ce qui peut sembler latéral, secondaire ou de moindre qualité.
 Il est ainsi possible – et souhaitable – d’aménager de manière personnelle son année d’étude. Le parcours que l’on définit, entre travail approfondi des œuvres et encadrement de sa progression par une ou plusieurs formation(s), doit être éminemment personnel et singulier, si on le souhaite efficace.

3. Une approche équilibrée : pas d’impasses mais un itinéraire malin et raisonné dans le programme

a. De la nécessité de travailler toutes les œuvres

Chaque année, des candidats prennent des paris dangereux. En vertu de certitudes supposées ou de probabilités contestables, ils excluent telle ou telle œuvre du champ des sujets possibles à l’écrit, et « font l’impasse ». Pourtant ni la reconduction d’une œuvre d’une session sur l’autre, ni le fait qu’un siècle ou qu’un genre ait déjà été représenté l’année précédente n’ont empêché cette œuvre, ce siècle, ce genre d’être proposés à nouveau.
 On ne peut sérieusement envisager de jouer une année de travail très éprouvante à la roulette russe. Et quand bien même, par chance, l’auteur travaillé pour l’écrit serait effectivement proposé lors des épreuves d’admissibilité, à l’oral tous les auteurs sont représentés dans des proportions équivalentes. Or il est strictement impossible de consacrer les deux ou trois mois suivant les écrits à rattraper les impasses antérieures. Il y a déjà fort à faire : reprendre les œuvres du programme d’admission, laissées de côté après un premier débroussaillage estival, et s’exercer très régulièrement aux épreuves orales.

Aussi faut-il répartir son temps de manière équitable entre les auteurs, même si cela ne passe pas forcément par un décompte strict du nombre d’heures ou de journées consacrées à tel ou tel. Certains travaillent alternativement tous les textes du programme, au fil des jours. D’autres préfèrent réserver une période plus longue à l’étude exclusive d’une œuvre. Dans tous les cas, il faut veiller à ne pas oublier trop longtemps un texte.

b. De la nécessité de s’entraîner d’emblée à toutes les épreuves, dont les épreuves orales

Pratiquer des exercices oraux favorise la réussite aux écrits des concours. Cela peut paraître paradoxal, mais on doit bien comprendre qu’un fil directeur unit toutes les épreuves, quel que soit le programme concerné. C’est ce que j’ai appelé « l’esprit du concours ».

En outre, certains exercices portent sur les mêmes textes. On conçoit, dans cette mesure, que le travail effectué pour se préparer à une épreuve puisse être profitable pour une autre : il faut savoir faire une explication de textes pour concevoir un devoir de didactique (pour les internes) ; les résultats d’une leçon peuvent nourrir une dissertation, par exemple. Ce n’est donc pas du temps perdu que celui consacré, avant les écrits, aux exercices de l’oral.

En outre, si un candidat attendait la proclamation des résultats d’admissibilité pour découvrir les épreuves d’admission, il aurait très peu de temps pour en préparer les exercices et découvrir les œuvres qui, dans certains concours, ne font l’objet que d’épreuves d’admission (par exemple le film en interne) C’est évidemment très dangereux.
 Et, surtout, cela procède d’un mauvais calcul : beaucoup de candidats, estimant peut-être qu’il est plus raisonnable de penser d’abord à assurer une admissibilité, travaillent peu les matières orales. Chaque année, les rapports soulignent ce fait. Pourtant, travailler l’oral, c’est se donner de meilleures chances pour le réussir, mais aussi, paradoxalement, pour réussir les épreuves écrites préalables.

De fait, il est bien évidemment impossible de se lancer dans une dissertation tant que l’on n’a pas étudié sérieusement les œuvres. Faire des explications de texte, bâtir le plan détaillé d’une leçon – exercice par ailleurs proche de la composition française sur bien des points – ou d’une étude littéraire, permettra de se familiariser en profondeur avec les textes au programme et de se constituer un réservoir d’exemples et d’analyses potentiellement exploitables en dissertation.

On fera donc d’une pierre deux coups en s’entraînant à toutes ces épreuves dès le début de la préparation. Pour la dissertation, l’idéal est de rédiger une première composition à la fin de l’été ou dans le courant du mois de septembre – tout en sachant que le travail ultérieur conduira sans doute à transformer ce premier état de la réflexion. Ce n’est pas grave si, à ce stade, le résultat paraît fragile ou décevant.

La dissertation nécessitant un temps de préparation important, on peut varier les manières d’aborder l’exercice. Il est possible de ne pas tenir compte des limites de temps pour un premier devoir. Mais on veillera à ne pas tomber dans l’excès qui consisterait à préparer, au lieu d’une dissertation, un mémoire sur l’œuvre durant des semaines. On peut également travailler sur un sujet avec le texte et des documents à portée de la main, avant de se livrer à une « dissertation blanche », dans les exactes conditions du concours. Lorsqu’on dispose de moins de temps, il est intéressant de se limiter à la phase de conception du devoir : analyse du sujet, problématique et plan détaillé, voire rédaction de l’introduction du devoir.

En tout état de cause, il faut avoir composé pendant l’année sur chacune des œuvres au programme.

