La dissertation aux agrégations de Lettres. Florilège des rapports 2014-2019

Ce document a été élaboré dans le cadre de la préparation aux agrégations de Lettres des Université de Tours, Poitiers et Orléans.

On trouvera ici, organisés par thèmes, des conseils méthodologiques concernant l’épreuve de composition française ou de dissertation tirés des rapports de jury des agrégations de Grammaire, de Lettres Modernes et de Lettres Classiques, externes, internes ou spéciales entre 2014 et 2019.

Au risque de donner parfois une impression de répétition, nous avons pris le parti de maintenir certains conseils concordants,

  • non seulement pour montrer que d’un concours à l’autre, d’une année à l’autre, ces mêmes préceptes reviennent avec insistance, ce qui signifie leur importance aux yeux des différents jurys,
  • mais aussi parce qu’il arrive qu’une formulation « parle » davantage qu’une autre et qu’une même idée, déjà lue et répétée mille fois, mais présentée un peu différemment devienne tout à coup limpide et évidente alors qu’elle résistait jusque-là.

Chacun, espérons-le, pourra trouver dans ce florilège matière à mieux s’approprier non seulement les règles mais surtout l’esprit de cet exercice.

Le sommaire ci-dessous vise à faciliter la circulation dans ce document de travail qui ne se présente pas seulement comme une collection de citations mais présente celles-ci de façon organisée, selon un plan. En cliquant sur le titre qui vous intéresse, vous serez directement conduit à la partie concernée. À la fin de chaque section, un lien permet de revenir facilement au plan de la page. Les références entre crochets placées avant chaque citation indiquent de façon abrégée de quel rapport elle est tirée :

  • Gram pour Grammaire
  • LC pour Lettres Classiques externe
  • LMext pour Lettres Modernes externe
  • LMint pour Lettres Modernes interne
  • LMspe Lettres Modernes spéciale

Ces abréviations renvoyant au concours sont suivies de l’année du rapport. On pourra consulter ces documents dans leur intégralité à partir de cette page. L’usage du gras et de l’italique à valeur d’insistance respecte celui des rapporteurs eux-mêmes : ce n’est donc pas nous mais eux qui signalent par ces moyens typographiques l’importance qu’ils confèrent à tel mot ou à tel point.


Plan de la page

[Cliquez sur le titre qui vous intéresse pour accéder au développement concerné]

I. La préparation en amont

1. Travail de contextualisation

a. Nécessaire bagage critique et culturel
b. Des connaissances à mettre au service de la réflexion
c. Quelques références bibliographiques

2. Connaissance des œuvres

a. Dangers de l’impasse
b. Une connaissance de première main
c. Du bon usage des exemples

3. Les œuvres et leur contexte : une question d’équilibre

a. Primauté des œuvres au programme…
b. … sans pour autant perdre du vue la contextualisation
c. Mode d’articulation des lectures

II. Définition générale de l’épreuve et de l’esprit du concours

1. Une épreuve accessible
2. Qualités générales attendues d’agrégés de Lettres
3. Éléments de définitions

a. Ce que n’est pas la dissertation : une illustration de la citation, un récit des œuvres, un plaquage de fiches préparées
b. Ce qu’est la dissertation : une lecture personnelle et argumentée
c. Ce qu’est la dissertation : un dialogue « sur mesure » avec la pensée d’autrui
e. Ce qu’est la dissertation : l’expression simple d’idées complexes mais sans simplisme
d. Une « entreprise rhétorique » ?

III. Conception et composition du devoir

1. Analyse du sujet

a. Analyser n’est ni paraphraser, ni découper le sujet en morceaux
b. Expliquer le texte et le sous-texte de la citation
c. Entendre avec justesse la thèse nuancée d’autrui

2. Problématique
3. Plan

a. Exigence de clarté et de progressivité
b. Le reflet d’une pensée cohérente et unifiée
c. Du bon usage des (trois) parties

4. Conception des seuils

a. Introduction
b. Conclusion

IV. Rédaction

1. Un critère d’évaluation à ne pas négliger
2. Lisibilité
3. Conventions de mise en page
4. Longueur de la copie
5. Correction de l’expression et de l’orthographe
6. Question de style ou de ton


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I. La préparation en amont

1. Travail de contextualisation

a. Nécessaire bagage critique et culturel

[Gram. 2015]

En règle générale, le texte est insuffisamment contextualisé.

[Gram. 2016]

pour ce qui concerne la composition française, […] penser à élargir le sujet aux contours de l’œuvre ; avoir un bagage de lectures critiques à utiliser.

[LMspe. 2017]

Lire et relire les œuvres au programme, s’entraîner régulièrement aux exercices écrits et oraux, faire l’effort de compléter ou de rafraîchir sa culture littéraire, et de renouveler les connaissances techniques nécessaires aux analyses et raisonnements que requièrent les épreuves du concours : ce sont là des conseils de bon sens, auxquels on peut ajouter celui de lire quelques rapports du jury de l’agrégation.

[LMint. 2016]

Il est toutefois évident qu’à moins de posséder une culture littéraire particulièrement étendue et un sens critique sans faille, le candidat ne peut se passer de lire quelques ouvrages et articles critiques. Ainsi, la connaissance du genre [de l’œuvre au programme], dans l’histoire littéraire, était attendue […] du reste toute bonne préparation ne pouvait négliger la question du genre […].

[Gram. 2014]

Dans presque toutes les copies nous déplorons un certain manque d’histoire culturelle […]  Il ne s’agit pas de faire étalage d’érudition, mais de restituer les conditions minimales de compréhension du texte.

[LMext. 2015]

Si cette agrégation est bien un concours littéraire, il faut bien souligner toutefois qu’il ne suppose pas seulement des connaissances spécialisées, mais qu’on y attend aussi des candidats qu’ils disposent d’une culture suffisante pour pouvoir prendre en compte les éléments de contexte sans lesquels la compréhension des œuvres reste étroite, voire infirme : culture générale ou, pour être un peu plus précis, connaissances d’ordre historique, philosophique et artistique au moins, et connaissance des réalités dont il est question dans les textes et qui sont indispensables pour en saisir le sens et les enjeux. La plupart des exercices d’analyse, de commentaire et de réflexion supposent dans notre discipline qu’on fasse varier la focale et qu’on examine de près les œuvres, mais aussi qu’on sache prendre avec elles une distance suffisante pour réfléchir, comparer, construire, composer ; qu’on soit capable d’entrer dans la logique du texte, et en même temps d’élargir le champ pour en considérer les références, les enjeux, les intentions, les effets, ainsi que les relations avec la réalité représentée, avec les autres arts, avec les débats et les questions qui s’y font entendre.

[LC. 2016]

[…] les remarques d’histoire littéraire […] sont trop peu nombreuses et, lorsqu’elles sont présentes, elles sont plaquées sans être explicitées et sans marquer de lien avec le sujet. […] Le jury attend que le futur enseignant soit capable de replacer un auteur dans son temps et dans les problématiques littéraires de son époque tout en adaptant ces connaissances au sujet.

[Gram. 2019]

Il faut bien insister […] sur le fait qu’on attend aussi des candidats qu’ils disposent d’une culture suffisante pour pouvoir prendre en compte les éléments de contexte sans lesquels la compréhension des œuvres reste étroite, voire infirme : connaissances d’ordre historique, philosophique et artistique au moins, indispensables pour saisir le sens et les enjeux des œuvres étudiées. On rappellera dès lors qu’une préparation sérieuse exige que les œuvres au programme soient replacées dans leur contexte de création.

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b. Des connaissances à mettre au service de la réflexion

[LMint. 2014]

L’enjeu [d’une dissertation] ne saurait se réduire […] à une question d’histoire littéraire ou à un contrôle de connaissances, même si son succès dépend assurément fortement de l’ampleur et de la précision de la culture que l’on peut y mobiliser.

[Gram. 2015]

Quelques critiques ont été cités ou évoqués dans certaines copies — enfin ! aurait-on envie de dire à la suite de nos recommandations des années précédentes […] Il ne s’agit pas de faire assaut de bibliographie ou de répéter une quelconque doxa mais de se forger ses propres idées et d’enrichir sa réflexion en fréquentant les études critiques d’autres artistes ou de spécialistes qui ont marqué l’approche d’une œuvre ou d’un genre.

[LMext. 2015]

Il ne s’agit, en aucun cas, de substituer l’érudition à la réflexion, mais celle-ci se nourrit d’une curiosité intellectuelle qui cherche toujours à mieux comprendre. […] Il convient d’acquérir, tout au long de l’année de préparation, le maximum de connaissances. Encore une fois, ce n’est pas le seul savoir théorique qui permettra le succès, mais il y contribuera puissamment s’il irrigue avec intelligence la réflexion personnelle des candidats.

[LC. 2018]

Dans la mesure où la première exigence est une réflexion personnelle qui s’appuie sur une très bonne connaissance de l’œuvre, il ne s’agit pas de citer un grand nombre de critiques. Ils ne sauraient cependant, en tout cas pour les plus grands, être totalement ignorés. On nourrit sa pensée de celle des autres, en l’occurrence de spécialistes reconnus.

[LMspe. 2019]

Si le jury se satisfait de la maîtrise de l’œuvre que manifestaient la plupart des compositions françaises sur ce sujet, il déplore […] que trop de candidats se réfugient dans des connaissances vues pendant l’année de préparation au lieu de réfléchir véritablement aux termes du sujet, dont la richesse n’a été que peu exploitée dans la plupart des introductions et des développements.

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c. Quelques références bibliographiques

[Gram. 2014]

[à propos du] volume Histoire de la France littéraire. Classicismes XVIIe – XVIIIe siècle, dirigé par Jean-Charles Darmon et Michel Delon (P. U. F., coll. « Quadrige », 2006) [ :] le genre d’ouvrage qu’un candidat doit consulter soit avant d’étudier en détail l’œuvre au programme, soit après, pour avoir un large panorama littéraire de l’époque et du genre abordé plus particulièrement.

[Gram. 2018]

Bibliographie pour candidats se préparant seuls

  • Axel Preiss, La Dissertation littéraire, Amand Colin, 1994, 4e édition 2017
  • Marie-Annick Gervais-Zaninger, La Composition française aux concours, Hermann, 2006.

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2. Connaissance des œuvres

a. Dangers de l’impasse

[LC. 2017]

Choisir de préparer le concours en évitant d’ouvrir les textes au programme est bien évidemment aussi absurde que stupide.

[LMint. 2018]

Nous voulons insister sur la nécessité de travailler toutes les œuvres mises au programme du concours de l’agrégation pour éviter d’avoir à rendre une copie d’une page ou deux. Le jury attendait, comme toujours, une prise véritable sur les textes en tant que tels.

[LMext. 2016]

le jury a constaté cette année, en particulier pour la première composition française, une nombre plus important que les années précédentes de copies résiduelles : travaux inachevés, parfois réduits à fort peu de chose, témoignant d’une connaissance très rudimentaire de l’œuvre sur laquelle portait le sujet, comme si un certain nombre de candidats avaient parié – fort imprudemment – que Ronsard ne tomberait pas cette année […] Rappelons-le donc nettement, en espérant qu’on nous entende : les sujets sont choisis en fonction de leur intérêt propre, et il est tout à fait hasardeux de la part des candidats de faire des calculs de probabilité, et très déraisonnable de se fier à une quelconque vraisemblance en la matière. La seule – et la meilleure – manière de jouer sa chance au concours est de s’être bien préparé, ce qui implique, au moins, d’avoir une bonne connaissance de toutes les œuvres du programme.

[LMext. 2018]

Il apparaît qu’un nombre important de candidats ont travaillé de façon très insuffisante sur la question tombée à l’écrit, ce qui a donné lieu à des copies quasi vides ou très approximatives, montrant à l’évidence au jury que les œuvres avaient été survolées voire, pour certaines d’entre elle, n’avaient pas même été lues. Il nous faut donc rappeler ici que se livrer à des calculs de probabilité sur les questions susceptibles ou non de tomber à l’écrit pour faire des impasses est la plus sûre garantie d’un échec annoncé. Toutes les œuvres et toutes les questions du programme peuvent donner lieu à un sujet, quelles que soient celles qui ont été retenues lors de la session précédente. Faire des impasses, c’est aussi oublier que préparer un concours comme l’agrégation, c’est d’abord s’engager dans un processus de formation, y approfondir et élargir sa culture littéraire et […] découvrir des auteurs et des œuvres qu’on n’avait peut-être pas encore eu l’occasion de fréquenter. […] Toute préparation sérieuse exclut donc les pronostics hasardeux et s’attache au contraire à la lecture approfondie des œuvres au programme […].

[LMint. 2019]

Trop de candidats paraissent avoir fait des choix dans le programme, peut-être parce que le sujet précédent portait déjà sur le théâtre. C’était oublier que la composition française concerne d’abord une œuvre, dont elle mesure la singularité.

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b. Une connaissance de première main

[LMspe. 2017]

Les conditions de la réussite : une très bonne connaissance de l’œuvre, dont ne sauraient tenir lieu les cours suivis pendant l’année, ni les ouvrages critiques publiés à l’occasion du concours ; une analyse précise et raisonnablement informée ; la capacité à communiquer de manière organisée, dans une langue correcte et claire, en s’appuyant constamment sur une œuvre qu’on est capable de citer.

[LMext. 2015]

Quelquefois les œuvres au programme semblent à peine lues ; quelquefois encore elles n’ont laissé dans les esprits que des souvenirs lointains. Une telle approche du concours se trouve évidemment sanctionnée.

[LMint. 2017]

Les candidats ne peuvent donc pas se contenter de souvenirs vagues d’une lecture ancienne.

[Gram. 2016]

La connaissance insuffisante des œuvres et de leur contexte s’est vue dans le faible nombre d’exemples […] et dans des erreurs parfois grossières […]. On regrettera enfin l’absence quasi totale de citations précises.

[LMint. 2016]

La connaissance précise de l’œuvre au programme saisie à partir des compétences attendues chez un professeur de lettres, le recours à des mentions d’épisodes, une connaissance des principes compositionnels, de citations précises, mais aussi des microlectures de passages ainsi que des éléments d’ordre stylistique ou rhétorique sont toujours les éléments sur lesquels se fonde l’évaluation.

[Gram. 2014]

Les renvois au texte sont souvent trop approximatifs, qu’il s’agisse de citations plus ou moins exactes ou d’une difficulté à faire apparaître les enjeux narratifs, énonciatifs ou argumentatifs de l’ensemble.

[LMext. 2017]

La condition préalable de la réussite demeure, pour toutes les œuvres du programme, sans aucune exception, de quelque nature qu’elle soit, une lecture véritable, approfondie, et personnelle, du texte.

[Gram. 2016]

Une lecture approfondie des œuvres au programme est indispensable au candidat à l’agrégation, futur enseignant dont la tâche, difficile, sera de donner à ses élèves le goût de la lecture à travers les grandes œuvres littéraires. Cela n’est possible que s’il a lui-même lu et relu, « digéré » les auteurs qu’il explique, s’il est capable d’en « observer diligemment toutes les plus rares et exquises vertus », comme dit Du Bellay, et non simplement de répéter les interprétations d’autrui. C’est à cette condition qu’il pourra véritablement comprendre, problématiser et traiter à bon escient le sujet proposé au concours.

[LC. 2018]

Le bon « disserteur » ressemble à l’habile menuisier qui connaît son matériau. Pour beaucoup, le bois a été trop dur et trop résistant, semblable au cœur de cormier du bâton manié par Frère Jean. Trop de reins, qui auraient dû être solides, ont été ainsi « démoullés » au cours d’une bataille perdue d’avance, faute de préparation.

Il fallait, en effet, entrer en familiarité avec une œuvre drolatique, mais difficile d’accès car érudite et écrite en moyen français. À cet égard, l’édition de Mireille Huchon rendait de signalés services. On donnera donc aux agrégatifs « futurs » les conseils que Du Bellay prodiguait à l’apprenti poète : « Lis donc, et relis premierement, […] feuillette de main nocturne et journelle » les œuvres mises au programme du concours, puis tes notes de cours et quelques critiques ! Cette condition sine qua non étant remplie, une réflexion personnelle, excluant généralités et approximations, peut être conduite.

[LMint. 2016]

Le plus grave [défaut – qualifié plus haut de « rédhibitoire »] consiste […] à ne posséder de l’œuvre qu’une connaissance de seconde main, toute superficielle. La préparation du concours doit être l’occasion, pour le passionné de littérature qu’est le professeur de Lettres, d’une familiarité intime, construite tout l’année, avec les œuvres inscrites au programme. Une telle innutrition doit permettre de dépasser la psychologie des personnages pour investir l’écriture, dépasser l’anecdote pour inscrire l’œuvre dans des problématiques esthétiques, historiques, éditoriales ou stylistiques. Elle met le candidat en mesure de s’appuyer sur de nombreux passages en les citant avec exactitude : rappelons que l’une des tâches du préparationnaire consiste à élaborer un répertoire de textes particulièrement maîtrisés dans toutes leurs implications interprétatives, voire une collection de citations personnelles et intimement assimilées. Les copies plus médiocres évoquent toujours les mêmes passages-clés et sollicitent les mêmes citations – au point qu’il arrive fréquemment aux correcteurs de se demander si l’ouvrage a bien été lu et relu, ou si le candidat s’est contenté de cours bien construits et d’ouvrages de seconde main… Suspectes, également, sont les inexactitudes patentes.

[LMext. 2014]

Les œuvres du programme sont à lire et à relire, de telle manière que la mémoire puisse nourrir l’argumentation plutôt que l’encombrer de considérations mal à propos et pour ainsi dire déjetées par rapport au sujet.

[LMext. 2016]

Trop nombreux sont ceux qui, connaissant plus ou moins la doxacritique sur Ronsard, ne connaissent le recueil lui-même que de façon superficielle et singulièrement tronquée. Pour faire une véritable dissertation, un candidat ne peut s’appuyer sur la seule connaissance de trois ou quatre poèmes […]. De fait, plus encore qu’à l’accoutumée, le jury a valorisé cette année les copies qui ont témoigné d’une lecture véritable, précise et détaillée, des textes du recueil. Les futurs candidats doivent donc se persuader de cette évidence maintes fois répétée : rien ne vaut la lecture personnelle, crayon en main, des œuvres du programme. Seule la familiarité avec les textes garantit à l’étudiant de pouvoir réfléchir à bon escient à un sujet quel qu’il soit — cela est vrai pour la dissertation comme pour la leçon. Cette connaissance intime des œuvres ne permet bien sûr pas à elle seule de faire une bonne dissertation, mais elle constitue un préalable à toute élaboration d’une réflexion sérieuse. Elle ne peut que faciliter aussi la compréhension du sujet et de ses enjeux.

[LMext. 2014]

La dissertation doit être nourrie de citations, précises et exactes – et d’autant plus, sans doute, qu’il s’agit de poésie, si elle est bien affaire de mémoire. Les meilleures copies ont su proposer des citations nombreuses (mais pas trop), originales […] et commentées avec intelligence. Ainsi a pu se manifester un rapport personnel au recueil d’Éluard, montrant qu’on ne s’était pas limité à étudier les poèmes les plus fréquentés, et à apprendre telle ou telle lecture critique, ou tel fragment de cours, derrière lesquels s’abriter. Inutile aussi de chercher refuge dans l’exposé de références mal maîtrisées, du côté, par exemple, du surréalisme ou de la psychanalyse : c’était d’abord de ce recueil qu’il s’agissait. Le jury a donc été favorablement impressionné, a contrario, par les candidats qui ont accepté de confronter les termes du sujet à des textes précisément analysés, sans trop de « médiations » envahissantes.

[LMint. 2014]

Ce fut ainsi l’une des grandes qualités des meilleures copies qu’une connaissance précise de la correspondance, appuyée sur des références singulières, quand les moins convaincantes se sont souvent bornées à renvoyer aux lettres consacrées par les anthologies littéraires.

 [LMspe. 2017]

Les rares citations et exemples allégués sont rebattus […] Telle copie qui se recommande par sa rédaction claire et par quelques remarques pertinentes ne fait que survoler l’œuvre sans jamais entrer dans des analyses précises : elle n’obtient que la note de 7,5. La composition française est d’abord un exercice de lecture d’une œuvre à partir d’un sujet précis. A défaut d’une bonne connaissance de celle-ci, elle devient un art des généralités.

[LMext. 2015]

Les rapports des différentes épreuves écrites et orales mettent tous l’accent sur la nécessité d’une connaissance précise et personnelle des œuvres du programme, résultant de plusieurs lectures faites crayon en main, et qui seule permet au candidat de faire preuve, dans tel ou tel exercice, d’une réflexion qui soit véritablement appropriée à la question ou au texte qui en fait l’objet. Encore faut-il préciser qu’il ne s’agit pas de réciter une leçon, et moins de montrer ce que l’on sait que de savoir mettre en œuvre ses connaissances, et de les faire servir à l’intelligence d’un texte, à l’examen d’un sujet, à la réponse argumentée et composée à une question – ce qui implique qu’on les oublie parfois temporairement pour mieux les retrouver quand il s’agit d’en faire usage, en les ajustant au mieux à ce qui les rend alors nécessaires.

[LMext. 2018]

[l’]appropriation personnelle des œuvres, que ne sauraient remplacer les meilleurs cours ou la reprise de discours critiques [est nécessaire]. Qu’il s’agisse de dissertation, de leçon ou d’explication de texte, les connaissances acquises nourrissent une réflexion personnelle sur les sujets et sur les textes, réflexion qui suppose qu’on ait d’abord soi-même lu véritablement, et relu, les œuvres.

[LMint. 2019]

Rédigée en sept heures mais préparée en une année, la composition française couronne idéalement le compagnonnage du candidat avec les œuvres au programme. La première compétence qu’elle révèle est donc celle d’un lecteur, d’une personne attentive au travail sur la langue qu’un écrivain poursuit, au sein d’une œuvre qui réfléchit sur le monde. Certes ce lecteur est un individu informé, que la critique éclaire ponctuellement. Mais outre qu’en ce domaine la fréquentation d’ouvrages de première main est particulièrement recommandée, elle ne saurait se substituer à une réflexion personnelle. On invitera donc les futurs agrégatifs à privilégier, au cours de leur préparation, le contact direct avec les œuvres du programme, à enrichir aussi la connaissance qu’ils en auront par la lecture de textes proches.

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c. Du bon usage des exemples

[LC. 2016]

Tout d’abord, la dissertation doit témoigner de la bonne connaissance de l’œuvre au programme. Cela implique évidemment une connaissance précise [de cette œuvre] et non l’accumulation de généralités ou de développements tout faits et « plaqués » sans lien avec le sujet. La présence de citations et d’analyses précises, littéraires ou stylistiques, de celles-ci pour appuyer les idées avancées n’est pas souhaitable mais indispensable.

[LMext. 2018]

La question du traitement des exemples [est un] point faible récurrent qui caractérise de façon hautement dommageable bien des copies et des leçons.

[LMint. 2015]

L’inventio repose naturellement sur l’étude et l’analyse du sujet, mais se nourrit aussi du travail mené pendant l’année sur les œuvres du programme. La connaissance de l’œuvre doit être fine, le raisonnement s’appuyant sur des analyses précises. Rappelons à ce propos que s’il est bon de connaître des citations, celles-ci ne constituent pas un argument d’autorité : la citation prend place dans une démonstration, elle donne lieu à une analyse éclairante, et ne doit jamais constituer une preuve en soi par le seul fait d’être citée.

[LMext. 2018]

Rappelons que le traitement des exemples constitue le cœur battant d’une dissertation. L’on attendait des candidats qu’ils s’appuient sur des passages précis [de l’œuvre au programme] pour proposer des micro-lectures brèves et efficaces. Sans être trop prolixes au risque de se substituer aux arguments, ces analyses doivent être suffisamment précises pour attester la bonne connaissance de l’œuvre et pour remplir leur fonction démonstrative. […] Or le jury a été frappé par le nombre de copies ne citant pas le texte une seule fois, se contentant d’évoquer ici des hyperboles, là des énumérations mais sans qu’aucun exemple ne soit donné et dûment analysé. Par ailleurs, il n’était évidemment pas interdit de se référer à des épisodes connus […] mais outre qu’une simple allusion ne suffit pas, le jury a aussi apprécié que les candidats renvoient à des passages moins attendus.

[LMint. 2017]

Il convient, en outre, de toujours garder à l’esprit que la citation ne vaut pas pour une analyse : une fois qu’un extrait de l’œuvre a été reproduit, le candidat doit encore préciser l’interprétation qu’il en fait et la place qu’il lui accorde dans son raisonnement : le développement se fonde sur ces explications de texte en miniature qui contribuent à sa progression.

[LC. 2015]

Encore faut-il que le devoir les [i.e.les citations tirées du programme] présente à bon escient : il ne s’agit pas de donner à la citation une fonction uniquement illustrative et superficielle, encore moins de procéder à un catalogue de citations déposées dans un éblouissant cortège de vers appris par cœur, et comme pour faire nombre. Mais puisque l’exercice est celui d’une dissertation littéraire, le jury s’attend à trouver, pour les citations données, une analyse littéraire digne de ce nom, qui privilégiera la qualité à la quantité. Une mosaïque d’exemples destinée à créer un effet, ou à constituer un substrat idéologique, ne fera pas illusion. Il faut se défier également de l’argument d’autorité volontiers associé à la citation d’un grand nom – auteur ou critique, antique ou moderne. Une citation ne sert pas à se cacher. Elle ne se suffit pas à elle-même, mais ne vaut que si elle est commentée, fût-elle tirée des plus grands écrits, des plus grands sages de l’Antiquité ou du Collège de France. En somme, l’exemple cité ne vaut que pour ce qu’en fait la copie, et doit donc intervenir au bénéfice de la construction de la pensée du candidat, mais jamais comme une formule magique qui sauverait le devoir.