4. Dans la dernière ligne droite

Un mois avant les épreuves d’admissibilité, les lectures et exercices complets ne seront plus de mise : il vaudra alors mieux varier les approches, et cibler les notions précises et les phases essentielles de l’exercice lui-même.

a. Faire une liste des grands problèmes soulevés par les textes

Le temps des révisions est propice à l’établissement d’une brève liste des questions posées par chaque œuvre au programme. Il ne s’agit bien évidemment pas de préétablir une problématique pour le devoir du concours, c’est rigoureusement impossible. En revanche, le travail personnel sur les œuvres, les lectures de cours ou de critiques, les notes de conférence mettent en évidence, pour chaque auteur, un petit nombre de questions récurrentes qu’il est bon de récapituler et de synthétiser, après la phase d’analyse approfondie du cœur de la préparation.

Les recenser équivaut, pour un ouvrier, à préparer sa boîte à outils. Si certaines notions ou catégories qui s’imposent dans cette liste paraissent un peu vagues, il faut s’empresser de les éclaircir en consultant des ouvrages de référence et en rédigeant personnellement une brève note qui permettra de s’approprier ces ultimes connaissances.

b. Analyser des sujets et élaborer des problématiques

Il est inutile, dans les semaines précédant l’épreuve, de rédiger des dissertations entières, mais continuer à se préparer à l’analyse de sujet est important.
 Pour s’exercer, on peut collecter les sujets de dissertation proposés dans différents centres de formation (voir ici et sur Célène une première liste qui sera complétée au fur et à mesure) ou reprendre des citations notées pendant l’année et que l’on pense pouvoir fournir un bon sujet. En 20 à 30 minutes, on analyse la citation et on s’entraîne à formuler les grandes lignes d’une problématique. Nul besoin d’aller plus loin dans ce type de travail. En revanche, la confrontation de ses résultats avec ceux d’autres agrégatifs peut se révéler particulièrement enrichissante.

c. Finir d’apprendre ses citations

Enfin, pour étayer sa démonstration de manière précise et rigoureuse, il est nécessaire d’achever l’apprentissage par cœur des citations. Il ne s’agit pas forcément d’en connaître un très grand nombre. Le jury a pu donner d’excellentes notes à des candidats qui ont peu cité mais qui manifestaient tout de même une véritable connaissance de l’œuvre. Là encore, ce qui importe avant tout, c’est de choisir des phrases ou formules pertinentes en se demandant ce qu’elles seraient susceptibles d’illustrer. Pour faciliter leur mémorisation, il est judicieux de les classer par thèmes ou problématiques littéraires.

III. Les écrits : une approche très concrète


A. Le déroulement des épreuves

Pour les enseignants en poste : l’absence de son lieu de travail pour se présenter à un concours est de droit. Il convient de prévenir son chef d’établissement des dates retenues sitôt que l’on a reçu sa convocation. Les candidats peuvent en outre bénéficier d’une autorisation d’absence de deux jours, avant le début de la première épreuve afin de se présenter dans de bonnes conditions. Il doit s’agir de jours ouvrables, c’est-à-dire ni les dimanches, ni les jours fériés ou de vacances. Ils incluent en revanche les samedis et autres jours de la semaine, même si le candidat ne travaille pas ce ou ces jour(s)-là. Il est recommandé d’utiliser cette autorisation d’absence en deux temps, partie pour les épreuves écrites, partie pour les épreuves orales, étant entendu que la durée totale de l’absence ne peut excéder deux jours dans la même année. Cette autorisation est soumise au chef d’établissement et doit faire l’objet d’une demande préalable de l’enseignant. Il est également possible de demander une absence pour convenances personnelles en déplaçant ses heures de cours, avant ou après la période des écrits.

Pour tous : les candidats sont convoqués avant le début effectif de l’épreuve – entre 30 et 45 minutes, selon les centres d’examen. Il est indispensable de prendre ses dispositions – notamment concernant les moyens de transport – pour arriver dans la salle de composition à l’heure prescrite. En effet, un candidat se présentant ne fût-ce qu’une minute après l’ouverture des sujets ne sera pas autorisé à composer. Il est par ailleurs bienvenu de disposer de quelques instants avant le début de l’épreuve pour repérer sa place dans la salle, préparer l’en-tête de ses copies et organiser sans hâte son espace de travail. Ces menues tâches matérielles sont souvent l’occasion de faire le vide, de se calmer et de se concentrer pour aborder avec le plus de sérénité possible le moment de composition.

Des appariteurs rappellent aux candidats les règles du concours avant l’ouverture de l’enveloppe cachetée qui contient les sujets. Ils précisent généralement à cette occasion les dates et le lieu des oraux. Une fois l’épreuve engagée, ils circulent dans les rangées, vérifient l’identité des candidats et leur demandent de signer la feuille d’émargement. Dans certains centres d’examen, ils conservent les convocations pour la durée de l’épreuve.
 Les présents sont tenus de rester dans la salle de composition au moins 2h 30. Ce n’est qu’après ce temps réglementaire qu’ils sont autorisés à remettre leur copie et à quitter le lieu du concours.

Lorsqu’ils ont terminé leur travail, les candidats remettent leur devoir aux appariteurs. Un nouvel émargement peut être demandé. La convocation est restituée à ce moment, si elle a été préalablement relevée. Il est possible de demander à ce qu’y figure une attestation de présence à l’épreuve, notamment en vue de justifier son absence auprès de son chef d’établissement lorsqu’on est en poste. Il faut veiller à ce que les en-têtes des copies que l’on rend soient dûment complétées et à ce que les feuillets soient numérotés. On se servira de la première copie comme d’un dossier dans lequel on insèrera les suivantes, dans le bon ordre, de manière à faciliter le plus possible la lecture des correcteurs.

Les candidats qui continueraient à composer après la fin officielle de l’épreuve sont susceptibles d’être exclus du concours. Il est inutile de prendre ce risque et il faut donc surveiller régulièrement l’heure pendant l’épreuve pour éviter d’être pris de cours.

B. Le matériel

En dehors des épreuves de version, pour lesquelles les candidats peuvent se munir d’un ou de plusieurs dictionnaires, aucun document n’est autorisé pendant les épreuves écrites. Ceux qui souhaitent profiter des ultimes minutes précédant l’épreuve pour réviser auront l’obligation de confier leurs notes, cahiers et autres ouvrages aux bons soins des appariteurs avant l’ouverture des sujets. Les téléphones portables doivent être éteints. Il faut donc prévoir un autre moyen de consulter l’heure, en se munissant plus classiquement d’un réveil ou d’une montre dont on veillera à ce qu’elle ne puisse en aucun cas être confondue avec une montre connectée (également interdite).

Le brouillon et les feuilles de composition sont fournis par l’administration. Il est conseillé de remplir l’en-tête des copies à rendre avant le début de l’épreuve. On ne doit pas hésiter, dès l’entrée dans la salle de concours, à demander plus de papier, si on a l’habitude de beaucoup écrire. Des appariteurs circulent dans la salle tout au long de l’épreuve et fournissent rapidement brouillons et copies. Il est souhaitable de n’utiliser que le recto des feuilles d’essai dont l’on dispose : on évitera ainsi d’oublier un développement essentiel indiqué au dos d’un brouillon. Il est également bienvenu de classer rigoureusement ses notes, par exemple à l’aide de numéros. La recherche en sera facilitée au moment de passer au propre. Chaque feuillet de la copie définitive doit être numéroté et, en fin d’épreuve, il ne faut pas oublier dans les espaces réservés à cet effet, combien de pages comporte la copie achevée.

Les candidats peuvent apporter autant de stylos qu’ils le souhaitent. Il peut être judicieux de se munir de crayons de couleur ou de surligneurs pour travailler sur le sujet, en particulier si la citation proposée à l’examen est longue. Il est en effet possible d’écrire sur les sujets distribués, qui restent en la possession des candidats. Pour la copie définitive, il est souhaitable d’utiliser une encre bleue foncée mais effaçable et de se munir d’effaceurs, de réécriveurs et de blanc correcteur – à n’employer qu’avec modération. Il faut en effet, autant que possible, veiller à rendre une copie propre et lisible (les rapports y insistent et chaque enseignants qui a fait l’expérience du déchiffrage paléographique de copies peu soignées le comprendra aisément). Le choix du stylo est donc particulièrement important, et il convient de vérifier avant chaque épreuve qu’on ne risque pas de manquer d’encre. Il est en outre souhaitable de disposer d’un second stylo plume, fort utile en cas de dysfonctionnement du premier. La copie qui sera rendue ne doit comporter aucun signe distinctif.

Enfin, l’identité des candidats est bien sûr vérifiée avant le début de chaque épreuve. Aussi faut-il s’assurer que l’on s’est bien muni d’une pièce d’identité en cours de validité et de sa convocation au concours, reçue quelques semaines avant le début des épreuves. Sans ces documents, on ne sera en effet pas admis à composer. La convocation indique les lieux et horaires des épreuves écrites. Au dos se trouve la liste des documents autorisés en fonction de la discipline (liste des dictionnaires autorisés en latin et grec par exemple).

C. Reconstituer ses forces

Les épreuves écrites sont longues et épuisantes. On ne peut envisager de passer les sept heures consacrées à la dissertation sans se restaurer. Il faut donc penser à emporter des boissons. Des barres chocolatées, des fruits secs ou tout autre sandwich sont les bienvenus. Mieux vaut prévoir un excès de victuailles que de risquer un malaise pendant l’épreuve. On doit néanmoins veiller à ne pas opter pour des nourritures trop grasses ou salissantes, qui risqueraient de laisser des traces peu attrayantes sur la copie définitive.

Il est également souhaitable de prévoir, selon sa complexion, une petite trousse de survie : par exemple, quelques comprimés de paracétamol si l’on est sujet aux maux de tête, ou des bouchons d’oreilles pour se prémunir d’un éventuel bruit environnant. Il ne faut pas hésiter à se mettre à l’aise : on opte, à l’écrit, pour des vêtements confortables, un pull que l’on peut enfiler ou ôter sans difficulté en fonction des variations de température de la salle de concours et, pourquoi pas, une paire de chaussettes d’appoint pour ne pas risquer de se voir déconcentré par le froid qui peut gagner des candidats immobiles pendant de longues heures.

Il est permis, bien entendu, de sortir de la salle d’examen pour se rendre aux toilettes ou pour marcher quelques minutes, mais l’on est nécessairement accompagné d’un appariteur. Selon les centres d’examen, il est plus ou moins aisé de faire ce type de pause.


SECTION 2 / L’épreuve de composition française sur programme, dite « dissertation »

I. Conditions des épreuves de composition française ou dissertation


Éléments communs aux cinq concours

La dissertation dure 7 heures. Aucun document n’est autorisé. Les textes doivent donc être cités de mémoire. Le sujet est de longueur variable mais il s’agit toujours d’une citation que le candidat est invité à confronter à sa lecture d’un seul des auteurs du programme d’écrit. Dans le cas de Voltaire et de Garnier, qui ont plusieurs œuvres mises au programme, le sujet porte nécessairement sur le programme entier (et non pas l’une des deux ou trois œuvres). L’auteur de la citation fournissant le sujet peut être un critique, un autre écrivain voire l’auteur étudié lui-même.