[LC. 2014]

Tout argument qui fait progresser la réflexion doit être étayé d’un exemple suffisamment probant et commenté. Une citation ne fait cependant pas preuve : appui à la démonstration, elle requiert contextualisation, analyse et justification de son lien avec le sujet. Malheureusement, rares ont été les copies qui ont montré une maîtrise assurée, fine, intime même, de l’œuvre : elles proposaient des références souvent floues ; peu d’entre elles se nourrissaient de citations pertinentes. C’est dommage car cette capacité à circuler dans une œuvre, à exploiter à bon escient les multiples connaissances qu’on en a acquises constitue une des premières compétences appréciées par le jury.

[LMint. 2014]

Ll’inventio ne saurait se borner à des concepts abstraits : l’argumentaire au contraire trouve son prix dans sa capacité à témoigner d’une véritable familiarité et d’une connaissance fine d’un texte dont la totalité est appelée à être confrontée au sujet : ce principe général vaut toujours […]. La recherche des idées est donc aussi, et presque inséparablement, une recherche des exemples où se traduisent et s’incarnent ces idées ; le caractère proprement dialectique de la dissertation littéraire tient ainsi intimement à la façon dont elle envisage les choses non sur le plan abstrait des idées pures, mais au contraire dans le travail même du langage.

[LC. 2018]

Bien choisis et bien analysés, les exemples sont exploités pour convaincre de la pertinence des arguments. On fait alors référence à des passages situés de façon précise. On peut aussi citer le texte, à condition toutefois d’être sûr de son exactitude et de son bien-fondé pour nourrir la réflexion. Certains passages sont attendus et ne peuvent être passés sous silence, mais on demande aux candidats une lecture personnelle, donc aussi un choix d’exemples qu’on ne trouve pas dans toutes les copies.

[LMext. 2019]

Les paragraphes [sont] fondés sur un argument approfondi à l’aide d’exemples précisément analysés. À chaque fois, deux exemples peuvent suffire. Inutile de les multiplier : ayons plutôt soin de les varier, en les tirant tantôt d’une situation narrative, tantôt du statut d’un personnage, tantôt d’une image, tantôt d’une citation. Cela contribue à donner un rythme à la démonstration.

[Gram. 2019]

Les citations, précises et exactes, servent à éclairer, à développer et à justifier la réflexion et la pensée. L’on attend que ces citations soient correctement insérées dans le corps de la dissertation, et surtout qu’elles soient commentées avec intelligence.

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3. Les œuvres et leur contexte : une question d’équilibre

a. Primauté des œuvres au programme…

[LC. 2015]

Des exemples sont nécessaires pour étayer l’argumentation. Ils peuvent non seulement consister en des allusions à des situations dramaturgiques, mais aussi prendre la forme de vers précisément cités, ou – puisqu’il est question en l’occurrence de textes de théâtre – d’évocations de mises en scène précises. Encore convient-il de manier les exemples que l’on fournit avec discernement.

Tout d’abord, nous nous permettons de rappeler, au vu d’étranges cas rencontrés dans les copies, que les exemples doivent être empruntés aux pièces figurant au programme. Elles n’étaient certes pas citées dans le libellé du sujet, mais les candidats ne sont pas supposés les ignorer le jour des écrits du concours. […] S’il est certes souhaitable qu’un futur enseignant de l’enseignement secondaire ait une culture large, souple, diverse et éclectique, l’exercice proprement dit de la dissertation n’est pas l’espace idoine pour faire étalage de tombereaux de références : quand dans une même copie, on trouve des exemples tirés du Cid, de Macbeth, d’Horace, de Mélite, de Rodogune, de Nicomède, de Ruy Blas, de Van Vogt, de Baudelaire, de Suréna, de Vatican II, de Sartre, d’Anouilh, de Kierkegaard et de Don Camillo à Moscou, quelle place reste-t-il à Cinnaet à Polyeucte? La dispersion est d’autant plus fâcheuse qu’elle fait courir au devoir le risque de ne revenir aux pièces à étudier qu’allusivement, au détour d’une fin de paragraphe, presque par hasard. Le propos s’en trouve dilué voire oublié, et l’on ne sait plus au juste de quoi il est question. Il est difficile de ne pas croire à l’esquive, et de ne pas soupçonner qu’une telle stratégie est destinée à masquer une connaissance insuffisante du corpus à étudier. On ne saurait trop insister sur le fait qu’une épreuve sur programme ne tolère pas l’approximation, ni la confusion entre les personnages supposés bien identifiés dans chacune des pièces.

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b. … sans pour autant perdre du vue la contextualisation

[LMext. 2015]

Deux tragédies de Corneille figuraient au programme, mais il n’était pas interdit de se référer, éventuellement, à d’autres tragédies composées par ce dramaturge. De manière inquiétante certaines copies semblaient ramener toute la dramaturgie de Corneille à ces seules deux tragédies, sans faire intervenir dans l’analyse la riche créativité d’un auteur qui jamais ne cessa de se renouveler et d’innover. Certes la dissertation portait sur Cinna et Polyeucte, mais comment ne jamais songer à les situer au sein de la production cornélienne ? Dans le même ordre d’idée, on rappellera qu’une préparation sérieuse exige que les œuvres au programme soient replacées dans leur contexte historique.

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c. Mode d’articulation des lectures

[LMint. 2015]

Aux lectures littéraires s’ajoutent les lectures critiques qui, elles aussi, viennent enrichir la recherche des idées et arguments menée par le candidat. Il ne s’agit pas, naturellement, de substituer la glose à la lecture de l’œuvre. La connaissance précise et personnelle de l’œuvre au programme est essentielle, première, dans la préparation du candidat au concours. Mais cette lecture doit être enrichie par la compréhension des enjeux de l’œuvre et des débats critiques qu’elle a pu susciter. Les travaux critiques varient, se renouvellent sans s’annuler, leur variété et leur profusion permettent de prendre la mesure de la richesse et de la complexité d’une œuvre.

[LC. 2016]

Il convient de ne pas perdre de vue que la dissertation est un exercice rhétorique et a donc une visée démonstrative : chaque idée doit être illustrée par de fines analyses du texte et complétée le plus souvent possible par des textes théoriques. Trop peu de copies ont témoigné d’une connaissance approfondie de la critique portant sur l’œuvre de Bonnefoy ou même des essais de l’auteur sur son projet et sa pratique poétiques. Ainsi, le propos reste pauvre, faible sur les plans théorique et analytique, et ne déploie pas une lecture personnelle de l’œuvre au programme.

[LMInt. 2018]

Le jury était en droit d’attendre des candidats à une agrégation de Lettres modernes sur programme une connaissance solide [des deux tragédies bibliques de Racine au programme]. Une étude fine des deux œuvres, autrement dit une préparation au concours, permettait non seulement une maîtrise des deux pièces mais une connaissance des épisodes bibliques référencés.

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II. Définition générale de l’épreuve et de l’esprit du concours

1. Une épreuve accessible

[LMext. 2015]

La réussite est à la portée de tous les candidats, pour peu qu’ils jouent jouent le jeu et s’investissent pleinement dans l’exercice.

[LMext. 2017]

Ce concours, qui n’est pas inaccessible.

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2. Qualités générales attendues d’agrégés de Lettres

[LMint. 2015]

L’un des attributs d’un professeur de lettres : ses lectures.

[LMext. 2015]

Connaissance approfondie des œuvres, maîtrise des principales connaissances de la discipline et capacité à en faire bon usage, culture assez ouverte pour permettre une véritable compréhension des textes, rigueur et discernement dans l’argumentation, qualité personnelle de l’intelligence, esprit de méthode et de finesse, élégance et clarté de l’expression : voilà quelques unes des qualités espérées, et reconnues par le jury chez les candidats, non pas chez tous, certes, mais assez souvent .

[Gram. 2018]

Il demeure que les meilleures analyses sont celles qui ne se sont pas enfermées dans la psychologie, évitant soigneusement de traiter [le personnage] comme une personne réelle. Il s’agit en effet d’observer une écriture, et de considérer le personnage de roman comme le fruit d’un travail de création. […] Répétons-le, l’attention à l’écriture ne doit pas s’effacer devant les considérations historiques, biographiques ou psychologiques. Les meilleurs développements sont ceux qui, à livre ouvert, offrent une observation personnelle de la structure du récit, des descriptions, des points de vue, de la voix narrative, des paroles et des pensées, de la syntaxe, des temps verbaux… […] Le survol de l’œuvre et les généralités doivent être réduits au minimum.

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3. Éléments de définitions

[LMint. 2017]

[On définit] trois principaux objectifs de la composition française sur auteur :

  • une réflexion analytique et critique sur la citation, qui s’intéresse aux termes précis qu’elle fait intervenir et à leurs relations, et conduise, à partir de là, une véritable démonstration
  • une mise en œuvre de connaissances riches, variées et approfondies de l’œuvre étudiée
  • une capacité à insérer l’œuvre étudiée dans une culture générale, littéraire et 
intellectuelle pour en éclairer d’autant mieux la singularité.

Ce sont là, comme à l’ordinaire, les éléments fondamentaux qui décident de l’évaluation des copies.

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a. Ce que n’est pas la dissertation : une illustration de la citation, un récit des œuvres, un plaquage de fiches préparées

[LC. 2015]

le candidat n’a pas pour mission d’illustrer la citation donnée dans le sujet sans la discuter. Il n’est pas non plus attendu que les devoirs soient uniquement capables de résumer les œuvres en passant en revue un relevé de situations dramaturgiques, de manière purement descriptive. Il importe toujours de se demander, en écrivant, quelle analyse ou quel constat l’on fait à partir des situations évoquées, faute de quoi l’ensemble reste superficiel

[Gram. 2017]

La réflexion des candidats ne devait cependant se borner à une illustration plus ou moins approfondie du sujet.

[LC. 2018]

Une dissertation est une démonstration cohérente et non une simple illustration des éléments de la citation. Il s’agit de discuter un point de vue, en utilisant des éléments pro et contra.

[LMext. 2019]

Les candidats […] ont commis une grossière erreur de méthode, en oubliant le sujet pour d’ailleurs souvent plaquer des développements tout faits : le jury a lu ainsi moult fois une fiche sur le théâtre dans le roman qui manifestement a dû traîner dans la France entière.

[LMspe. 2019]

[…] la composition française ne saurait consister en un exposé général d’histoire littéraire (parfois fautif dans certaines copies), ou se résumer à un ensemble de remarques éparses mal reliées entre elles ou peu liées aux termes du sujet, ou enfin reposer sur une connaissance approximative du contenu narratif ou des enjeux poétiques de l’œuvre, sans les réduire à des lieux communs.

[…] En aucun cas la composition française ne peut être constituée de développements appris et préconçus, d’une restitution de cours ou de devoirs préalablement effectués : il importe, en s’appuyant sur les termes du sujet et sur la singularité des propos donnés à la discussion, de réfléchir à nouveaux frais à l’œuvre au programme, restituant une connaissance personnelle et intime de celle-ci.

[Gram. 2019]

Le développement proprement dit consiste en une démarche argumentative qui ne saurait se confondre avec une accumulation ou une juxtaposition d’observations sur le sujet. Plusieurs copies ont donné la fâcheuse impression que le sujet sert de prétexte pour déverser sur les œuvres une série de remarques qui auraient tout aussi bien été les mêmes à l’occasion d’un autre sujet. Aussi est-il utile de préciser qu’il ne s’agit pas de réciter une leçon ; il convient plutôt de savoir mettre en œuvre ses connaissances, de les mettre au service de l’intelligence du texte et de les situer dans la perspective précise du sujet.

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b. Ce qu’est la dissertation : une lecture personnelle et argumentée

[Gram. 2014]

Cette lecture engagée que doit être la composition française.

[LMext. 2015]

Les futurs candidats peuvent augurer d’un heureux succès dès lors qu’ils s’investiront avec passion dans ce bel exercice de la dissertation, qui nécessite avant tout le contact le plus étroit possible, le plus intime, avec les œuvres soumises à l’examen. Toutes les hypothèses de lecture restent envisageables, pour peu qu’une argumentation solide les soutienne et qu’elles témoignent de ce qui reste l’essentiel, le plaisir du texte.

[LMint. 2014]

C’est moins le résultat auquel on arrive finalement que l’argumentation mise en place qui fait l’objet de l’évaluation du correcteur ; c’est donc cette argumentation qu’il s’agit d’élaborer le plus finement possible, à l’aide d’analyses rigoureuses et précises étayées par des exemples adéquats empruntés à l’œuvre proposée.

[LMext. 2015]

On attirera la vigilance sur le bon usage des cours et des textes critiques qui jamais ne doivent usurper la place réservée en priorité à la singularité d’une pensée personnelle. Par excès de prudence, par crainte, ou encore en raison de réflexes trop scolaires, certaines copies croient devoir répéter usque ad nauseam ce qui serait la vulgate actuelle […]. Comment éviter alors le risque du conformisme ou de la servilité à l’égard de quelques idées à la mode dues à la pensée d’autrui ?

[LC. 2017]

Il s’agit bien de conduire une réflexion personnelle, nourrie par une lecture personnellede l’œuvre inscrite au programme, comme y invite explicitement l’intitulé même du sujet.

[LMext. 2017]

Rappelons […] l’importance d’une préparation régulière aux épreuves écrites et orales, qui doit d’abord permettre aux candidats d’acquérir une connaissance approfondie et pour ainsi dire intime des œuvres au programme. Cette appropriation leur donnera sans doute plus d’assurance pour réfléchir aux sujets qui leur sont proposés sans aller chercher de vains secours dans des développements tout prêts mais à coup sûr mal ajustés à ce dont il faut traiter. On attend certes d’un professeur agrégé des connaissances qui lui permettent d’entrer dans une véritable intelligence des textes littéraires, mais elles prennent leur plein sens de ce qu’elles nourrissent un rapport personnel aux œuvres. C’est d’ailleurs cette personnalité de l’intelligence que ces professeurs devront mettre en jeu pour assurer la tâche de transmission qui sera la leur auprès des élèves et des étudiants.

[LMext. 2017]

[Une « procédure d’évitement » :] délivrer ses connaissances, avec sérieux et résolution, selon une démarche sans doute inspirée du cours qu’on a suivi ou de la synthèse qu’on avait produite en vue de la composition. Beaucoup de propos justes et informés, de beaux modules tout faits […] sont ainsi livrés dans ce qu’on pourrait identifier comme des variations libres sur le roman.

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c. Ce qu’est la dissertation : un dialogue « sur mesure » avec la pensée d’autrui

[LMext. 2017]

[Une autre « procédure d’évitement » :] c’est la variation imposée de l’extérieur par une réflexion (une dissertation préparatoire ?) qui surimpose sa dialectique à celles appelées par le sujet proposé.

[LMspe. 2018]

L’enjeu n’[est] donc pas de réciter un cours […], mais bien de réfléchir.

[LC. 2018]

Empressés de plaquer des éléments de cours […] trop de candidats n’ont pas lu assez attentivement la citation.

[LMspe. 2019]

La composition de littérature française de l’agrégation de lettres propose de réfléchir, à partir d’une citation d’un auteur critique sur une œuvre précise du programme, à des questions littéraires propres à cette œuvre. Il s’agit de vérifier la pertinence des propositions du sujet, en les confrontant à une lecture fine et informée de l’œuvre. […] L’exercice suppose donc de la part des candidats une préparation spécifique, une connaissance de l’œuvre et des principales lectures qui en ont été données par la critique, mais aussi une pratique intime de sa lettre, qui doit pouvoir nourrir la réflexion, en évitant toute erreur sur le contenu […].

[LMext. 2014]

Au-delà des erreurs parfois surprenantes ou des ignorances qu’on ne s’attend guère à devoir constater à ce niveau – et qui restent heureusement assez rares – le défaut d’assurance et d’aisance que suscitent une connaissance insuffisante des œuvres, une culture trop étroite ou trop superficielle et le manque de pratique des exercices du concours amène parfois les candidats à reprendre sans discernement véritable des développements tout faits, à la fois mal cousus entre eux et ne s’ajustant que très approximativement à la question traitée.

[LMext. 2015]

Trop de copies donnent la fâcheuse impression que le sujet sert de prétexte pour déverser sur les œuvres une série de remarques qui auraient tout aussi bien été les mêmes à l’occasion d’un autre sujet… Alors la réflexion s’essouffle et, au fil des pages, l’argumentation s’enlise dans le sur-place ou finit par sombrer définitivement dans le bavardage stérile.

[LMint. 2015]

Il ne s’agit pas non plus de plaquer sur le sujet des développements préétablis. Le plan et le propos de la dissertation doivent rendre compte de la singularité d’un sujet en même temps que de la singularité d’une pensée — celle du candidat.

[Gram. 2016]

La plupart [des candidats] se sont contentés de généralités ou ont abusivement ramené les enjeux du sujet sur un terrain visiblement connu (le personnage, le langage, les rivalités sociales) mais peu pertinent ici.

[LMint. 2017]

La précision du commentaire [des exemples choisis] doit être mise au service d’une étude en étroite adéquation avec le sujet. Il s’agit de surmonter une […] difficulté propre à une composition sur programme : il est parfois tentant de vouloir à toute force introduire un développement préparé.

[LMint. 2018]

D’abord, des parties de cours sont collées sans rappeler le lien avec la citation. On lit alors des développements plaqués, mal amenés ou des pans de cours qui font effet de « farcissure », ainsi que le dirait Montaigne. Le jury constate un sujet trop souvent oublié et qui fait place à de longues récitations. Faut-il rappeler que le sujet donné n’est pas un simple prétexte pour parler des œuvres mises au programme et que le propos doit être analysé et discuté ?

[Gram. 2016]

Rappelons […] que la composition française est un exercice qui invite au dialogue avec le sujet ; que les exigences d’un tel dialogue – comprendre et illustrer la pensée d’autrui, en montrer les limites et en approfondir les enjeux – obligent à mettre sa pensée à l’épreuve de celle d’un autre. Les candidats ne doivent donc pas se contenter d’une adhésion sans retenue au jugement qui leur est proposé, mais s’efforcer de construire un véritable débat où sont mis à l’épreuve non seulement le sujet mais leur propre pensée.

[LMint. 2019]

Loin d’être un exercice scolaire daté qui singerait la démarche dialectique, la composition française est une invitation à la pensée, qui est toujours pesée : pesée de notre jugement, à partir de la confrontation à la pensée d’un autre ; pesée des termes qui l’expriment, à partir des mots de cet autre. De ce travail résulte le plan, qui organise dynamiquement la réflexion pour résoudre une tension majeure.

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d. Ce qu’est la dissertation : l’expression simple d’idées complexes mais sans simplisme

[Gram. 2017]

L’épreuve de composition française, on le sait, permet de tester les deux exigences fondamentales qui doivent être celles d’un professeur de lettres : bien connaître, dans la lettre comme dans l’esprit, les textes qu’il analyse et enseigne ; mais aussi savoir transmettre cette connaissance avec efficacité, précision et clarté.

[Gram. 2016]

Finalement, les bonnes copies ont été celles qui ont su conduire un cheminement personnel à travers le recueil, étayé de nombreuses références exactes et bien analysées sans reconduire des plans ou des réflexions générales, qui ont su discuter le sujet de façon pertinente et nuancée, et enfin qui ont su faire preuve de clarté autant que de culture.

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e. Une « entreprise rhétorique » ?

[LMint. 2015]

Entreprise rhétorique, la dissertation convoque trois savoir-faire : la recherche des idées et arguments (inventio), la composition (dispositio) et la mise en forme (elocutio).

[LC. 2016]

les candidats doivent impérativement respecter la méthode de la dissertation. Faut-il préciser qu’une dissertation comporte une introduction qui analyse les mots du sujet, formule une problématique et annonce un plan, puis un développement en trois parties et une conclusion qui ne résume pas le raisonnement, mais ouvre des pistes permettant de prolonger la réflexion menée ? Ces évidences sont trop souvent peu ou mal respectées.

[LMext. 2019]

La dissertation n’est pas un exercice de rhétorique, mais un exercice de pensée. Comprendre et discuter un point de vue, en voir éventuellement les limites, ou le creuser, le prolonger ou le nuancer, telle est la démarche attendue. […] Insistons-y : qu’il y ait ici, presque caricaturalement, trois parties subdivisées en trois sous-parties est pur hasard lié à une réflexion et nullement une contrainte rhétorique.

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III. Conception et composition du devoir

1. Analyse du sujet

[LMext. 2014]

Sans surprise, l’analyse du sujet a été discriminante.

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a. Analyser n’est ni paraphraser, ni découper le sujet en morceaux

[LMext. 2018]

Il s’agit là d’une étape cruciale de la dissertation, qui ne doit pas se contenter d’une reformulation paraphrastique de la citation, comme le jury l’a trop souvent lu.

[LC. 2016]

Les meilleures copies sont toujours celles qui soignent l’introduction en analysant avec rigueur et précision tous les mots du sujet. Cette étape est cruciale pour (bien) problématiser le sujet. Il ne s’agit pas de paraphraser maladroitement le critique, mais d’interroger la polysémie des termes employés pour pouvoir les relier à des enjeux littéraires.

[Gram. 2014]

Le travail de présentation et d’analyse du sujet joue précisément un rôle essentiel puisqu’il détermine, avec la problématique, l’ensemble de la démonstration. Il ne s’agit pas d’un élagage qui consisterait à évacuer tout ce qui dans l’énoncé semble secondaire aux yeux du candidat, au risque d’un gauchissement du sens de l’ensemble. Il ne s’agit pas plus d’en paraphraser les uns après les autres les formules et les termes, au risque d’une redondance peu porteuse. S’il convient bien sûr de donner un sens et un contenu précis aux formules du sujet en restituant leurs présupposés […], l’essentiel est d’en faire apparaître la cohérence, celle d’une thèse ou d’une proposition critique qu’il s’agit ensuite de discuter.

[LMspe. 2017]

Il ne suffit pas d’identifier correctement les termes du sujet : il faut aussi en faire une analyse synthétique. Un commentaire linéaire de celui-ci, formule après formule, ne récolte que des matériaux épars. Pour les intégrer à une architecture cohérente, il faut prendre du recul et avoir une vision générale du sujet.

[LC. 2014]

Il convenait donc de lutter contre cette force centrifuge qui a conduit certains à isoler et à traiter successivement des notions, ou à réduire inconsciemment ou délibérément le périmètre et les perspectives proposés à la réflexion : il fallait au contraire donner toute sa dimension au sujet et, partant, confronter continuellement les idées fondamentales qu’il proposait pour en interroger les possibilités et les limites.

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b. Expliquer le texte et le sous-texte de la citation

[LMspe. 2018]

Avant toute chose, il convient d’embrasser la citation dans sa totalité. Le danger à éviter est d’opérer une fragmentation du sujet autour d’un mot clé, au risque de fausser la pensée de l’auteur ou d’en donner une vision réductrice. […]

Il faut donc procéder avec méthode en tentant de dégager la perspective d’ensemble (thèse) et la structure argumentative (éléments secondaires).

  • Le point de vue est-il doxal ? paradoxal ? canonique ? polémique ? ironique ?
  • Quelle est la tonalité de la citation ?
  • La citation est-elle métaphorique ? Quels sont les réseaux d’images qui font sens ? Quelle est 
la valeur heuristique des images ?
  • La citation est-elle dialogique ?
  • Quels mots appellent une définition systématique, un effort d’élucidation ?
  • Quels sont les présupposés logiques, idéologiques, culturels, historiques sur lesquels repose 
le jugement d’auteur proposé ?

Il s’agit donc de lire un point de vue, de le comprendre de l’intérieur, d’en délimiter les contours, les zones d’exclusion, de mettre en relief l’essentiel, autrement dit de cartographier la citation. Il paraît prudent de ne pas aller plus avant tant que ce travail n’est pas fait. De telle questions ont une valeur heuristique et doivent permettre au candidat de rassembler des matériaux autour desquels il pourra construire une problématique.

[LMext. 2018]

S’il faut être attentif à ce que dit le sujet, il faut tout autant « entendre » ce qu’il ne dit pas, interroger ses silences.

[LMint. 2014]

La première qualité d’une dissertation est ainsi de déplier le sujet pour en faire apparaître les enjeux.

[LC. 2018]

L’analyse du sujet permet de comprendre les présupposés du critique et les implications de sa pensée. Celle-ci ne sera pas perdue de vue tout au long du devoir.

[LMext. 2018]

Formulons ici une remarque valant conseil pour les futurs candidats : on ne saurait trop insister sur la nécessité – quel que soit le sujet proposé – de se livrer à une analyse de la citation qui en examine de près les termes clés. S’il importe de revenir sur la citation tout au long de la démonstration afin d’en assurer la dynamique, de la confronter sans cesse à sa propre lecture de l’œuvre, c’est d’abord dans l’introduction (dont on rappelle qu’elle doit reproduire intégralement le sujet) qu’il est attendu des candidats qu’ils synthétisent l’analyse du sujet, à laquelle ils se seront livrés dans leur travail préparatoire. Il ne faut jamais oublier que la citation est un texte et qu’à cet égard, il convient d’expliquer ce texte en étant attentif à sa construction, à son lexique, éventuellement au ton employé, sans pour autant s’embarrasser de remarques grammaticales et stylistiques superflues. Définir les mots du sujet – sans oublier de les mettre en relation les uns avec les autres –, c’est ouvrir leur éventail sémantique, que peuvent utilement mettre en évidence leurs points de contact avec leurs parasynonymes ou, inversement, leurs antonymes.