Graph5On notera que l’épreuve s’intitule « dissertation » en Classiques et « composition française » dans les autres agrégations. Il s’agit pourtant bien d’épreuves répondant aux mêmes règles et exigences.

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Sans surprise au vu de son profil plus linguistique, l’agrégation de grammaire est celle où le poids relatif de l’épreuve de composition est le moindre : elle compte pour le quart des épreuves d’admissibilité, quand – dans les autres concours – la ou les compositions françaises représentent plus de la moitié du coefficient des épreuves écrites.

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En Lettres Modernes externe comme spéciale, il y a donc deux « compositions françaises », l’une sur le programme de Littérature française (que nous traiterons ici car c’est l’épreuve commune à toutes les agrégations concernées) et une de Littérature comparée. Si la base des deux exercices est commune et qu’on pourra donc faire fond sur ce cours pour s’initier à la seconde composition, il convient toutefois de prendre en considération les spécificités de traitement induites par la perspective comparatiste d’une part et par l’étude d’œuvres écrites dans d’autres langues que le français, d’autre part.

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L’épreuve porte sur les cinq œuvres du programme de littérature française seulement. Le film est exclu des épreuves d’admissibilité.
 Le coefficient de cette épreuve est le plus élevé du concours : 12, sur un total de 20 pour les écrits, et de 40 pour l’ensemble des épreuves. C’est dire l’attention que l’on doit accorder à cet exercice.

L’épreuve de composition (autrement appelée « didactique »), ne sera pas traitée ici. Elle répond à des règles spécifiques qu’on trouvera énoncées dans le rapport fondateur de 1989 et les plus récents rapports de jury, auxquels il conviendra de se reporter.

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Séance du 25 septembre 2019

L’exemplier support de cette séance et du début de la suivante a été envoyé par mail à ceux qui m’ont communiqué leurs adresses mail. Pour les autres, vous en trouverez une copie ci-dessous.

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II. Qu’est-ce qu’une dissertation ?

A. Disserter, composer, penser

Une évidence doit être rappelée avant même que l’on s’intéresse aux spécificités de l’exercice. Comme dans toutes les autres épreuves du concours, le jury attend des candidats qu’ils exercent leur faculté de jugement et proposent une véritable réflexion personnelle. Si l’on perd de vue ce principe, on aura beau essayer d’imiter la forme de dissertations réussies, on ne parviendra pas à élaborer soi-même un bon devoir.

Il faut donc prendre le risque de penser par soi-même. Pour le faire de manière efficace et pertinente, il est nécessaire de « composer » sa réflexion, comme y invite d’ailleurs l’intitulé officiel de l’épreuve. La consultation du TLF nous apprend que composer consiste à « former un tout par assemblage ou combinaison de divers éléments ». Un exemple, illustrant la signification du verbe dans le domaine des arts, est particulièrement éclairant. A. Michel écrit, au sujet du peintre Millet :

« [Il] compose fortement ses tableaux, c’est-à-dire qu’il en coordonne toutes les parties sous la discipline d’une idée maîtresse ».

C’est précisément à cela que doit s’employer un agrégatif : sa dissertation ne doit pas être un catalogue juxtaposant divers développements, même pertinents en eux-mêmes. Tout au contraire, chaque argument avancé, chaque exemple, chaque phrase du devoir, est « coordonné(e) » aux autres, c’est-à-dire est organisé(e) et disposé(e) par rapport à ce qui précède et ce qui suit, dans une perspective de démonstration. Les parties doivent être conçues comme des développements naturels et logiques d’une « idée maîtresse », qui est leur principe d’organisation et que l’on nomme communément « problématique ».

Celle-ci est donc le cœur de la dissertation. Ce n’est en aucune façon un élément dont on peut se dispenser. Sans problématique, on ne peut penser. Or disserter, c’est penser. Et, plus précisément, c’est prendre un appui solide sur ce que dit un texte (la citation) d’un autre texte (l’œuvre) pour penser un problème fondamental posé par ce dernier. Il ne s’agit pas de tout dire de l’œuvre – c’est de toute manière rigoureusement impossible en sept heures – mais de tirer un fil, modeste et cependant solide, qui en éclaire un aspect.

B. Analyser le sujet

Ce fil est imposé par le sujet. Il faut, avant toute autre chose, veiller à bien comprendre ce que dit la citation. C’est pourquoi la première étape de la dissertation, essentielle, est l’analyse du sujet. Il faut donc décomposer, avant de recomposer.
 Là encore, cette étape nécessite de considérer la citation comme un tout organisé. Analyser, ce n’est pas juxtaposer des idées sans lien, faire du mot à mot ou une vague paraphrase de la citation. C’est concevoir le propos comme une pensée dynamique, porteuse de tensions internes. Il faut comprendre quels rapports en lient les éléments, et non établir une simple liste des idées véhiculées. C’est dans ces rapports, dans cette étincelle électrique produite par la rencontre des fils conducteurs de la pensée, que le candidat peut trouver la matière à sa propre réflexion.
 Comprendre le sujet, ce n’est donc pas – ou pas seulement – « savoir de quoi ça parle » mais, plus fondamentalement saisir « ce que ça dit ». En d’autres termes, on ne peut pas se tenir quitte de cette première tâche, patiente et attentive, parce que l’on a établi une liste thématique des problèmes soulevés par le sujet. Une véritable analyse du sujet aboutit à une formulation des problèmes « en mouvement ». 
C’est précisément pour cela que nul ne peut faire ce travail « sur mesure » avant de connaître le sujet. Les pensées « en kit », les tartines apprises par cœur avant l’épreuve, voire les problématiques de compositions antérieures, même sur des thèmes ou des questions proches, ne peuvent remplacer ce travail. Bien sûr, les thèmes se recoupent souvent. Mais les rapports, auxquels doit prioritairement s’intéresser le candidat, sont à chaque fois inédits, et doivent d’emblée être explicités par les candidats au brouillon.

[Exemplier : Observation de l’analyse du sujet de la copie A]

C. Élaborer une problématique

Après cette première phase, il convient de confronter le propos de la citation à l’œuvre envisagée. Cette rencontre des deux textes va en quelque sorte « compliquer » le mouvement et déplacer les zones de tension ou d’équilibre pour aboutir à la problématique proprement dite.

On doit procéder à des « allers-retours » entre le sujet et l’œuvre pour vérifier la validité de chaque proposition, en déceler les failles. Un sujet, quelle que soit sa longueur, est une partie seulement d’un raisonnement plus développé par son auteur dans l’ouvrage dont la citation est extraite. Il arrive en outre que, dans cette analyse même, le critique ou l’écrivain n’ait pas eu exactement en vue le même objet que le candidat : celui-ci doit examiner la portée du propos à l’aune d’une œuvre inscrite à son programme ; or la citation peut traiter, plus largement, du genre dont relève ce texte ou encore des œuvres complètes de son auteur. (cf. Lejeune)

En tout état de cause, aucun sujet ne va complètement de soi, et d’aucun l’on ne peut affirmer qu’il n’y a rien à dire de plus, ou de différent. La rencontre du sujet spécifique et de la lecture que l’on a faite de l’œuvre doit donc aboutir, pour reprendre les termes de Patrick Laudet, rapporteur de l’épreuve en 2003, à la découverte « du petit caillou dans la chaussure de la citation qui empêche de marcher sans y penser ».

La problématique est finalement une proposition de rééquilibrage de l’énoncé de la citation, à la lumière de l’œuvre. C’est aussi, dans le même temps la proposition d’un parcours dans l’œuvre, susceptible d’éclairer et de préciser les enjeux pointés par la citation. Elle doit tenir ensemble les deux textes, citation et œuvre.

[Exemplier : Observation de la problématique de la copie A]

D. Déterminer les étapes du parcours : le plan

La dissertation se présente donc comme une sorte d’éventail, alternant des phases de composition et de décomposition :

  • deux textes composés sont proposés à la sagacité et à la puissance d’analyse du candidat ;
  • une fois qu’il les a décomposés, il les recompose pour formuler sa problématique ;
  • dès lors, il peut décomposer le mouvement de sa propre réflexion pour établir les étapes du parcours qu’il va suivre dans son travail : c’est le moment du plan.

La problématique, en effet, ne donne pas directement le plan de la dissertation. Elle indique l’angle sous lequel on va aborder l’œuvre, présente la perspective générale du devoir, la question à laquelle on va tâcher de répondre, tandis que le plan détermine les étapes de la démonstration. Ce sont donc bien deux phases distinctes, quoique nécessairement liées.

Pas plus qu’il n’y a de problématique pré-établie, il ne peut y avoir de plan–type, fonctionnant pour tous les sujets. Une fois encore, dans une dissertation il s’agit de penser. Il est rigoureusement impossible de le faire dans le cadre vide d’un « I. Oui / II. Non / III. Peut- être » qui ne satisfait pas au principe d’organisation du devoir.

Cette erreur est pourtant fréquente. Elle vient sans doute de ce que certains agrégatifs s’empressent de retenir quelques règles pratiques (par exemple que le plan doit comporter trois parties) et oublient la raison d’être de la dissertation, qui est de construire une démonstration rigoureuse et vivante. Il faut se garder des recettes toutes faites qui perdent de vue l’esprit général du concours : le jury ne cherche pas des techniciens habiles à manier une rhétorique creuse, mais des professeurs capables d’examiner des textes en utilisant « le bon bout de leur raison ». C’est à cette condition, seulement, que la rhétorique de l’exercice, réinvestie par la pensée, peut être utile. Toutefois, il serait vraisemblablement peu prudent, au vu des plus récents rapports de jury, de ne pas bâtir un plan en trois parties : celui-ci peut comporter des imperfections internes (de légers déséquilibres, deux sous-parties étoffées plutôt que trois plus réduites si la pensée présentée l’exige) mais disposer sa réflexion en deux temps paraît tout de même un risque inconsidéré dans cette situation de concours. Mieux vaut ne pas le courir. Il convient tout de même de garder à l’esprit que mieux vaut une légère imperfection formelle dans une copie à la pensée ferme et cohérente qu’une absolue perfection formelle acquise au prix du sacrifice de cette pensée (par exemple par le rajout artificiel et inutile sur le plan de l’argumentation d’une sous-partie)

[Exemplier : Observation du plan de la copie A]

→ Un premier bilan

À l’issue de ce premier moment de notre réflexion, il est possible de tirer quelques leçons sur la manière d’aborder la dissertation.
 Elle doit tout d’abord être conçue comme l’exposé d’une pensée en marche. Il est inutile, voire nuisible d’assimiler la rhétorique de l’exercice avant de le comprendre. Méconnaître ce principe, c’est prendre le risque de proposer des plans sans problématique qui ne seraient alors rien d’autre que des cache-misère.