[LC. 2014]

La distinction des réseaux lexicaux structurants et l’examen de leurs relations, de leur proximité ou, à l’inverse, des tensions et paradoxes qu’ils entraînaient devaient fournir l’architecture du raisonnement et donc à la fois le plan et la problématique. […] une analyse stylistique de la citation n’était pas incongrue.

[LMext. 2017]

Les candidats formés que sont les agrégatifs savent que la citation proposée doit être analysée en introduction, et quantité de copies sérieuses s’acquittent scrupuleusement d’un commentaire parfois fort fouillé (et inutilement stylistique) de la déclaration [du critique]. C’est oublier, trop souvent, que l’analyse doit être combinée à la synthèse, et que la déclaration proposée, par delà sa complexité, formule une hypothèse, et même énonce une thèse à propos du texte à étudier […] la synthèse, et l’exercice dissertatoire, imposent la discussion critique de cette thèse, aussi évidemment féconde, et aussi autorisée soit-elle.

[LMint. 2014]

Il faut […] parvenir à concilier appréhension synthétique du sujet – pour l’inscrire sur le fond d’un débat plus large […] et non pour convoquer à nouveau les arguments déjà mobilisés sur cette question […] –, mais pour mesurer ensuite analytiquement la démarche critique, sa définition, son fonctionnement et son extension, son adéquation autrement dit avec le corpus envisagé. Aussi bien ne s’agit-il pas plus de simplement paraphraser le sujet que d’en prendre mécaniquement le contre-pied, et les meilleurs travaux se sont-ils distingués parce qu’ils assumaient de mener une réflexion complexe en acceptant de penser avec le sujet, plutôt que contre lui, pour précisément en interroger la démarche ; il s’agit de voir combien sont productifs les concepts mobilisés par le sujet, et non de les disqualifier a priori, afin de confronter cette intelligibilité offerte par le sujet au prix qu’il faut payer pour lui – c’est-à-dire, aussi, à ce que ses présupposés critiques rendent inaccessibles à l’analyse. La réflexion sur le sujet doit ainsi faire apparaître, de la façon la plus claire et précise possible, ce qu’il met en jeu de l’œuvre interrogée. C’est à cette condition que la dissertation peut dépasser la simple satisfaction de critères uniquement extérieurs, la caricaturale forme du faux exercice dialectique où les parties s’annulent les unes les autres, pour fonder une connaissance réfléchie et témoigner des qualités de culture et de jugement qui font l’idéal du métier enseignant.

⇒ [LMspe. 2019]

Le premier travail du candidat, face à un sujet de dissertation, doit être d’en fournir une lecture complète et très attentive, qui est une véritable explication de texte portant sur les quelques lignes du sujet : sans cette étape liminaire cruciale dans le travail, la réflexion, mal cadrée, risque de dériver vers des domaines hors-sujet. En déterminant au contraire avec rigueur et précision la portée et le sens des termes du sujet, le candidat peut s’assurer d’en donner un traitement complet, qui va lui permettre de bâtir une argumentation ferme et un plan de dissertation fortement ancré sur le sujet. Ce travail doit ainsi interroger la citation sous plusieurs angles :

  • qui en est l’auteur et quel est le contexte de la citation ?
  • quel en est le propos général, et sous quel angle l’œuvre littéraire au programme (poétique, stylistique, appartenance générique, création, réception…) se trouve-t-elle interrogée ? A quel niveau de l’œuvre, macro- ou microstructurel, la réflexion s’adresse-t-elle ?
  • quel est le ton de la citation, son effet général ? Est-elle prescriptive, sérieuse, ou encore ironique ?
  • quel rapport l’auteur entretient-il avec son énoncé ? Affirme-t-il fortement ses idées ou présente-t-il plutôt des hypothèses de réflexion, différentes propositions qui se reprennent et se corrigent, faisant apparaître de légères distorsions ?
  • quelle est la structure générale de l’exposé, sa composition, ses différents moments ? Ici commence un commentaire détaillé, qui doit être attentif à la manière dont les idées sont construites dans les quelques lignes qui sont découpées ; il s’agit de repérer un cheminement logique, des temps de la réflexion, éventuellement des failles dans l’enchaînement des idées.
  • quels sont les termes centraux qui appellent une définition rigoureuse et riche? En déterminant les termes les plus importants et leur articulation, il est possible de commencer à résumer la citation pour en faire un fil argumentatif qui sera discuté durant l’ensemble du devoir.
  • quelles sont les principales images de la citation ? Il convient enfin de s’attarder sur les images que contient la citation, en les faisant jouer pour enrichir la lecture de l’ensemble, en tentant de définir ce que l’auteur a voulu pointer en les employant.
  • quels sont les présupposés qui sous-tendent le jugement de l’auteur, de quelque nature qu’ils soient (historiques, idéologiques) ?

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c. Entendre avec justesse la thèse nuancée d’autrui

[LC. 2015]

Une dissertation est l’occasion de s’interroger ; quel que soit le sujet, le candidat est jugé sur sa capacité à comprendre la pensée d’un autre, à construire dans son sillage une réflexion de fond et à développer cette dernière de manière habile et claire. Les futurs enseignants recrutés par ce concours devront être en mesure d’écouter des élèves dont les points de vue, hétérogènes, sont parfois déroutants, puis de tenir face à ces avis un discours cohérent, étayé et construit mettant en œuvre des connaissances. Une véritable souplesse intellectuelle à l’égard de la citation du sujet et une bienveillance de principe sont donc requises pour pouvoir commencer à travailler.

[LMint. 2017]

Le jury a pu être surpris de lire certaines copies qui s’acquittaient trop légèrement de l’analyse du sujet. C’est une phase décisive, qui commande tout le reste du travail, et a pour tâche de constamment situer le propos vis-à-vis de la thèse exposée par la citation.

 [LMext. 2015]

Mieux vaut s’engager courageusement dans l’examen personnel du sujet, et d’abord s’étonner devant telle ou telle formulation. Il importe de ne pas se précipiter et de ne pas comprendre trop vite. Les propos que l’on propose à la discussion n’expriment pas quelque vérité intemporelle tombée du ciel. Ils doivent être analysés, remis dans leur contexte, et perçus comme des points d’interrogation. Ainsi se découvre la spécificité d’un point de vue. Analyser le sujet équivaut à une remise en perspective de ce que l’on croyait savoir sur les œuvres mises au programme. […] Il est toujours dangereux, dans l’analyse du sujet, d’isoler telle ou telle expression […] au détriment de l’ensemble. Il est plus judicieux au contraire de chercher à établir des relations entre les mots et les concepts, ne serait-ce que pour mieux souligner les points de friction, et donc l’aspect problématique de l’énoncé.

 [Gram. 2015]

C’est courir à l’échec et à une piètre note que de se détourner de l’analyse et de l’étude du sujet précis, d’orienter la citation vers une autre dissertation, déjà effectuée, un exposé présenté ou une fiche de lecture. Analyser une proposition critique, ce n’est ni se contenter de décrire l’agencement de ses constituants, ni s’autoriser à la réduire à une autre proposition jugée voisine.

[LC. 2016]

Ainsi, les bonnes copies n’ont pas confondu nuance et contradiction. […] de l’analyse précise de la citation dépend la réussite de la dissertation, car elle permet de mettre en évidence non seulement la thèse défendue par le critique, mais aussi les points d’achoppement, sujets de discussion, lacunes à élucider, blancs à explorer et à développer qui fourniront les bases des deuxième et troisième parties. Cette étape peut donc constituer jusqu’à un tiers du temps de préparation.

[LMext. 2016]

[L’analyse] doit permettre d’identifier une thèse proprement dite qui, de façon plus ou moins consciente, s’oppose – puisqu’il s’agit d’une thèse –, à une autre manière de lire l’œuvre en question, qu’il faut caractériser également avec précision.

 [LMext. 2017]

[Une « procédure d’évitement » :] ce qu’on pourrait nommer la variation libre fallacieusement adossée à la citation. Celle-ci est conçue seulement comme un répertoire de formules qu’on invoque, plus ou moins allusivement, au fil de l’exposé. C’est bien encore là, malgré les apparences d’une conformité scrupuleuse aux exigences rhétoriques de l’exercice, une procédure d’évitement de la dissertation : celle-ci suppose en effet, non pas simplement la production d’une synthèse articulée, fût elle émaillée d’invocations des termes du sujet, mais l’examen critique d’une affirmation ambitieuse à propos du texte étudié.

 [Gram. 2019]

D’un point de vue formel et méthodique, l’introduction doit proposer une analyse minutieuse du sujet. […] Il importe, en effet, de s’engager courageusement dans son examen personnel, de ne pas se précipiter et de ne pas glisser trop vite sur ce qui peut paraître à première vue évident. Les propos doivent être analysés avec le plus grand soin, remis dans leur contexte et confrontés les uns aux autres. De là émerge un questionnement qui permet d’envisager les œuvres de façon singulière. L’analyse du sujet, qui n’est pas une fin en soi, est en effet conduite de manière à mener à une problématique explicitement énoncée, suivie d’une annonce de plan tout aussi explicite.

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2. Problématique

[LMext. 2019]

Il y a plusieurs questionnements possibles, pour autant qu’ils prennent en compte et ne perdent jamais de vue la perspective initiale, contraignante : la citation à discuter.

[LMint. 2018]

Malheureusement, des copies sont rédigées sans la formulation d’une problématique. Or, une problématique claire et bien amenée est évidemment une nécessité.

[LC. 2015]

Les termes du sujet sont donc à définir clairement, puis à confronter les uns aux autres, de manière à faire émerger un questionnement qui conduira à une problématique claire. Elle constituera l’armature du devoir, en fixant une direction de travail. Or un tel idéal ne peut advenir que si les termes du sujet ont été définis avec le plus grand soin. Si cette condition n’est pas remplie, le candidat court le risque de présenter une problématique très confuse, voire inexistante. Dès lors, le plan, lui-même peu tenu, s’en ressent et s’engage vers des directions incompréhensibles, contradictoires voire interchangeables d’une partie à l’autre.

[LMint. 2015]

Il ne s’agissait pas […] de procéder à un simple décalque du sujet, mais de tenter une approche dialectique, c’est-à-dire d’élaborer une réflexion qui « déplie » le sujet pour mieux le discuter et construire à partir de lui un cheminement intellectuel personnel. Rappelons à ce propos que la formulation de la problématique, en introduction, ne peut être la reprise, sous forme interrogative, de l’idée de la citation. […] Il s’agit de dégager de la citation un questionnement pertinent et d’éviter toute problématique factice (comme : « nous nous demanderons dans quelle mesure cette citation éclaire la lecture [de l’œuvre au programme]»).

[LMext. 2017]

Ce qu’on appelle, pour les besoins du cours de méthodologie, la « problématisation » n’est donc pas le produit d’une obscure alchimie qui aboutirait à une question à la syntaxe alambiquée et douée du pouvoir magique de tout concentrer en cinq lignes. Bien souvent, cette phrase se réduit par sécurité à la simple et inutile reformulation interrogative de l’affirmation portée par la citation, ou se révèle confuse et, in fine, demeure en réalité lettre morte. On préférera donc que la problématisation soit comprise comme la confrontation claire de la thèse proposée aux objections que le bon sens et un esprit lucide se doivent de lui opposer pour montrer ce qu’elle présente de difficile à penser.

[LC. 2014]

Ce cheminement, de l’analyse à la synthèse, mène à la formulation de la problématique par le biais d’une interrogative, qu’elle soit directe ou indirecte. Il importe que cette dernière saisisse en un seul mouvement tous les mots-clés du sujet : c’est la condition fondamentale de sa pertinence et de sa juste dimension. On évitera donc la démultiplication de questions qui perdent le lecteur dans un labyrinthe herméneutique. On se gardera également des interrogatives partielles (« En quoi… ? », « Comment… ? »,) qui semblent immédiatement valider l’intégralité du sujet sans mettre en question ses termes mêmes et ses implicites. On leur préférera une question totale ou, le cas échéant, une interrogative partielle débutant par « Dans quelle mesure… ? », qui ouvre une délibération et engage donc à l’évaluation équilibrée d’au moins deux possibilités de réponse.

[Gram. 2018]

Rappelons que la problématique n’est pas censée formuler par avance des antithèses, mais interroger précisément l’idée exprimée par l’auteur.

 [LMext. 2018]

Il importe que le raisonnement soit fermement tenu par un fil cohérent qui conditionnera le plan et vers lequel convergera toute la démonstration.

[LMspe. 2018]

Si la dissertation ne saurait se passer d’un dessein d’ensemble, elle n’est pas pour autant synonyme de généralités ou grandes idées plaquées. Il faut donc sans renoncer au dessein d’ensemble réussir à faire vibrer le plus possible les harmoniques de la citation, et ce jusque dans ses plis et replis.

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3. Plan

a. Exigence de clarté et de progressivité

[LMint. 2018]

Rappelons fermement que la composition française doit mettre en avant des parties claires et progressives.

[Gram. 2016]

Pour ce qui concerne la composition française, [il faut] veiller à la clarté dans l’organisation, la progression.

[LC. 2014]

Le plan thématique […] n’était pas plus judicieux. […] Insistons sur ce point : la décision de vriller le sujet pour le ramener vers des terres plus connues et débiter des cours certes appris mais ici inappropriés produit un très mauvais effet sur le correcteur. Sapere aude, donc : mieux vaut faire l’effort honnête et courageux de traiter, même avec difficulté, le sujet que refuser d’aborder l’obstacle.

Le développement doit exprimer le mouvement d’une pensée qui progresse, allant jusqu’à réinterroger les termes et idées du sujet. […] On encourage également les candidats à ne pas succomber à la trop évidente facilité d’une troisième partie fondée sur la théorie de la réception et sur le rôle actif accordé au lecteur.

[LC. 2018]

Le début [des] paragraphes formule clairement l’idée qui y sera développée. Des transitions assurent le passage d’une partie à l’autre. Le devoir se doit d’être équilibré.

[LC. 2015]

Il convient […] de ménager des transitions, afin de rendre plus vives et pertinentes les articulations des idées entre elles. Le fait de récapituler les points les plus importants en fin de partie peut également être un conseil à suivre, pour d’évidentes raisons de clarté.

[LMext. 2018]

On insistera sur la nécessité de proposer une démonstration nette et rigoureuse. Les candidats ne doivent jamais oublier que leurs correcteurs sont des lecteurs, qu’ils doivent guider tout au long de leur devoir, sans jamais risquer de les perdre.

[LMint. 2018]

Le plan que nous proposons infra est un plan progressif (analyse de la thèse, contradiction et dépassement) mais d’autres plans, tout à fait pertinents et logiques pour traiter le sujet, ont été proposés dans de très bonnes copies. Mais attention, trop de candidats ont proposé des plans illustratifs (une partie pour chaque phrase de la citation) sans jamais envisager de contradiction ou de dépassement. Cela a été sanctionné.

[LMspe. 2018]

Le plan doit constituer un itinéraire découlant des questions problématiques et destiné à mettre en évidence la qualité de la réflexion du candidat.

[Gram. 2019]

Loin de masquer les difficultés du sujet, le candidat doit les souligner et s’interroger, en montrant bien le cheminement de sa pensée et l’élaboration de sa démarche intellectuelle.

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b. Le reflet d’une pensée cohérente et unifiée

[LMint. 2014]

Le plan (qui ne doit pas comporter de titre […]) doit être clair, s’articuler rigoureusement à la problématique à laquelle il répond et dialoguer de façon précise avec le sujet. Il doit ainsi, sans cesse, revenir à la fois au sujet et au texte qu’il est appelé à mobiliser de la façon la plus exacte ; c’est dans sa capacité à penser l’un avec l’autre que se décident sa pertinence et son efficacité. Il doit donc mettre en œuvre une progression qui réponde à la problématique choisie ; clair et logique, héritier de la disputatio, il peut avancer de façon dialectique ; il doit en tout cas accepter d’envisager les questions de façon contradictoire. Mais sa grande qualité est bien d’enchaîner rationnellement les idées ; ainsi, un bon plan ne doit pas se prêter à des manipulations indifférentes et voir ses parties ou ses sous-parties permuter ; c’est toujours en s’appuyant sur ce qui a été élaboré au préalable que progresse une dissertation bien menée, à jamais irréductible à la juxtaposition paratactique de développements autonomes : il constitue, à lui seul, le vrai mouvement de pensée qui donne sa force de conviction au travail. Cela signifie aussi que chaque sous-partie doit commencer par une idée, non par un exemple, car ce sont bien les idées qui organisent le plan ; ce sont elles également qui concluent chaque sous-partie, une fois précisées et nuancées par l’analyse qui a été menée sur les exemples.

[Gram. 2014]

L’ensemble de la composition française doit […] fonctionner comme une prise de position par rapport au sujet : il est donc indispensable [de] faire référence [au sujet] tout du long et, au moins à ces moments décisifs que sont les transitions, de faire état de ce qui dans le sujet doit être validé, nuancé ou modulé. Autrement, le risque est grand de faire se succéder des paragraphes discontinus qui fonctionnent comme une juxtaposition de leçons indépendantes qui, au final, ne démontrent pas grand chose.

[LMext. 2014]

La règle d’or de la composition française : ne pas jamais perdre de vue [le] sujet. On le sait bien, de chaque paragraphe que l’on écrit, il faut se demander : quel est son lien exact au sujet ? Trop de copies l’oublient peu à peu, ce sujet, si bien que la deuxième partie est moins bonne que la première, et la troisième, trop souvent réduite à un fourre-tout, moins bonne encore que la deuxième. Ces copies en pente descendante laissent évidemment les correcteurs sur une sombre impression.

[LC. 2016]

Nous conseillons aux candidats de revenir régulièrement dans le cours du développement aux mots du sujet, afin de ne pas le perdre de vue. Tisser les mots du sujet au fil de son raisonnement permet de relier explicitement son propos à celui-ci et de limiter le risque de s’en écarter.

[LMint. 2015]

Le corps du devoir proprement dit a pour objet de développer soigneusement et méthodiquement les idées, les arguments et les exemples régis par la problématique. L’intention doit être démonstrative, il faut donc procéder en avançant des arguments convaincants ; cette force de conviction ne peut l’emporter que si les arguments sont d’une part bien choisis, d’autre part étayés d’exemples – ces derniers étant empruntés à l’œuvre ou aux œuvres au programme

[LC. 2015]

Les candidats se garderont également, dans une autre mesure, de multiplier par pur pédantisme des séries de références qui ne font pas progresser le raisonnement, mais semblent disposées à dessein pour faire montre d’un vernis de savoir : en somme, là encore l’objectif est manqué, puisque tout le volume de texte passé à démontrer qu’on est savant n’aura traité le véritable sujet que de fort loin.

En revanche, le jury aura apprécié les copies qui pouvaient citer de manière équilibrée les deux pièces au programme, sans diviser le propos entre […] une partie du devoir [pour chaque œuvre]. C’était l’une des difficultés du sujet, que de s’imposer une étude parallèle des deux pièces, à considérer conjointement dans un travail de synthèse qui empruntait ses exemples ici et là. L’oubli ou l’étouffement de l’une des deux œuvres, voire l’absence d’un personnage majeur dans la réflexion du devoir […] était nécessairement fort dommageable à l’évolution de l’ensemble, parfois simplifié ou schématisé faute d’une prise en compte de tous les éléments dramaturgiques dans leur complexité.

[LC. 2015]

On ne saurait trop recommander d’accorder une véritable importance à l’ordonnancement des idées : il est habile de préserver les plus intéressantes pour la fin du devoir, non sans avoir disposé les éléments les plus évidents ou les plus essentiels au début, puisque ces idées tiendront lieu de fondations. Il serait fort maladroit, par exemple, de n’évoquer tel élément essentiel de la citation du sujet […] qu’en fin de troisième partie – l’élément paraîtrait égaré et à peine sauvé de l’oubli. Tout aussi malencontreux serait le choix de consacrer un paragraphe par personnage, en inventoriant les uns après les autres tous les personnages des deux pièces. Un tel essaimage serait contraire à l’esprit de synthèse attendu dans une dissertation. Le soin apporté au plan évitera des développements redondants ou répétitifs, ou des devoirs qui ne commencent à traiter le sujet qu’à partir de leur cinquième page.

[LMint. 2015]

Rappelons que le plan est affaire de mouvement et non d’accumulation de paragraphes. Il rend compte du parcours d’une pensée, celle du candidat, qui se confronte au point de vue d’un critique. Ce parcours doit être l’occasion de l’élaboration d’une réflexion, riche, personnelle, nuancée, étayée. Cette réflexion commence communément par rendre compte d’un point de vue […] avant de le discuter puis de résoudre la tension mise en place en cherchant un autre point de vue, c’est-à- dire en modifiant la perspective sans perdre de vue le propos.

[LMspe. 2018]

Le devoir doit refléter un parcours personnel. De ce point de vue, la composition française est avant tout une pensée vivante, dynamique, qui met à l’épreuve critique un point de vue, passé au crible de l’œuvre au programme sur laquelle porte le sujet. Il convient donc d’utiliser la citation comme fil d’Ariane, tout au long du devoir. Cette dernière n’est pas un prétexte et chaque partie devra y revenir, pour chercher à en découdre avec elle. La composition française est donc un texte / tissage ; aussi faut-il s’efforcer de ne perdre de vue ni le fil de la citation, ni la problématique. C’est le rôle décisif des seuils de partie et des conclusions partielles des I, II & III que de rappeler ce lien, de faire en sorte que l’architectonique du devoir soit en permanence visible et intelligible. Trop de candidats semblent se débarrasser de la citation en introduction, pour ne plus y revenir, et le devoir procède alors de façon artificielle, par juxtaposition de savoirs, plutôt que par un réel effort de dialogue avec un point de vue qu’il ne faut pas craindre d’affronter, dans sa cohérence, et dans ses replis. Le dialogue avec la citation doit donc être constant.

Enfin, il paraît raisonnable de s’en tenir à un plan classique, à condition de ne pas fragmenter la citation et de l’embrasser dans sa cohérence. I – Thèse (cette première partie analytique doit néanmoins être fortement problématisée et non pas platement illustrative). II – Limites et nuances. III – Dépassement et nouvelle mise en perspective à une autre échelle (recours à un élément tiers qui reconfigure la donne initiale, par exemple en remontant au substrat ou présupposé logique de la thèse, pour le contester et proposer un autre présupposé amenant à relire autrement la thèse, à la décentrer).

[LMint. 2019]

[…] les plus mauvaises copies fragmentent le sujet, en envisageant séparément les termes mis en tension par [la citation].

[LMspe. 2019]

[…] dans la conduite du développement, le jury invite les candidats à bien expliciter la ligne argumentative pour la rendre perceptible au correcteur : elle doit être soutenue par une structure rhétorique du propos, explicitée par l’annonce du plan en introduction, relayée par des transitions entre les parties, nettement rendue par la formulation des idées en début de paragraphe.

[…] La structure même de la composition française doit refléter [la] lecture critique de la citation, en adossant chacune de ses sections et de ses réflexions aux termes du sujet : […] dans […] développement, chaque paragraphe, centré autour d’un argument et d’exemples, doit pouvoir être nettement relié à des expressions du sujet, qu’il illustre, discute, ou encore dépasse : tout le devoir doit ainsi être tressé autour de la citation, dont tous les aspects doivent être abordés, dans une réflexion personnelle et originale qui viendra discuter la thèse proposée.

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c. Du bon usage des (trois) parties

[Gram. 2018]

Il faut éviter l’erreur de méthode qui consiste à reprendre en troisième partie un aspect de la première ou de la deuxième thèse, ou de mélanger ces dernières : un plan de dissertation organise l’articulation de trois idées distinctes et cohérentes, clairement annoncées au début de chaque partie. Certains développements deviennent hétéroclites ou reprennent des arguments ou exemples déjà donnés. Il faut résister aussi jusqu’au bout à la tentation du hors-sujet.

[LMint. 2016]

Le jury […] s’est de façon générale montré ouvert en ce qui concerne la construction argumentative de la composition, pourvu que celle-ci parvienne à éclairer les divers aspects du sujet en respectant la démarche de l’exercice dissertatif. Cependant, restent absolument irrecevables les plans qui se contentent de scinder la citation en trois parties pour les illustrer successivement.

[LMext. 2018]

Plusieurs trajectoires étaient possibles, selon l’angle adopté pour aborder le sujet et la logique démonstrative choisie pour l’expliciter, le nuancer et le discuter. Deux types de plan ont été proposés par les candidats : (I) le plan dialectique traditionnel – qui a la faveur de la majorité d’entre eux ; (II) un plan dont les deux premières parties vont dans le sens de la thèse pour ensuite la discuter et en dépasser les apories dans la troisième partie. Une telle démarche se justifie tout à fait dès lors que les candidats estiment que le point de vue proposé nécessite d’être pleinement déployé. Il convient simplement de prendre garde à ce que la démonstration progresse d’une partie à l’autre et que la troisième partie ne se contente pas de récuser purement et simplement la thèse au risque que la démonstration n’aboutisse à un mur. Dans tous les cas, il est nécessaire que la démonstration soit mue par une dynamique dialectique : un sujet de dissertation propose toujours un point de vue qui prétend à l’universalité mais qui est toujours partial et donc partiel. Admettre, un temps du moins, la validité de la thèse est un préalable nécessaire à sa discussion. Celle-ci doit se garder d’être dans la contestation brute, au risque de manquer de nuance et d’être dans la pure contradiction. Mais la difficulté du sujet résidait surtout dans le risque de proposer une deuxième partie passant en revue les plus « hauts sens » [de l’œuvre au programme], au sein d’un développement descriptif et peu problématisé se cantonnant à la récitation de fiches de cours plus ou moins bien assimilées. […] La troisième partie est sans doute la plus délicate à élaborer. Il faut se garder d’en faire une partie « fourre-tout » et prendre soin de rester rigoureusement dans le périmètre du sujet en prenant appui, encore et toujours, sur les mots de la citation pour les envisager autrement, élargir leur champ d’application.