Penser n’est pas ressasser : on doit sortir de l’épreuve en ayant le sentiment d’avoir encore enrichi sa réflexion sur l’œuvre, pourtant patiemment étudiée pendant de longs mois. Il ne s’agit bien évidemment pas de réformer l’état de la critique sur l’auteur ou de jeter aux orties tout ce que l’on avait appris pendant l’année, au profit de trouvailles supposées lumineuses. Mais un devoir réussi, plus modestement, fait entrevoir des combinaisons, des liens, des associations, jamais envisagés jusqu’alors.

Ainsi, la dissertation ne se définit pas d’abord par sa forme. L’essentiel se trouve bien plutôt dans les étapes liminaires de son élaboration qui nous ont occupés jusqu’ici, c’est-à-dire dans tout ce qui précède la rédaction proprement dite. Celle-ci est également prise en compte dans la notation du travail – c’est bien le moins pour un concours de recrutement de professeurs de lettres – mais sans analyse de sujet, sans problématique, sans plan, il n’y a pas de dissertation. Il ne faut donc pas craindre de consacrer plus de la moitié du temps de l’épreuve à cette recherche, puis à sa formulation, dans le cadre de l’introduction.

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→ Les critères d’évaluation de la dissertation

En règle générale, cinq critères d’évaluation sont posés :

  1. Valeur de l’introduction : analyse du sujet et définition de la problématique
  2. Qualité, cohérence, équilibre, progressivité et respect du plan, qualité des transitions
  3. Connaissances de l’œuvre et du contexte vérifiées par la qualité des exemples
  4. Intérêt des idées et des analyses, valeur de la conclusion
  5. Qualité du style, ou, au moins, correction de l’expression

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Séance du 9 octobre 2019

III. Introduire et conclure

A. L’introduction

[support : introduction des copies B et C, dans l’exemplier]

¬ Analyse du sujet et contextualisation

Pour introduire le sujet et poser les fondations de son analyse, les deux copies proposent d’abord une contextualisation de la citation, et particulièrement d’une de ses notions clé, le sublime. Une telle démarche permet de souligner l’écart existant entre les deux auteurs à confronter, Stendhal et Racine. Aucun raisonnement efficace sur le sujet ne peut être mené si on occulte la dimension essentielle de l’histoire littéraire.

Si les connaissances acquises durant l’année ne sont pas suffisantes pour produire un bon travail – puisqu’elles ne dispensent pas de penser le sujet spécifique proposé le jour de l’épreuve – elles restent nécessaires. Pour nourrir sa réflexion, un candidat doit pouvoir s’appuyer sur ce qu’il a appris de l’œuvre au programme, mais aussi, plus largement, sur les autres ouvrages de son auteur, sur l’histoire culturelle, littéraire, esthétique, voire politique du temps de la création, sur la réception du texte par ses contemporains…

Au moment de la lecture du sujet, il faut également essayer de déterminer précisément le contexte de la citation proposée. On peut s’interroger sur l’ouvrage dans lequel il prend place, et dont la référence est donnée (ici Racine et Shakespeare) : est-il consacré à l’auteur au programme, à l’œuvre même, ou bien le champ d’analyse est-il plus large? Le questionnement peut aussi porter sur l’auteur de la citation : à quel courant – critique ou littéraire – appartient-il ? dans quel cadre, à quel moment s’exprime-t-il ? Pour éclairer les présupposés mais aussi les sous-entendus du sujet, savoir « d’où parle » son auteur est très instructif. Ces points d’appui ne sauraient bien évidemment pas se substituer à l’analyse fine du propos spécifique de la citation, mais ils facilitent parfois la tâche, et empêchent de se fourvoyer dans des hypothèses sans issue.

Ainsi, pour le sujet 2004, connaître les grandes lignes de la position de Stendhal à l’égard des Classiques et le(s) sens littéraire(s) du terme de «sublime» permettait de poser immédiatement le cadre de la réflexion, et des garde-fous.
Situer précisément une citation, sans document, au début d’une épreuve, peut sembler relever d’un exploit d’érudition inaccessible. Qu’on se détrompe. Les sujets proposés par le jury manifestent la volonté de recruter des professeurs de lettres généralistes plus que des spécialistes. Il est donc fréquent que, pendant son travail préparatoire, un candidat sérieux ait eu connaissance des thèses développées par l’auteur retenu pour le sujet de composition française. Le travail effectué pour la première épreuve d’admissibilité fournit également des points de repère de culture littéraire générale qui peuvent se révéler très utiles.
Ainsi, l’ouvrage de Stendhal dont est tirée la citation du sujet de 2004 trouve à bon droit sa place dans les références d’un professeur de lettres. D’autre part, la question du sublime a été remise en lumière par la traduction du Traité du sublime du pseudo-Longin, sensiblement à l’époque où Racine écrit ses deux dernières pièces. Une préparation minutieuse et bien orientée peut donc permettre aux candidats de disposer des notions indispensables à une bonne contextualisation du propos.

Le principal, en la matière, n’est pas tant la quantité des données à maîtriser, que le choix pertinent d’éléments permettant de développer une lecture juste, et fine. Là encore, le candidat doit exercer son jugement pour déterminer pendant sa préparation quels sont les éléments les plus importants. Les questions de genre, notamment, fournissent souvent des pistes d’analyse particulièrement fructueuses.

¬ Des problématiques différentes : plusieurs lectures sont possibles, et valides

La copie B considère la question générique posée par la citation sous l’angle de l’horizon d’attente et de la réception de l’œuvre littéraire. Elle s’intéresse aux effets produits sur le lecteur et recherchés par l’auteur. Cela la conduit à examiner la question de « l’interaction de l’esthétique et de l’idéologique dans la production comme dans la réception ».

La copie C, en revanche, engage la réflexion en s’appuyant sur la manière dont Stendhal utilise une notion avant tout rhétorique pour proposer une refondation générique. Ce sont les rapports entretenus par ces deux niveaux d’analyse de l’œuvre littéraire qui fondent sa démonstration.

Dans les deux cas, les projets défendus « tiennent ensemble » la question du genre et la notion de sublime, imposée par le sujet. Mais l’examen de leur rapport les conduit à proposer un éclairage sensiblement différent sur la question. Le jury, on l’a vu dans la notation, n’a pas sanctionné ces différences d’approche. Comme toujours en littérature, il n’y a pas une seule lecture possible.

À quoi tient donc une bonne problématique ? Elle doit montrer que le candidat met en tension les notions révélées par son analyse du sujet et qu’il confronte cette pensée dynamique à une lecture pertinente de l’œuvre. Puisque la réflexion est personnelle, les idées et le trajet

peuvent être originaux – dès lors, bien sûr, qu’ils s’inscrivent dans le respect des deux textes qui les suscitent. Le candidat est en quelque sorte en « liberté conditionnelle » : il doit exercer son jugement dans le cadre strict qui lui est imparti par la prise en compte du sujet et de l’œuvre.

¬ L’annonce du plan

C’est sur l’annonce du plan que s’achève l’introduction. Il s’agit de donner les grandes lignes du développement en reprenant, de manière rédigée, les titres que l’on a donnés au brouillon à ses grandes parties. En aucun cas il ne faut commencer à développer ses idées – ce sera le rôle du corps du devoir. Il est en revanche indispensable de souligner les enchaînements d’une partie à l’autre, de manière à rendre clair le parcours que va suivre la dissertation.

¬ Rédiger son introduction

On l’a vu à l’examen des deux exemples, l’introduction doit comporter quatre parties, que l’on peut faire apparaître par un changement de paragraphe : il s’agit d’abord d’une brève ouverture qui permet d’amener le sujet (1), de l’analyse de la citation (2), de la formulation de la problématique (3) et enfin de l’annonce du plan (4).
Le type de sujet proposé peut conduire à quelques aménagements, concernant notamment la manière d’introduire la citation. Lors de la session 2004, le propos de Stendhal était extrêmement bref. Il était donc possible de le recopier. C’est le parti qu’ont pris les deux candidates dont nous avons étudié les copies.
En revanche en 2005 la citation tirée de l’ouvrage de Philippe Lejeune était beaucoup plus longue (cf. le sujet p.69). Il aurait été maladroit de la reprendre in extenso. Dans ce cas de figure, mieux vaut introduire le sujet tout en l’analysant. On peut ne reprendre que certaines formules essentielles, dans une perspective de mise en tension des problèmes soulevés. Nous en donnons un exemple dans l’encadré ci-dessous.

B. La conclusion

Conclure n’est pas chose aisée. La fin que l’on propose ne saurait en effet être définitive. Il convient néanmoins de montrer que le raisonnement que l’on a développé dans les pages de sa dissertation forme une unité.
Il est donc indispensable de mettre en relation les résultats de sa démonstration avec le sujet traité et de répondre à la problématique initiale. Ce moment de synthèse peut être plus rapide que celui, d’analyse, présenté dans l’introduction, comme le montrent les conclusions des copies B et C [cf. exemplier].

D’un point de vue pratique, il est conseillé de rédiger la conclusion à la fin de la période consacrée à la conception du projet, immédiatement après l’introduction. En procédant ainsi, on est certain de ne pas perdre de vue les enjeux de son travail. On ne part pas à l’aventure, mais en ayant à l’esprit un cheminement construit unifié. Il ne restera plus, dans la rédaction du devoir, qu’à réunir de la manière la plus logique et la plus progressive possible les tenants et les aboutissants de la réflexion que l’on propose. 
En outre, eu égard au poids de la conclusion dans le barème de notation, il est périlleux de réserver sa rédaction aux dernières minutes de l’épreuve : on peut être pris par le temps et l’on est assurément fatigué. La pensée et le style risquent d’être moins précis et efficaces.

IV. La rédaction du devoir

A. Respecter le plan

Le respect du plan annoncé est noté. Il faut donc l’avoir élaboré de manière très détaillée au brouillon – en n’utilisant que les versos de ses feuilles et en les numérotant pour n’avoir pas la mauvaise surprise d’avoir oublié une étape lorsqu’on relit son travail. Cette armature du devoir, qui a permis de rédiger introduction et conclusion, ne saurait être totalement rédigée : on n’en a pas le temps. En revanche, les grandes parties doivent être divisées en deux ou trois sous-parties, elles-mêmes détaillées. Les exemples qui illustrent et justifient toute affirmation sont prévus dès cette étape. Lorsqu’il s’agit de citations précises de l’œuvre, mieux vaut les écrire intégralement au brouillon. Il est en effet nécessaire, surtout en poésie, de citer sans erreur. L’esprit étant plus clair au début de l’épreuve, il est sage de les noter à ce moment-là afin de se préserver d’angoissants trous de mémoire ultérieurs. Enfin, pour assurer plus fermement encore la structure du devoir, on écrit au brouillon les bilans provisoires ou phrases marquant les enchaînements de la pensée.