[LC. 2016]

Force est de constater que plusieurs candidats font l’économie d’une troisième partie et/ou construisent leurs deux premières parties en commentaire fractionné de la citation […]. Ce plan simpliste ne respecte pas l’esprit de l’exercice, car il étaye la thèse sans proposer de discussion.

[LC. 2018]

Les trois temps de la résolution du problème posé par le jugement soumis à la discussion font entendre pleinement la voix du critique, celle du « disserteur » qui met en débat le propos, pour laisser la place à une approche personnelle, éventuellement en se situant sur un autre plan.

[LMint. 2014]

La dispositio en appelle aux mêmes qualités de réflexion et d’exposition qui font le mérite des enseignants : l’organisation de l’argumentation ne pouvait ainsi ni procéder trop sommairement en décalquant le sujet […] ni s’en éloigner avec trop de désinvolture en le remplaçant par une question de cours générale […]. Rappelons donc que si la dissertation se doit de construire une réflexion ambitieuse et équilibrée, c’est bien parce que la question posée appelle une écoute généreuse et impose un développement laissant sa pleine mesure à la richesse des enjeux abordés : pour finalement s’éloigner de la thèse considérée ou pour la rejoindre, on aura toujours intérêt à faire le pari de l’intelligence du sujet – lectio difficilior potior, pour détourner la formule des philologues. Les canoniques trois parties de l’exercice n’ont pas d’autre légitimité que de permettre et presque de formaliser cette complexité, dans l’exposition même des idées, complexité imposée à la fois par l’œuvre étudiée […] et par le phénomène considéré.

[LC. 2015]

Les différentes parties du plan doivent se répartir de manière équilibrée : une volumineuse première partie, suivie d’une deuxième partie de taille moyenne, couronnées par une troisième partie indigente formeront un ensemble problématique, qui ne réservera que de mauvaises surprises. Rappelons que la maîtrise du temps limité fait partie des difficultés de l’exercice.

[LC. 2014]

L’exigence d’équilibre doit également primer, tant dans l’espace alloué au traitement des exemples au regard de celui dévolu à l’analyse critique, que dans le développement des différentes parties.

[LMext. 2019]

La dissertation doit simplement prendre la forme d’une démonstration avec son point de départ, son point d’arrivée. peu importe qu’elle comporte deux, trois ou quatre parties, dès l’instant où elle est ce trajet. Pas davantage on ne doit se sentir obligé d’adopter un plan dit « dialectique ». En l’occurrence, ceux qui s’y sont essayés ont plutôt mal réussi, faute d’une compréhension suffisante du sujet […] Ils en arrivaient ainsi à ce qui aurait dû être leur point de départ.

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4. Conception des seuils

a. Introduction

[LMint. 2014]

Il convient d’apporter un soin scrupuleux à l’introduction qui ne saurait se confondre avec le commentaire stylistique, syntaxique ou littéraire du sujet. Après une amorce qui peut – sait-on jamais – donner au correcteur l’envie d’affronter avec joie la copie qui commence, et qui gagnera sans doute à manifester la culture personnelle du candidat, il est utile d’indiquer dans quel paysage s’inscrit le sujet, c’est-à-dire d’indiquer le thème qu’il aborde, le problème par rapport auquel il prend position, éventuellement la situation depuis laquelle cette position est construite On pourra alors citer le sujet, intégralement et de préférence d’une traite, avant d’en reformuler le propos synthétiquement ; cela permet de clarifier son étendue et de manifester le surplomb avec lequel on le considère. Puis vient le moment de l’analyse, pour faire apparaître, au-delà de la logique d’ensemble du sujet, les inflexions particulières que vient lui donner l’emploi de certains concepts qu’on s’attachera à définir et à évaluer […] ou clarifier tel ou tel trait du raisonnement suivi […]. Cette analyse débouche sur la formulation d’une problématique nette, qui révèle la difficulté portée par le sujet – il convient de construire la réflexion autour de ce problème central, et il n’est en aucune façon indiqué de multiplier des pistes différentes ; la dissertation s’accommode assez mal d’une logique centrifuge. Enfin, la [fin de l’introduction] doit annoncer le plan, qui doit éviter la Scylla d’un bavardage exhaustif formulant parties et sous-parties, comme la Charybde d’un énoncé lapidaire et obscur. La difficulté de l’introduction est bien entendu de lier chacune de ces étapes entre elles, pour ne pas donner l’impression qu’elle est éclatée en des tronçons successifs, mais bien en manifester la logique profonde.

[Gram. 2017]

Rappelons quelques évidences : une citation longue ne se recopie pas intégralement mais se reprend par fragments accompagnés de leur commentaire ; il vaut mieux éviter de parasiter l’introduction par trop de citations étrangères ; et privilégier la formulation de la problématique dont la tension donnera son mouvement à la pensée, donc à l’ensemble de la composition.

[LC. 2014]

L’amorce doit être à la fois précise et pertinente, et mener rapidement à la thématique principale abordée par le sujet : on se gardera donc des banalités décevantes et l’on s’efforcera de serrer au plus près le cœur du sujet.

[LC. 2015]

Dans l’introduction le jury est en droit d’attendre une analyse détaillée du sujet, laquelle n’est pas une fin en soi, mais est conduite de manière à mener à une problématique explicitement énoncée, suivie d’une annonce de plan tout aussi explicite. Ce moment décisif du devoir doit permettre au correcteur de comprendre comment le candidat a envisagé le sujet, mais aussi de saisir quelle thèse constituera le cœur du devoir.

[LC. 2015]

Une copie qui montre dès l’introduction qu’elle sait aller à l’essentiel en sélectionnant, sans les brusquer, les éléments pertinents provoque d’emblée une impression favorable.

[LC. 2016]

L’introduction n’est donc pas un passage à négliger pour arriver au plus vite au développement. Elle conditionne la réussite de l’ensemble de l’exercice ; il est donc tout à fait légitime qu’elle se déploie sur au moins deux pages.

 [Gram. 2018]

Si le texte de la citation doit être analysé avec soin, certaines introductions sont excessivement longues, et l’on s’égare parfois dans l’exégèse des images du [sujet]. Il s’agit, ne l’oublions pas, de parvenir à une problématique précise, attestant une conscience des enjeux qu’implique le sujet.

[LMspe. 2019]

La structure même de la composition française doit refléter [la] lecture critique de la citation, en adossant chacune de ses sections et de ses réflexions aux termes du sujet : ainsi, l’introduction, après un rapide préambule qui amène le sujet, doit recopier ou résumer la citation, avant d’en proposer une analyse qui fera ressortir ses principaux enjeux. Cette étape doit mener à la formulation d’une problématique, qui rassemble et surplombe en une question les enjeux préalablement dégagés et hiérarchisés à la fin de l’analyse de la citation ; enfin, il convient d’annoncer le plan afin de faciliter la lecture de l’argumentation qui va suivre.

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b. Conclusion

[LC. 2015]

La conclusion a pour fonction de rassembler soigneusement les idées principales en rappelant ce qu’elles apportent à la réflexion d’ensemble sur le sujet. Elle peut envisager d’ouvrir la perspective à d’autres œuvres de l’auteur ou de la période, voire du genre littéraire dont il est question.

[LC. 2014]

On attend de la conclusion qu’elle synthétise l’essentiel de la réflexion en signalant les éléments du sujet validés et ceux qui ont été discutés, voire infirmés pour être prolongés ou réorientés. Le lecteur doit y trouver la réponse claire au questionnement proposé en introduction. Cet aboutissement ne constitue pas une clôture : une ouverture finale est bienvenue si du moins elle ne paraît pas artificielle.

[LC. 2016]

Rappelons que la conclusion ne doit pas être confondue avec un (long) résumé des idées défendues dans le développement, pas plus qu’elle ne doit revenir sur la thèse et sa définition. Elle doit permettre au candidat une prise de recul par rapport à la discussion du sujet afin d’en tirer un bilan sur les enjeux qu’elle a permis d’éclaircir. Elle peut être le lieu d’une ouverture à d’autres œuvres de l’auteur ou d’autres œuvres de la même période.

[LC. 2018]

La conclusion ne saurait se réduire à un simple résumé du devoir. Moment fort qui fait entendre la note finale, elle apporte une réponse à la question posée.

[LMint. 2014]

La conclusion, qui répond définitivement à la problématique posée, n’a pas besoin d’être excessivement développée : elle est un moment de synthèse, et doit réaffirmer le surplomb que l’on attend d’un bon candidat par rapport au sujet, mais aussi à sa réflexion elle-même. On évitera ainsi de finir par une citation, qui donnerait l’impression que la réflexion est programmée par un point d’arrivée préexistant au travail (et si le résultat préexiste à la réflexion, à quoi servait-il d’écrire autant de pages ?) L’ouverture n’est pas indispensable : elle se révèle même contre-productive quand elle mobilise un élément sans pertinence aucune quant au sujet – ou, pire encore, un élément si pertinent qu’on ne peut que se demander pourquoi il n’était pas présent auparavant.

 [Gram. 2018]

Les difficultés dans la gestion du temps ne peuvent justifier que soit négligée la conclusion, qui est l’aboutissement de tout un raisonnement. Les correcteurs éprouvent alors l’impression que le candidat se débarrasse d’une formalité, ce qui ne peut manquer de ternir l’impression que le développement a pu leur laisser.

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IV. Rédaction

1. Un critère d’évaluation à ne pas négliger

[LMint. 2017]

Dans un concours adressé à des professeurs de français, le jury ne peut qu’être sensible à la qualité de l’expression, et les développements qui allient à la finesse des analyses l’élégance de la formulation sont évidemment évalués avec un surcroît de bienveillance. Mais surtout la rédaction est, en soi, un art de la pensée : les transitions entre chaque paragraphe marquent les grandes articulations du raisonnement ; au sein de chaque paragraphe, le passage du discours général à l’illustration permet de mettre en évidence la signification précise accordée à chaque exemple et la lecture qui est ainsi construite [de l’œuvre au programme]…

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2. Question de lisibilité

[LC. 2014]

Débutons par une évidence : une copie, pour être facilement et pleinement comprise, doit être lisible. À ce titre, une graphie correcte et une mise en page aérée et claire constituent des exigences fondamentales. Or l’on a encore déploré cette année des copies dont la présentation – graphie confuse et tassée, manque d’aération de l’écriture, … – nuisait à la compréhension.

[LC. 2015]

En ce qui concerne les critères formels de présentation de la copie, de lisibilité des paragraphes et de la calligraphie, il semble évident que seize pages pleines de ratures et écrites comme un brouillon seront difficiles à lire.

[LC. 2018]

Même « à grand renfort de bezicles », les correcteurs, qui ne sont pas des Alcofribas, ne sauraient déchiffrer une copie « escripte au long de lettres cancelleresques ». La graphie doit être lisible.

[LMext. 2018]

[Il faut avoir à cœur de ne pas perdre son lecteur :] Cela passe tout d’abord par le soin à apporter à la présentation matérielle de la copie, qui se doit d’être lisible et rédigée dans une langue claire et non fautive.

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3. Conventions de mise en page

[Gram. 2014]

La note la plus basse [2] a été donnée à un travail qui ne respecte pas les règles de la dissertation puisqu’il se présentait davantage comme un exposé, avec les mentions « introduction » et « conclusion » (dûment soulignées qui plus est), des I, II, III, A, B, C, D, etc., au lieu d’une articulation souple.

[LC. 2014]

Peu importe le système typographique adopté par le candidat (une ou deux lignes, des astérisques ou non…) pour distinguer parties et sous-parties, pourvu que sa structuration et sa hiérarchie fassent sens. On rappellera également ici que toute sous-partie doit se composer d’au moins deux paragraphes dont chacun doit s’ouvrir par un alinéa rentrant.

[LC. 2015]

Le candidat doit prendre soin de préserver des alinéas pour séparer les paragraphes, pour distinguer au mieux les différentes parties de son raisonnement.

[Gram. 2015]

En ce qui concerne la forme, de nombreuses copies présentent des paragraphes beaucoup trop longs ou trop compacts. Les alinéas, censés structurer le propos et en faciliter la lecture, ne sont pas toujours utilisés à bon escient. Pour qui veut enseigner, la disposition, pas seulement le plan général, est importante pour se faire comprendre avec netteté.

 [LC. 2017]

Que les candidats soient bien conscients qu’un lecteur dérouté s’épuise souvent à vouloir retrouver le fil dont on l’a privé. Il convient donc de l’accompagner dans sa pérégrination, et sans nécessairement lui tenir la main d’éclairer au moins ses pas. Cela pourra se faire avec tact et souplesse, mais il est important que l’œil, en même temps que l’esprit, identifie pour s’y reposer ce moment de respiration, de pause et de rebond ; il est donc vivement conseillé de l’encadrer d’un saut de ligne et de lui consacrer l’espace d’un paragraphe propre.