Le reste de la rédaction doit se faire directement. Le candidat a sous les yeux la copie qu’il rendra, le plan qu’il suit de paragraphe en paragraphe, et le sujet, qu’il doit garder à l’esprit, comme un fil d’Ariane, dans le moindre de ses raisonnements. Il faut veiller à rattacher, sans lourdeur, chaque étape de sa démonstration à ce sujet. Si l’on a un doute sur la pertinence d’un développement secondaire, mieux vaut le supprimer.

Il est bien sûr souhaitable de ne pas opérer de brusques revirements pendant la rédaction du devoir. Mais il arrive qu’en développant une idée, on se rende compte qu’elle n’est pas pertinente. Comme l’on n’écrit pas mécaniquement et que l’on ne cesse pas de penser au motif que l’on rédige, il est toujours temps de faire les modifications qui s’imposent. Mais il convient de procéder à d’éventuels changements dans l’introduction si ce qu’elle annonçait ne correspond plus à ce que l’on est en train de faire. Il faut, plus que tout, éviter de donner à son lecteur un sentiment d’incohérence. Écrire à l’encre effaçable peut alors être utile.

B. Veiller à l’orthographe et au style : importance de la relecture

L’angoisse du concours et la fatigue aidant, on commet parfois des fautes d’orthographe et de style impardonnables pour un professeur de lettres. Il faut en prendre acte et essayer de les éliminer. Les développements reproduits en annexe montrent que les meilleures copies ne sont pas exemptes de barbarismes ou de constructions fautives. Le jury peut se montrer indulgent, mais à la condition que ces erreurs soient ponctuelles.

Il faut donc se relire. Au cours de la rédaction même, il convient d’alterner les moments d’écriture et de relecture – à la fin d’une partie ou d’une sous-partie formant une unité. Ainsi, on corrige les fautes au fur et à mesure et l’on veille à ne pas perdre son fil directeur. Et dans le cas, toujours possible, où l’épreuve s’achèverait avant que l’on ait eu le temps de relire tout son travail, les plus grosses étourderies auront été supprimées.

Il est conseillé d’essayer de finir son devoir au bout de 6 h 30 de composition. Après une brève pause, permettant de s’éclaircir les idées et le regard, on procède à la relecture intégrale de son texte, si possible deux fois, l’une pour traquer les constructions lourdes ou fautives, les lapsus et les oublis, l’autre pour se concentrer sur l’orthographe proprement dite et, particulièrement, sur les accords et les accents. Le candidat veillera à ce que son texte soit correctement ponctué.

C. Tenir son temps et sa longueur

Le temps limité est une contrainte supplémentaire de l’épreuve : 7 heures peuvent paraître longues, mais si elles sont employées à concevoir une dissertation d’agrégation, elles passent très vite. On a proposé précédemment une organisation du temps, pour la conception du devoir ; il faut aussi s’imposer de respecter un horaire pour la rédaction. Bien sûr, il ne s’agit ici que d’indications, que chacun peut aménager en fonction de sa manière de travailler.

Proposition pour une répartition du temps de composition [2/2] :


¤ 45 à 50 minutes pour chaque partie =  2 h 15 / 2 h 30
¤ 30 minutes de relecture

Temps de la rédaction : 2 h 45 / 3 heures

Pour ne pas prendre le risque de déborder, mieux vaut ne pas trop écrire. Si les copies étiques sont sanctionnées, les dissertations–fleuves ne plaisent guère. Pour mémoire, les copies B et C comportaient respectivement 15 et 16 pages [voir le développement de cette dernière dans l’exemplier]

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SECTION 3 / Mise en pratique

I. Un exemple de traitement de sujet sur le programme de littérature française du XVIe siècle.

Rappel du sujet proposé par Jean Vignes à l’Université Paris-Diderot et sur lequel nous nous exercerons : 

Charles Mazouer, présentant les tragédies de Garnier dans Le Théâtre français de la Renaissance (Paris, Champion, 2002), écrit : « Au fond, dans chaque tragédie, tout est su et donné d’avance. Des personnages, qui parlent plus qu’ils n’agissent, sont entraînés d’emblée dans un piège tragique qui rend vain tout déploiement de l’action humaine. Le discours dramatique, plus soucieux de rhétorique ou de poésie que de dynamisme, alourdit de surcroit la tragédie, dont demeure le statisme » (p. 279). 

Dans quelle mesure votre lecture des tragédies au programme confirme-t-elle ce jugement ? 

⇒ Vous trouverez dans le dossier Célène un fichier proposant l’analyse de ce sujet et un autre fournissant problématique et plan possibles.

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Séance du 23 octobre 2019

II. Un exemple de traitement de sujet sur le programme de littérature française du XVIIIe siècle.

Rappel du sujet proposé par Stéphanie Genand à l’Université de Dijon et sur lequel nous nous exercerons :

« Le héros du conte voltairien, lui, n’adhère jamais à son milieu ; il s’y regarde exister, comme un allogène, sans jamais être en prise directe avec le monde qu’il traverse. Il n’assimile ce monde que dans la mesure où continuellement il s’en déprend ». (Jacques Van den Heuvel, Voltaire dans ses contes. De Micromégas à l’Ingénu, [1967], réed. Genève, Slatkine, 1998, p. 30-31). Dans quelle mesure ces propos éclairent-ils votre lecture des trois contes au programme ?

⇒ Vous trouverez dans le dossier Célène le corrigé proposé par Stéphanie Genand.

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