[LC. 2018]

Il faut que les différentes parties du devoir apparaissent nettement grâce à une disposition aérée : la structure doit être évidente pour l’œil. Trop d’air nuit aussi : on ne saurait aller à la ligne systématiquement, une dissertation ne multiplie pas les paragraphes.

[LMext. 2018]

Par ailleurs, si les grandes articulations de la dissertation doivent être typographiquement marquées par des sauts de lignes et des alinéas, elles doivent surtout l’être dans ces moments essentiels que sont les introductions et conclusions partielles. Ces dernières, qui synthétisent les acquis de chaque partie et font retour sur la problématique autant que sur la citation elle-même, sont des lieux de transition qu’il faut tout particulièrement soigner.

[LMint. 2015]

De même, le jury apprécie que le candidat respecte les règles d’usage de la typographie : le titre d’un poème est entre guillemets quand le titre d’un recueil est souligné, un passage à la ligne doit être marqué par un alinéa, il n’y a pas de majuscule après deux points.

[Gram. 2019]

Enfin, en ce qui concerne les critères formels de présentation de la copie et de lisibilité, il est évident que les ratures et une écriture peu soignée entravent la lecture de la copie. Les abréviations quelles qu’elles soient sont à proscrire : le jury a été particulièrement surpris de trouver les titres des œuvres sous forme abrégée.

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4. Longueur de la copie

[Gram. 2014]

Il ne s’agit pas bien entendu de noter au nombre de pages mais il n’est guère admissible que les sept heures allouées (et après un an de préparation) ne permettent pas à des candidats arrivés à ce niveau d’études de réfléchir au sujet, de l’expliciter, de l’illustrer et de le discuter.

[LC. 2014]

Le jury a regretté le nombre conséquent de copies brèves : la longueur moyenne n’a pas dépassé dix pages. Si l’on ne peut évidemment en dégager d’appréciation globale sur la qualité de ces copies au format réduit, force est cependant de constater qu’il est difficile de déployer une pensée riche et complexe en quatre pages.

[LC. 2017]

Et si l’on ne peut évidemment réduire la qualité d’une dissertation à sa dimension, reconnaissons qu’il est difficile de présenter et développer une réflexion riche et personnelle, après sept heures de travail, en quatre ou cinq pages.

[LMext. 2017]

Trop de copies, dont les premières lignes ne trahissent pourtant aucune incapacité coupable, s’achèvent avant la quatrième page, sous l’effet d’un découragement ou d’une crainte que rien ne justifie.

[LC. 2015]

Le développement progressera de manière ordonnée, sans précipitation, mais sans longueur excessive non plus. Telle copie de vingt pages ne sera pas nécessairement mieux notée qu’une efficace copie qui en compterait douze (cependant, une copie de quatre pages ne permet pas de mettre en évidence une pensée vraiment fondée).

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5. Correction de l’expression et de l’orthographe

[LC. 2014]

Une parfaite maîtrise de la langue est requise chez de futurs enseignants de français. On ne saurait donc trop encourager les candidats à se réserver le temps d’une relecture critique afin, notamment, d’éradiquer les éventuelles scories syntaxiques et orthographiques qui peuvent surgir dans le cadre d’une épreuve en temps limité. La maîtrise de la construction des propositions relatives, des interrogatives indirectes (notamment pour ce qui concerne leur ponctuation lors de la formulation des problématiques) laissait à désirer dans certains devoirs.

[LMext. 2014]

La qualité de l’expression est à surveiller avec le plus grand soin : même les meilleures copies présentent de surprenantes maladresses. Il s’agit certes de la simple correction, lexicale (un candidat évoque « des astérix ») ou syntaxique (par exemple l’accord du sujet inversé, ou la construction de l’interrogative indirecte). Mais aussi du choix juste du niveau de langue (pas de trivialités), et du registre (pas de jargon, surtout s’il inclut de purs barbarismes, comme « énonciatique » !). La langue de la composition française n’est pas celle du journalisme : on proscrira donc des expressions comme « au final », ou des confusions qui tendent à se répandre (mettre en exergue n’est pas un synonyme de souligner, etc.).

[LC. 2015]

L’agrégation est un concours de recrutement de futurs enseignants. Ce point ne doit pas être oublié par les candidats qui doivent donc posséder, outre des connaissances, clarté dans la pensée ainsi que netteté et correction dans l’expression. La pensée ne s’exprimera pas par phrases toutes faites, et l’on n’emploiera pas quelques mots à tort et à travers (cette année, l’éthosétait très « tendance »).

[LC. 2015]

Notons avant toute chose qu’une parfaite maîtrise de la langue française écrite, sans écart de langage et avec une exigence réelle portée au choix du registre de langue, de l’orthographe et de la syntaxe, est évidemment capitale pour un concours qui recrute de futurs enseignants de lettres. Ainsi, les mots « martyr » et « martyre » ne doivent pas être confondus, et certaines tournures relâchées sont à éviter, comme les « happy end », les « déclics » qui « s’effectuent », les déterminations héroïques « regonflées », et autres « incontournables du théâtre ».

[LMext. 2015]

Rappelons enfin une exigence de premier ordre et qui est une autre constante des rapports – celle qui touche à la qualité de l’expression : qu’il échappe ici ou là une faute due à l’inattention ou à la tension liée aux épreuves, passe ; mais chacun comprendra que le jury d’une agrégation de Lettres, qui recrute de futurs professeurs de français, attache une grande importance à la correction de la langue, tant à l’écrit qu’à l’oral.

[LMext. 2015]

On rappellera […], au chapitre des évidences, qu’une excessive désinvolture à l’égard de la correction grammaticale pénalise nécessairement la copie qui en donne des exemples grossiers et réitérés. Etant donné le jeu des coefficients, perdre un ou deux points à cause de ces manquements constitue un handicap d’autant plus regrettable qu’il peut être aisément supprimé. Que tous les futurs candidats apportent donc la plus grande attention à la correction de la langue, et qu’ils s’efforcent de toujours mieux dire ce qu’ils ont à dire !

[Gram. 2016]

pour ce qui concerne la composition française, se relire pour éviter les fautes de langue ; veiller à la clarté dans […] l’expression.

[LC. 2016]

Rappelons ensuite la nécessité d’une expression impeccable. Sans surprise, le jury attend qu’un futur enseignant de lettres maîtrise parfaitement l’orthographe et la syntaxe, emploie un vocabulaire riche et approprié. C’est aussi la condition d’un propos clair, précis et percutant.

[Gram. 2017]

Le jury a été frappé par le nombre important de fautes d’orthographe dans certaines copies (jusqu’à 27 fautes repérées). Il ne saurait trop attirer l’attention sur la nécessité de maîtriser parfaitement la langue française, surtout chez de futurs professeurs qui auront à l’enseigner dans les classes et à répondre aux interrogations de leurs élèves.

[Gram. 2018]

Si l’orthographe est généralement respectée, ce qui est bien sûr le minimum attendu dans un concours de cette nature, les erreurs sur les noms propres, aussi rares soient-elles, sont particulièrement fâcheuses. Les copies doivent être attentivement relues.

[LMspe. 2019]

[…] le jury rappelle aux candidats futurs que la composition demeure aussi un exercice de rédaction : l’orthographe et la grammaire y sont évaluées, tout comme la correction de la syntaxe ou la qualité de l’expression notamment du lexique. Il invite ainsi les candidats à relire leurs compositions et à porter une attention particulière à ces points.

[Gram. 2019]

Rappelons avant toute chose qu’une parfaite maîtrise de la langue écrite est capitale pour un concours qui recrute des professeurs agrégés de grammaire. Le jury a été surpris de trouver des fautes d’orthographe, voire de syntaxe : construction de l’interrogative indirecte incorrecte, concordance des temps non respectée entre la proposition principale et la proposition subordonnée. Le niveau de langue est parfois trop peu soutenu et l’expression désinvolte : la composition française exige une langue châtiée et littéraire, et ne saurait en aucun cas s’accommoder de tournures familières ou d’expressions passe-partout comme « lié à » ou encore « passer par ».

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6. Question de style ou de ton

[LC. 2017]

Si le concours a pour fonction d’évaluer des connaissances, il doit permettre également de mesurer les capacités à transmettre compétences et savoir : l’agrégation est un concours de recrutement de futurs enseignants. Ce point ne doit pas être oublié par les candidats qui doivent donc posséder, outre des connaissances, clarté dans la pensée ainsi que netteté et correction dans l’expression. La pensée ne s’exprimera pas par phrases toutes faites, et l’on n’emploiera pas quelques mots à tort et à travers.

[LC. 2015]

Inutiles également, les appels à la connivence du lecteur, à grands renforts de points de suspension, de mots soulignés, d’incises en forme d’auto-commentaires, de parenthèses multiples. À l’opposé, un autoritarisme excessif, marqué par un ton péremptoire qui prétend décréter des vérités absolues est à bannir.

[LMint. 2015]

Quant à l’elocutio, rappelons que le style de la dissertation doit être sobre, même lorsqu’il s’agit de parler de poésie. En fait, il n’y a pas à proprement parler de « style » de la dissertation, mais plutôt un ton et ce ton est celui de l’exposé et de l’analyse. Il s’agit donc de proscrire les effets trop voyants et d’éviter d’avoir recours à une langue imagée usant de métaphores ou de comparaisons.

[LC. 2014]

Quelques maladresses ont […] été constatées dans l’usage des niveaux de langue ou de certaines expressions imagées. À l’inverse, des candidats ont cru judicieux de déployer un idiolecte littéraire ou philosophique qui, chez certains, confinait au pédantisme et, de surcroît, perdait de vue le sujet : en ce domaine, la mesure, l’humble pertinence et l’exigence de clarté doivent primer. Dans la même perspective, rappelons que, si la dissertation suppose la mise en œuvre d’une rhétorique spécifique, cette dernière gagne à être la plus subtile possible : à ce titre, l’on se gardera de recourir à des lourdeurs stylistiques (« le sujet », « la citation », « dans une première partie »,…) qui obèrent le propos.

[LC. 2016]

Certains candidats compliquent inutilement leur lexique, employant à mauvais escient des concepts philosophiques ou théologiques qu’ils ne maîtrisent manifestement pas ou qu’ils mélangent sans discernement. […]. Trop souvent, ces discours faussement érudits noient le raisonnement et ne font en rien illusion. Or, le jury attend du futur enseignant une honnêteté intellectuelle et une capacité à rendre intelligible à des élèves des notions complexes.

[Gram. 2016]

La langue des candidats est en général correcte. Il faut rappeler cependant que l’agrégation de grammaire, comme toute agrégation de lettres, exige une attention soutenue à la justesse et à la pertinence de l’expression. Sont à proscrire les mots ou tournures à la mode comme « impacter » ou « réalisme multifonctionnel » ; les platitudes comme « sauver leur couple », les anachronismes (l’emploi de « dressing » pour « cabinet »), les impropriétés (« décorum » pour « décor », « désintéresser » pour « ne pas intéresser »), les barbarismes comme « circonstants ».

 [Gram. 2018]

Le métalangage alourdit inutilement le style : c’est pourquoi il convient d’éviter l’emploi de la première personne. L’usage flaubertien du « on » ne doit pas être imité… Il faut soigner les liens logiques et user avec parcimonie de l’asyndète.

[LC. 2018]

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Le jargon, les formules alambiquées, dignes de l’écolier limousin, sont donc à proscrire.

[LMint. 2019]

Dans la composition française enfin, la langue n’est pas le simple véhicule de la pensée ; elle est consubstantielle à cette pensée, qu’elle formule le plus clairement possible, avec une sobre élégance. Cette exigence prend tout son sens dans un concours comme l’agrégation interne, qui s’adresse à des professeurs de Lettres. Plaçant au cœur de leur métier une langue qui est un trait d’union, ceux-ci invitent leurs élèves à en mesurer la richesse par la fréquentation des grands textes qu’elle a et qu’elle continue d’inspirer. Si nombre de copies ont confirmé ce point de vue, plusieurs ont toutefois sacrifié l’expression. Le jury rappelle donc aux candidats qu’ils doivent bannir les tournures familières et les incorrections (« de par », « bref », « au final »), s’interdire les fautes d’orthographe et de syntaxe (confusion entre interrogatives indirectes et interrogatives directes ; fautes d’accords importantes, qu’elles concernent le participe passé ou le couple sujet / verbe), maîtriser la ponctuation. Le jury souligne aussi l’importance de la correction lexicale : la pulsion n’est pas l’impulsion, une dame de la cour n’est pas une « courtisane » […]. L’étrange cas d’une copie présentant, à l’appui de sa démonstration, pas moins de dix figures géométriques, impose enfin de préciser que la composition doit être entièrement rédigée.

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